AUTO
tale se fait mal, elle est lente, et il n’y a aucun effort sérieux d'utilisation.
Dans ce délire, comme dans la rêverie, il y a une véritable débauche de l'imagination, qui en arrive à créer un monde entièrement subjectif. De plus, il n’y a guère que des images concrètes qui soient exprimées ; il n’y a à peu près jamais de notion abstraite, de concepts. La conscience de la personnalité est fortement altérée, le malade ne se sent plus maître de son activité mentale ; il en arrive à ne plus la rattacher à son « moi », les images sont considérées comme étrangères, et leur déroulement est automatique. Enfin, comme dans le rêve, les images sont monotones, leur retour est fréquent, et il y a parfois un léger degré d’amnésie, fait observé par Janet, dans la rêverie profonde.
On se trouve en présence du fait suivant. Une pensée de rêve qui envahit complètement la personnalité et absorbe la majeure partie de son activité. Cependant, la pensée réaliste n’est pas supprimée ; à tout moment elle peut s'exercer, mais d’une façon fragmentaire, et, de plus, le malade est incapable de faire la différence entre les deux modes de pensée. « Le monde autistique est, pour les malades, aussi vrai que le monde réel. Souvent, ils ne peuvent démêler ces deux espèces de réalité, même quand, en principe, ils font la différence » (Bleuler). Ce dernier auteur donne l'exemple suivant, très caractéristique, de cette confusion : « Une malade, encore capable à un degré passable de vie sociale et à un degré élevé de travail, se fait, avec des chiffons, une poupée qu’elle regarde
comme le fils de son amant imaginaire. Quand celuici est censé parti pour Berlin, elle veut lui envoyer son enfant, mais d’abord prudemment, elle va à la police et demande si on considérerait comme une fraude le fait d'envoyer cet enfant comme un colis, et non avec un billet de voyageur. »
C’est, en définitive, un trouble de la synergie fonctionnelle psychique, un véritable fléchissement de la pensée réaliste qui devient incapable de dominer la pensée autiste et de l'utiliser à des fins utiles.
Quelles sont les causes qui déterminent cet amoindrissement de l’activité mentale supérieure ? S'agit-il d’une fragilité congénitale des cellules nerveuses ? Est-ce un trouble nutritif résultant d'infection ou d’intoxication ? Il faut avouer une ignorance complète ; tout au plus est-il permis de penser que les causes sont multiples et singulièrement complexes.