Le courant était animé d'une vitesse très-considérable
6. Sa puissance a dû être considérable, à en juger d'après les masses qu'il a déplacées.
7. Cette révolution a été de longue durée (M. Sefstrom a été conduit à cette opinion par suite de la supposition , qu'il partageait avec nombre d'autres géologues, que le terrain erratique de l'Europe septentrionale était le résultat d'une seule période. géologique, tandis que les différentes formations qui entrent dans sa composition indiquent plusieurs catastrophes.
8. Cette inondation a élevé les eaux de la mer d'au moins 500 taètres au-dessus de leur niveau actuel. Je pense avec Sefstrom que c'est principalement au courant venant du nord qu'il faut attribuer la direction des sillons et des stries que présentent les rochers de la Scandinavie, ainsi que celle des Œsars qui s'y trouvent, direction qui presque partout en Suède est du nord au sud. En Danemark, les traînées longitudinales, qui pour la plupart ont la même direction, ont été formées par le déluge. Cependant, avant d'entreprendre de prouver que les directions princl-
pales du déluge, accasionné par le dernier déplacement do Taxe du globe, devaient nécessairement entraîner les débris des rochers du nord et les jeter sur les plaines méridionales précisément aux lieux où elles se trouvent maintenant, je crois devoir mettre sous les yeux du lecteur l'hypothèse ingénieuse de M. Forchhammer sur la formation du terrain erratique; car il me parait incontestable, comme Ta démontré ce savant minéralogue, que cette formation n'est pas exclusivement Feffet de l'action mécanique de la mer, mais qu'un agent bien plus énergique y a coopéré. Cette hypothèse, proposée d'abord pour le terrain erratique du Danemark, me semble plus ou moins applicable à tous les terrains diluviens qui nous sont connus jusqu'ici et qui tous, bien que modifiés selon les localités, ont le plus grand rapport avec le terrain erratique du Danemark *.
Gomme s'exprime M. Forchhammer, ce n'est qu'en admettant des soulèvements et des affaissements successifs durant la formation du terrain erratique que l'on parvint à expliquer la disparition de tous ces dépôts. Au premier abord cette hypothèse semble peu applicable au Danemark, que nous sommes habitués à considérer comme un pays calme, puisqu'il n'a ni volcans, ni courants de lave,
* Tout en renvoyaut mes lecteurs aux Reliquiœ diluvianœ de Bockland, où lei différents terrains diluviens sont décrits avec exactitude , je me bornerai à extraire de cet ouvrage la description que M. Bald , savant géologue anglais, a donnée de l'ancien terrain alluvien de l'Angleterre , auquel Bockland a donné le nom de diluvium. u Ce terrain . dit-il , occupe une grande étendue ; il recouvre une partie considérable de la sarface de la Grande-Bretagne ; on le trouve également à des haulenrs très- considérables et soos le niveau de la mer; il se compose de trois formations : de sable , de gravier et d'argili'. Dans l'argile se trouve quelquefois du sable, du gravier, des blocs erratiques (houlder stones ) du poids de plusieurs tonnes ; mais on n'y remarque ancone trace de stratification ; des blocs erratiques pins on moins volumineux se trouvent disséminés dans toute la masse. En quelques endroits , l'alluvion forme une couche de 50 mètres d'épaisseur; elle renferme non-seulement des blocs erratiques, mais aussi du gravier (gravel). c'est-à-dire des fragments arrondis de toute espèce de roche et des débris anguleux des roches voisines ; ces derniers sont en général moins rompacles que tes premiers , qui , à force d'i^tre roulés, ont été convertis en galets. »
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ni roches plutoniennes, et que cVst à peine s'il ressent quelques légères secousses lorsque TËurope entière est ébranlée dans ses fondements. Mais il faut remarquer qu^il n^y a que les mouvements plus violents qui ont pu produire la matière dont la plus grande partie du sol du Danemark et de rAllemagne septentrionale est formée. La chaîne de montagnes dont Tile de Moen fait partie, et qui occupe une étendue de 60 milles depuis la mer du Nord jusqu'aux bords de la Baltique, prouve aussi que des soulèvements et des affaissements considérables ont eu lieu, et les couches inclinées du Helgoland, qui s'étendent jusqu'à l'ile de Sylt, attestent le même fait.
