‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 97 sur 234 · CHAPITRE CIXQriKME. 2î · texte numérisé non relu

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suite on lui a coupé le cou avec un rasoir; elle nelait pas encore étran{]lée; il élail couché dans le même lit; il n'a pas pu rcmpèclicr; il ne peut pas couvrir tout contre les somnambules; il en a eu jusqu'à vingt après lui, mais ils n'étaient pas assez loris; c'étaient surtout des femmes. On lui mouillait son pantalon, on voulait l'enlever pour le conduire dans son pays. On l'a fait passer pour fou; on l'a fait mener à Sainte-Anne, de là à l'asile de Vaucluse; sa femme est venue le chercher en pleurant à Vaucluse; il n'a à peine jias vu le médecin; il a vu le directeur qui lui a parlé quelquefois. Sa femme Ta fait sortir de Vaucluse pour le faire assassiner par les somnambules; elle a pleuré devant les pieds de ces messieurs qu'elle avait besoin de lui. Après son retour chez lui , les somnambules ont commencé à le tourmenter; sa femme et ses complices de débauche ont commencé à lui donner du verre pilé; elle mangeait au dehors avec ses compagnons, et lui mangeait son pain sec; c'était dans le vin qu'était le poison. »

Tel a été le récit de liétinat. Dans toutes les visites que lui ont faites MM. G. Bergeron et E. Blanche, il a constamment répété les mêmes phrases, en se servant des mêmes expressions. Il lui est arrivé parfois de les reconduire, toujours avecles mêmes formes de politesse, assurant qu'il ne pouvait pas parler. Cependant il a fini par avouer que les somnambules continuaient à le tourmenter; que la nuit on l'empêchait de dormir, qu'on le soulevait sur son lit, que le matelas lui donnait des secousses; et en effet le brigadier apprend aux experts que Bétinat a rejeté le matelas tout neuf sur lequel il couchait, se plaignant qu'il avait une mauvaise odeur et qu'il contenait du poison; il a également rendu les draps; il s'enveloppe dans une couverture et s'étend sur la paillasse. Les gardiens disent qu'un jour il a en un accès d'emportement; il menaçait de tout briser, si on ne voulait

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pas laisser venir sa lemme ([ii'il entendait l'appeler. 11 murmure des mots inintelligibles, et il semble écouter des voix qui lui parlent. Quand il se décide à répondre , il tient les discours les plus incohérents et les plus insensés; il croit que tout est détruit dans Paris, que la colonne de Juillet est renversée; il dit tantôt que la Seine est gelée, tantôt que l'eau est changée en sang; il voit Dieu et cause avec lui; il a vu aussi la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus dans leur maison; Dieu lui parle et lui ffiit connaître ses volontés; c'est lui, Bétinat, qui doit sauver le monde. Il dit tantôt que c'est sa femme qui a été tuée, tantôt que c'est une inconnue; il accuse toujours les somnambules de le travailler.

Bétinat est tellement absorbé dans ses hallucinations qu'il ne prend aucun soin de sa personne, qu'il satisfait ses besoins personnels dans son lit ou dans ses vêtements , et qu'il résiste quand on veut le nettoyer; on a dû le menacer d'employer la force pour qu'il se laissât mettre du linge propre; il est incapable de l'occupation la plus simple; il passe ses journées entières à écouter les voix qui lui parlent.

Ainsi que nous l'avons déj.à dit, rien dans la tenue ni dans l'accent de Bétinat n'annonce la moindre idée de simulation ; toute sa personne , au contraire , l'expression de sa physionomie, sa voix, tout est marqué au sceau de la plus parfaite sincérité. D'ailleurs, la forme même des conceptions délirantes que l'on trouve chez Bétinat est caractéristique, et ne pourrait être imaginée et réalisée par un homme sain d'esprit, qui voudrait en imposer et simuler la folie. Pour aller au-devant de l'objection de la simulation, les experts ont soumis Bétinat à. une très-longue observation, et dans les nombreuses visites qu'ils lui ont faites , ils n'ont jamais surpris le moindre indice qui pût faire douter de la réalité de l'aliénation mentale.

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'< A l'appui (le ccfic opinion, ont dil MM. G. Heigcron et E. Blanche, nous pouvons encore invoquer la tenue et la conduite de IJétinat pendant et après le nieurtn^ de sa femme. 11 y a un enfant déjà d'un certain àj^e, un témoin par conséqueni, qui est là dans la même chambre; il dort, il est vrai, mais il peut se réveiller, et en effet il se réveille, puisqu'il demande à IJélinat ce qu'il scie pendant que celui-ci coupe le cou de sa fennne avec \c rasoir; eh bien, Bétinat ne choisit pas un moment où l'enfant seniil absent, et la présence de cet enfant jie l'arrête pas; le meurtre accompli, il recouvre le corps de sa femme avec le drap, et il reste paisiblement à côté du lit; le matin, il cnnnène l'enfant faire une promenade, après lui avoir dil que sa femme dormait; il rentre avec l'enfant, puis il l'envoie déjeuner au dehors; et lui reste là, dans la chambre, et le soir, quand les voisins arrivent avec le commissaire de police, il ne paraît pas ému, il montre où est sa femme, et il se laisse emmener sans avoir, pendant toute la journée, fait aucune tentative pour se soustraire aux. conséquences de son action.

V Ce n'est certes pas ainsi que se conduisent les 'criminels, et la manière d'être de Bétinat dans la matinée et dans la journée du 5 septembre est certainement celle d'un liomme qui n'a pas conscience de ses actes. »

Bétinat, ramené de prison au Dépôt municipal des aliénés, a élé dirigé de nouveau par l'auteur sur un élablissement d'aliénés.

Pendant son séjour au Dépôt municipal des aliénés, Bétinat, repondant à mes pressantes inlerroyations , insistait constamment sur ce fait qu'il possédait quelque chose de plus que les autres hommes , qu'il

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élait d'une espèce parliciilière, qu'il avait son secret, et que u sa voix parlante au creux de l'estomac » le mettait au courant de tout. Il paraissait très-préoccupé de la valeur de ce phénomène, et il se montrait très-fier des communications qu'il échangeait avec le mystérieux interlocuteur logé dans l'intérieur de ses organes.

Il est bon que l'on sache qu'il n'y a pas seulement que les aliénés en traitement dans les établissements spéciaux qui présentent parfois des hallucinations splanchniques. On en rencontre des exemples de temps en temps chez des femmes atteintes de somnambulisme naturel, de catalepsie et d'hystérie, et chez quelques hommes affligés d'hypochondrie intense. Il y a là un véritable phénomène pathologique, car il n'est pas possible d'admettre un seul instant que tant de malades dans des conditions si différentes puissent de la sorte rapporter à l'épigastre le siège des voix qu'ils entendent, s'il ne se passait pas là quelque chose de particulier. Citons plutôt des faits :

« Une femme, dit M. Baillarger, que des accès de mélancolie avec tendance au suicide ont fait conduire plusieurs fois déjà à l'hospice de la Salpêlrière, entendait chanter des cantiques dans son estomac , principalement à l'époque mensiruelle , et lorsqu'elle éprouvait à l'épigastre un sentiment de constriction. — Chez une autre aliénée, la voix part de la poitrine; mais c'est surtout lorsqu'elle a des palpi-

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