‹ Le Délit AlcooliqueChapitre 38 sur 82 · I. — Caractère de cette altération · texte numérisé non relu

I. — Caractère de cette altération

CETTE ALTÉRATION PORTE SUR : — L'idée la plus immé-

diate et qui s'attache à l’intoxication alcoolique est celle

d'allération psychique : la conscience est éteinte ou obscurcie et faussée, la sensibilité déviée, la volonté plus ou moins complètement détruite.

125. LA CONSCIENCE. — a) La Conscience, ténébreuse, hypnagogique, de l'individu en proie au délirium tremens, est peuplée d’hallucinations. Des hallucinations encore, ou du moins des conceptions fausses, sont à la base de constructions imaginatives de l’alcoolique plus calme qui raisonne son délire.

En dehors de tout accès l’alcoolique est essentiellement un abruli.

L'homme ivre, lui aussi, peut aller jusqu’à l’inconscience totale. Mais avant d'en arriver là, s’il sait encore ce qui se passe autour de lui, et ce qu’il fait, il n’en a qu’une connaissance troublée, kaléïdoscopique. Il est déjà incapable de véritables idées ; les sensations, chez lui, restent isolées, rapides incapables de s'organiser en perception, ce qui explique sa psychologie simpliste, et l’amnésie lacunaire qui suit l’accès.

L'alcool, toujours, détériore la conscience, rendant impossible tout raisonnement clair.

126. LA SENSIBILITÉ. — b) D'ailleurs, chez l’alcoolisé, les idées plus ou moins riches qui réussissent à se former ont une teinte spéciale, fausse. L'alcool, modifiant la sensibilité du sujet, lui fait prendre en face des sensations, une attitude particulière, qui réagit sur elles et les “déforme. L’alcoolique, agressif, sombre, voit partout sujet à querelle. Sa fureur s’alimente de tout et le geste d’un proche, que négligerait l’homme normal déclenche chez lui des réactions rageuses, disproportionnées,

De même, l’euphorie de l'ivresse se projette sur le monde extérieur. L'homme se croit dans un monde de jeu, de plaisanterie, et ce qui, extérieurement, se présente comme un délit ou comme un crime, n’était pour lui qu'une farce de meilleur goût. Ainsi, un vol était une soustraction plaisante. Ainsi encore une décharge de grenaille à bout portant dans la poitrine d’un camarade, devait le faire bien rire (1). Si l’homme a le vin mauvais, il vit au contraire dans une atmosphère de querelles et de brutalités, et ses réactions s’en ressentent.

127. LA VOLONTÉ. — c) Ainsi, à la base du délit alcoolique, se trouve cette conscience diminuée et cette affectivité faussée. Maïs le moment délictueux de l’intoxication alcoolique est celui du geste qui se déclenche, au mépris des interdits sociaux qui ne l’arrêtent pas, parce que la volonté, elle aussi, et nous comprenons déjà pourquoi, est profondément atteinte.

Chez l’homme normal, toute idée naissante rencontre un cortège de conceptions qui la saisissent, l’examinent, la critiquent et la repoussent si elle paraît indésirable et moins forte. Ainsi l’idée qui se forme passe d’abord au crible du subconscient, puis en pleine lumière, si elle a iriomphé d’un premier examen, elle provoque une délibération large et claire.

Le propre de l’alcool est de détruire celte critique.

L'idée surgit avec sa tendance à se réaliser, ne rencontre aucune opposition, et se décharge dans les muscles, en paroles et en gestes.

Précisément parce que la conscience de l’alcoolisé est

(1) Le «Journal», 14 mai 1923.

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