DIODORE DE SICILE
Chapitre 56. — Les Atlantes habitent une contrée maritime et très-fertile. Ils diffèrent de tous leurs voisins par leur piété envers les dieux et par leur hospitalité. Ils prétendent que c'est chez eux que les dieux ont pris naissance;
I On a dit qae le détir de trouver ane explication naturelle à tontes choses a porté Diodore et plusieurs auteurs grecs modernes à considérer les dieux comme des hommes réel»; mais on leur a fait tort; car déjà les Egyptiens , dont les Grecs ont surtout adopté le système religieux , ont regardé les dieux comme des êtres tout à fait humains. Si les plus aocienB Grecs n'avaient pas partagé les mêmes idées , les héros et les princes grecs* ne se seraient pas si fréquemment avisés de se faire descendre en ligne droite des dieux. Ce sont les plus anciens poètes grecs (les Homérides, Hésiode, etc.), ainsi que le besoin irrésistible des hommes de reconnaître quelque chose de plus élevé qu'eux-mêmes et le manque de renseignements historiques certains, qui ont tiansformé de vrais personnages historiques en dieux imaginaires. Ceci n'empêche cependant pas de reconnaître que beaucoup de divinités, surtout les divinités les moins anciennes des Grecs et des Scandinaves, n'ont été que de pures fictions poétiques et philosophiques ; de même , sans contredit , beaucoup d'actions que la mythologie attribue à des personnages historiques élevés au rang des dieux ne sont que des fables. Ceux qui considèrent les dieux comme des personnages entièrement historiques , ceux aussi qui les considèrent uniquement comme des fictions poétiques et philosophiques , se rendent coupables d'une erreur également grande , car dans la mythologie grecque et Scandinave , l'histoire et la fiction sont étroitement liées , et on ne peut guère les séparer sans détruire tout l'édifice mythologique. Aussi l'historien doit-il bien se garder de croire , lorsqu'il a dépouillé la mythologie de ses images poétiques et philosophiques, que le squelette nu et sec qui reste après cette opération soit toujours quelque chose de réel ou de vrai. Tout ce qu'on peut obtenir, c'est d'être moralement persuadé qu'une vérité historique réelle se cache derrière ces images. Cela posé , le récit de Diodore est d'un grand intérêt , lors même qu'il n'aurait pas eu occasion de puiser dans des sources plus anciennes et plus certaines que celles qui nous sont connues.
Î74 LE DKLIGE.
Ift plus fameux de tous les poètes de la Grèce parait être de cet avis lorsqu^il fait dire à Junon :
Je vais voir sur les bords du terrestre séjour I/Océan et Thétls, dont nous tenons le jour.
Ils disent que leur premier roi fut Uranus. Ce prince rassembla dans les villes les hommes qui, avant lui, étaient répandus dans les campagnes. 11 les retira de la vie brutale et désordonnée qu ils menaient; il leur enseigna Fusaj][e des fruits et la manière de les garder, et leur communiqua plusieurs autres inventions utiles. Son empire s'étendait presque par toute la terre, mais surtout du côté de rOccident et du Septentrion, Comme il était soigneux observateur des astres, il détermina plusieurs circonstances de leurs révolutions. 11 mesura Tannée par le cours du soleil et les mois par celui de la lune; et il désigna le commencement et la fm des saisons ^ Les peuples, qui ne savaient pas encore combien le mouvement des astres est égal et constant, étonnés de la justesse de ses prédictions, crurent qu'il était d'une nature plus qu'humaine, et après sa mort ils lui décernèrent les honneurs divins, à cause de son habileté dans Tastronomîe et des bienfaits qu^ils avaient reçus de lui. Ils donnèrent son nom à la partie supérieure de l'univers , tnnt parce qu'ils jugèrent qu'il connaissait particulièrement tout ce qui arrive dans le ciel que pour marquer la grandeur de leur vénération par cet honneur extraordinaire qu'ils lui rendaient : ils l'appelèrent enfin roi éternel de toutes choses.
' Le célèbre astronome français Railly , qui s'était acquis one grande réputation par plusieurs écrits ( Uttre$ sur l'Atlantide de Platon , Hiftoire de tAstronouùi ancUnne , Lettres sur l'origine des Sciences), a cbercbé avec baaaeonp d'autrea i proaver l'existence réelle de l'Atlantide , qu'il a placée dans l'Asie du Nord. Il a préleada de même que l'anuée solaire a été connue «vaut le déluge. Quoiqu'on ne poisse absola* meut rejeter la possibilité de cette assertion , les raisons i^u'il allègue ne aapporteni pas un eiauen approfondi,