‹ Le Délire FantastiqueChapitre 17 sur 22 · III. — Discussion nosologique · texte numérisé non relu

III. — Discussion nosologique

L'intérêt de cette question est minime ; mais étant données les nombreuses discussions qu’elle a soulevées, il est nécesaire d’en dire un mot.

En France, la paraphrénie fantastique est rangée dans la psychose hallucinatoire chronique. Le problème qui se pose est donc celui des rapports de la psychose hallucinatoire chronique et de la démence

précoce.

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Pour la majorité des psychiâtres français, les deux maladies doivent être complètement séparées ; la démence paranoïde doit être supprimée : c’est ou une hébéphrénie ou une psychose hallucinatoire. Il faut, cependant, noter l’opinion de Dumas et de quelques autres, qui considèrent la psychose hallucinatoire comme beaucoup plus proche de la démence précoce que de la paranoïa.

Kræpelin, lorsqu'il créa le groupe des paraphrénies, ne le fit pas sans hésitation ; il le place tout près de la démence précoce et le considère comme provisoire. Pour Tanzi et Lugarro, cette amputation de la forme paranoïde est une erreur, et, dans leur traité de psychiâtrie (1915), ils écrivent : « Le rapprochement de la démence paranoïde et de l’hébéphréno-catatonie est, à notre avis, la plus heureuse inspiration clinique de Krœæpelin et son meilleur tribut à l’édification de ce vaste édifice clinique qu'est la démence précoce ; il nous semble même déplorable que lui-même cherche aujourd’hui à redétacher de la démence précoce certains délires paranoïdes, dans lesquels les caractères de la dissociation psychique, quoique bien mitigés, sont toujours très marqués. » On sait, d’autre part, que Bleuler, sous le nom de schizophrénie, a constitué un énorme groupe morbide, où toute la démence précoce, première manière, une partie de la paranoïa et certaines formes de maniaco-dépressive se trouvent englobées. :

Etant donné l'ignorance complète qui règne sur la légitimité de la démence précoce et de la psychose hallucinatoire chronique comme unité morbide, il paait bien hardi de discuter sur leurs rapports.

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Tout ce que l’on peut faire remarquer, c'est que, dans la plupart des paraphrénies fantastiques, la complexité et la mobilité symptomatique, l’inattention, lattitude singulière du malade, l’absurdité foncière et l’incohérence du délire font hésiter le diagnostic entre psychose hallucinatoire chronique et démence paranoïde, et bien souvent cette dernière éventualité l’emporterait, si les antécédents n'étaient connus.

Il semble possible de placer la paraphrénie fantastique entre ces deux maladies comme forme de transition, d'observation courante en psychiâtrie.

Il est curieux, en effet, de remarquer que si l’hébéphréno-catatonie débute vers vingt ans, et la psychose hallucinatoire à la quarantaine, toutes les paraphrénies fantastiques observées dans ce travail ont éclaté dans les environs de trente ans. Il y a là autre chose qu'un hasard, et on peut rappeler les paroles judicieuses de M. Truelle : « J'avais été frappé de voir certaines psychoses hallucinatoires — quelle que soit la modalité de leurs idées délirantes — aboutir rapidement à la désagrégation et à la discordance, et à un syndrome de démence précoce très marqué, tandis que d’autres, semblables au point de vue des hallucinations et des formules délirantes, comportaient, au contraire, beaucoup plus longtemps une activité intellectuelle plus intense, plus variée et plus productive. En comparant, chez les malades, les âges où avaient débuté leur affection, j'étais arrivé à cette conclusion que, dans l'immense majorité des cas, c’étaient celles atteintes avant la vingt-cinquième année qui réalisaient au maximum le syndrome discordant ou dé-

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mentiel, comme on voudra, syndrome grave en tout cas ; tandis que les autres, celles restées d'intelligence active, n’avaient commencé à délirer que beaucoup plus tardivement.

« On peut voir là une application particulière d’une loi générale de pathologie, à savoir qu’un processus morbide, quel qu’il soit, provoque, toutes autres choses égales, des troubles plus graves, quand il s’attaque à un organisme en voie de développement.

« Dès lors, on est amené à penser que le processus morbide, cause de ces psychoses hallucinatoires chroniques ou pseudo-hallucinatoires, aura, pour l’ensemble de la fonction psychique, des conséquences d’autant plus graves et sera d'autant plus apte à provoquer le syndrome démence précoce qu'il aura sévi plus précocement chez les individus. »

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