‹ Le déluge;Chapitre 109 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

excellence (xax' ê?o/7iv), et appelant ses descendants les enfants des hommes, c'est là, malgré la saine cnlique historique , malgré toute exégèse sensée , et , chose encore plus étrange, malgré le témoignage de la Bihle même, c'est là ce qui a suffi pour engager les plus anciens théologiens et exégètes, dans leur ignorance des sources orientales, à avancer fopinion qu'il n'a point existé d'hommes sur la terre avant Adam ; et cette opinion , enseignée à la jeunesse comme infaillible, a fmi par devenir une espèce d'article de foi, même pour les hommes les plus éclairés. Considérant donc comme une vérité historique inébranlable, qu'il a existé des hommes avant Adam, on est autorisé, je crois, à avancer l'hypothèse qu'Adam a été la souche de la race caucasienne ; celle-ci, par conséquent, aura été postérieure à plusieurs autres races d'hommes, avec lesquelles cependant elle aura eu les rapports les plus intimes. Grâce à ses facultés supérieures, cette nouvelle race aura non-seulement su s'approprier les avantages de la civilisation , déjà obtenus par suite du développement progressif des races plus anciennes, existant depuis des siècles , mais elle aura encore fait valoir sa supériorité spirituelle au point de s'appeler dans ses écrits, et surtout dans la Bible , « les hommes » par excellence , et d'écrire sa propre histoire comme étant celle même du genre humain. En admettant celte hypothèse, l'autorité de l'Kcriture sainte ne sera ébranlée dans aucun point essenliel ; on y gagnera même de faire accorder, sous tous les rapports , son contenu , non-seulement avec les exigences de l'histoire, mais aussi avec les mythes les plus remarquables de la Grèce et du Nord, enfin avec la géologie. Quelle que soit la théorie qu'on adopte quant à la création, il me semble que les lois naturelles du développement progressif de toutes choses exigent que la race humaine, de même que celle des animaux, se soit développée graduellement; que, du moins, plusieurs races humaine^ moins nobles

iOO LE DELUGE.

nient existé avant la race caucasienne , pour préparer le chemin h celle race plus parfaite. Cette hypothèse semble d'autant plus fondée, que la division généralement admise du genre humain en cinq races n'est ni juste ni même conséquente. Si Ton ne veut admettre que tout le genre humain descende d'une même souche, qui, par suite de l'influence particulière des climats et d'autres circonstances, a produit des races constantes, il faut, avec Cuvier, reconnaître trois variétés, savoir : la caucasienne, l'éthiopienne et la mongolienne ; les autres ( la race américaine et la malaise), nées du mélange de celles-là, ne sont que des races bâtardes. Ou bien il faut, et plus logiquement, ce me semble, admettre autant de races principales qu'on trouve de variétés constantes. C'est pourquoi le naturaliste français Bory de Saint-Vincent divise le genre humain en quinze races principales, en admettant autant d'autochtones ou d'aborigènes , division qu'il appuie en général sur la crue des cheveux et sur les modifications de la couleur de la peau.

Quoique sa division soit , à plusieurs égards , inexacte et contraire à tout ce que nous enseigne l'histoire, il faut cependant, nous parait-il , admettre avec lui que, par la voie de la géographie historique , on ne peut parvenir à aucun autre résultat, sinon qu'il y a eu primitivement plusieurs races différentes. Cette opinion est aussi soutenue par d'ingénieux savants, tels que Malte-Brun *, Pinkerlon, Dumoulin, d'Urville, Lesson , etc. Quoi qu'il en soit, il me semble évident que plusieurs des institutions de l'antiquité,

' Mon célèbre compatriote Malte-Bran a établi dans sa Géographie oniverselle (Géographie mathématique ^ physique et politique, Paris, 1808, I, p. 540-50), avant que le systènie de Rory de Saint-Vincent eût excité l'attention générale , seite races , saïuir : la race polaire , la race finlandaise , la race slave , la race gotbiqne-germanique , les races occideulales-enropéennes , les races grecques et pélasgiqaes , la race arabe , la race tartare et mongolienne^ la race indienne, la race malaise, la race noire dans les îles de l'Océan Pacifique, la race olivâtre de l'Océan Pacifique , la race maure, la race des nègre» , les races de l'Afrique orientale et les races amt-ricaines.

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