‹ Le déluge de Noé et son étendue restreinteChapitre 3 sur 12 · FUT-IL UNIVERSEL · texte numérisé non relu

FUT-IL UNIVERSEL

Historique des discussions auxquelles la question a donné lieu.

S'il est, en matière d'exégèse biblique, une question qui ait naguère soulevé des orages, c'est assurément celle de l'interprétation du déluge de Noé dans le sens de sa non-universalité.

La polémique sur ce point a été particulièrement ardente entre les années 1880 et 1890. La thèse de la non-universalité allait à rencontre de traditions respectables et d'habitudes d'esprit plusieurs fois séculaires ; en pareil cas, le premier mouvement consiste presque toujours à s'insurger contre une interprétation nouvelle, surtout si elle semble devoir porter atteinte au dogme lui-même, trop facilement confondu avec des annexes sur lesquelles l'Eglise ne s'est jamais prononcée.

Ce n'est pas, cependant, que longtemps avant les dates ci- dessus indiquées, diverses voix ne se fussent fait entendre en ce sens.

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Mais cest, croyons-nous, le regretté François Lenormant qui, de nos jours a, le premier, sur le terrain catholique, sinon émis, du moins vulgarisé devant le grand public l'opinion que le déluge biblique pourrait bien n'avoir eu, même par rapport à l'homme et en dehors de la famille deNoé, qu'une universalité relative. Schœbel avait déjà exprimé, après Cuvier, cette pensée dans un opuscule d'ailleurs peu répandu et aujourd'hui introuvable (1). Avant Cuvier même elle avait rencontré de sérieux adhérents ; car Le Pelletier, qui les signale sans les nommer, emploie toutes ses forces à les combattre. L'illustre géologue et ethnographe belge d'Omalius d'IIalloy, non moins catholique sincère que savant éminent, avait, en 1866, dans un discours prononcé à l'Académie royale de Belgique, affirmé que les différences présentées actuellement par les diverses races humaines n'ont pu se produire depuis Noé, et que l'interprétation biblique qui fait descendre tous les hommes de ce patriarche pourrait ne pas être exacte. Cette opinion a été partagée depuis par un de nos anthropologistes les plus considérables, feu le vénérable M. de Quatrefages, dont les convictions spiritualistes et religieuses sont connues. Un jésuite français de la province belge, le R. P. Bellynck, qui fut un naturaliste distingué, appréciait cette vue nouvelle dans les Études religieuses d'avril 1868 ; et, s'il ne la faisait pas sienne, du moins reconnaissait-il qu'elle n'avait rien de contraire à l'orthodoxie.

(1) De l'universalité du déluge, Paris, 1858.

Les premières éditions de YHistoire ancienne tf Orient parurent en 1868 et 1869. On sait que la mort prématurée du chrétien auteur, François Lenormant, a interrompu la publication de la neuvième, que nous aurons occasion d'utiliser. Appuyé sur ces autorités, il a développé l'interprétation nouvelle en la donnant comme tout au moins plausible, sinon probable, et faisant remarquer que dans les premiers siècles de l'Église la question fut vivement controversée, comme nous l'apprend saint Jérôme dans ses Questions hébraïques sur la Genèse (1).

Plus tard, le célèbre physicien anglais John Tyn dall, dans le discours resté fameux qu'il prononça en 1874 à Belfast, se servit, pour attaquer la véracité des livres saints, de l'opinion, citée plus haut, de d'Omalius d'Halloy . Il lui fut répondu par un savant religieux belge, le R. P. Delsaulx, qui publia en 1876 une série d'études sur ce sujet dans la Revue catholique de Louvain. Ces articles furent ensuite réunis en un volume (2) dans lequel on lit, page 41, cette phrase significative: « Personne ne niera que le dogme du péché originel défini par le Concile de Trente, ne donne à la certitude de la descendance adamique du genre humain un caractère absolu que n'a pas sa descendance noémique. » Il est vrai que le savant jésuite ajoute aussitôt qu'il préfère à cette interprétation celle qui consiste à étendre les bases de la chronologie biblique, et à voir, avec Chabas,

(1) Manuel d'histoire d'Orient. 3' édition, 1863. tome I, pp. 75 et suiv.

(2) Les derniers écrits philosophiques de M* Tyndall, par le P. Jos. Delsaux, S. J., Paris, Balteiiweck,

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dans l'histoire très sommaire du déluge et des patriarches, « un souvenir des tribus primitives personnifiées dans quelques individualités, conformément au génie des Hébreux, plutôt que de renverser une croyance dont aucun fait n'est venu jusqu'ici ébranler les fondements. » C'est en 1S76 et 1877 que le docte religieux écrivait ces dernières lignes. Depuis lors bien des faits ont été mis en lumière qui ont passablement ébranlé les fondements de l'interprétation admise jusqu'alors.

Dans une modeste étude sur la Science et l'Exégèse contemporaine, publiée dans l'ancien Contemporain (1) de janvier 1879, l'auteur de ces pages se hasarda à relater cette interprétation fort nouvelle encore et assez peu répandue. En juillet 1880, M. l'abbé de Foville, rendant compte d'un ouvrage allemand (Naturforschung und Bibel, par le docteur en philosophie Karl Gûttler), effleure en passant la question qui nous occupe* Il admet qu'elle soulève « des objections très graves», mais estime que l'auteur, en la condamnant absolument, dépasse la portée de ces objections (2). Quelques mois plus tard, après nouvelle élude de la question, nous cherchâmes à faire voir, dans quelques pages publiées en mars 1881 par la revue lyonnaise La Controverse (3) (t. Ier, pp. 385-397 et 436-445), que les principales objections opposées au nom de la science au déluge

(1) Depuis fusionné avec la Controverse.

(2) Cf. Revue des questions scientifiques, t. VIII, p. 253, ad notam.

(3) Devenue elle-même ultérieurement La Science catholique.

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