Les catastrophes qui ont bouleversé les montagnes de la Scandinavie et entraîné leurs débris dans la mer adja- cente, ont dû également bouleverser le terrain crétacé qui formait le fond de cette mer. Je crois donc que le terrain erratique indique que le niveau de la Scandinavie a éprouvé de grands changements. Qu'on se représente le sol de la Scandinavie soulevé par le gaz souterrain, non pas d'une manière régulière , mais par un mouvement ondulatoire ; il s'ensuivra que le sol tout entier aura du être violemment agité ; des masses de ce gaz se seront échappées partout où l'écorce du globe se sera crevassée, et, par suite du frottement des rochers les uns contre les autres , celles-ci auront été réduites tantôt en une poudre trèsfine et tantôt en fragments plus gros.
Voilà comment le déplacement de l'axe du globe a nécessairement dû opérer sur le sol de la Scandinavie. Ce déplacement, ainsi que les soulèvements et les affaissements qui en furent les conséquences , aurait communiqué une commotion violente aux parties de l'écorce du globe dont la position relativement à i'équateur et aux pôles, et par conséquent aussi relativement au centre du globe, se trouvait changée. Comme l'écorce du globe n'était pas assez solide pour résister à la force qui tendait à lui donner
il surpreuaiit cjue dans un trajet pareil les eaux aient trouvé mainte occasion de déposer les matériaux qu'elles charriaient. La puissance des coucbes du terrain erratique n'empêche pas de supposer qu'elles ne soient reffet d'une seule catastrophe subite et violente, du moment que des circonstances particulières n'indiquent pas qu'elles ont été formées par une suite de catastrophes. La question principale qui se présente est par conséquent de savoir si la forme arrondie des blocs que ces terrains renferment ne suppose pas nécessairement qu'ils ont été roulés longtemps au fond de l'eau. Or, si nous tenons compte des effets extraordinaires des forces plutoniennes qui, pendant la catastrophe du déplacement d'axe, ont agi sur les parties disloquées de l'écorce du globe de manière à réduire en poudre les masses pierreuses les plus cohérentes; si nous considérons en outre que précisément là où les courants étaient le plus violents la mer a dû exercer l'inllucnce la plus considérable sur les masses pierreuses en les arrondissant ; qu'après le déplacement d'axe il doit s'être écoulé un assez long espace de temps avant que la mer ne reprit son calme; qu'une partie de ces masses pierreuses arrondies doivent probablement leur forme à des catastrophes plus anciennes ; que plusieurs des blocs erratiques ne sont point arrondis, mais anguleux; si nous considérons enfin que les blocs erratiques qui se trouvent près de la surface, et qui ont été usés pendant des milliers d'années, ont dû perdre leurs parties saillantes, nous ne trouverons pas surprenant que la plupart des dépôts sablonneux du terrain erratique proviennent d'une seule catastrophe qui, par des raisons historiques que j'avancerai plus tard, semble avoir duré pour le moins une année. Il suffit de rappeler qu'en nombre d'endroits les sables ont dû être lancés sur le rivage par la mer agitée, et que les soulèvements et les affaissements qui ont accompagne le déplacement d'axe ont dû produire les mômes
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siTels dans lous les lieux où les conditions du sol étaient les mêmes. On explique ainsi d'une manière satisfaisante rorigine des dépôts sablonneux du terrain erratique, non seulement de FËurope septentrionale, mais encore de tcut rhémisphère septentrional ^
Je vais maintenant essayer de signaler en peu do mots les contrées par où ont passé les courants qui ont déposé le terrain dont les blocs erratiques forment la partie essentielle. J^e premier courant principal du déluge a trarersé la partie septentrionale de TAtlantique avec une vitesse toujours croissante, en partant du sud-ouest pour se rapprocher toujours plus de TesL Cest ce courant qui a sntrainé les blocs détachés de la côte occidentale de FAn- |leterre par-dessus la chaîne centrale, vers la côte orientale, où nous les trouvons. Dans la Scandinavie, le preoùer courant du déluge a suivi une direction presque )ue8t-est : il a dû par conséquent porter dans la même di- .*ection les rochers qu'il charriait, et qui, dans leur pas- «ge, ont poli la surface des rochers et formé les digues ongitudinales ou œsars qui suivent surtout en Finlande a direction de l'ouest à l'est. Le second courant principal lu déluge, que nous avons vu suivre une direction nordiad, a dû partir des régions du pôle nord pour se diriger ^ers Téquateur; et, tout en charriant les blocs erratiques rers le sud, il a dû effacer en grande partie les traces du premier courant principal. On concevra ainsi comment il ie fait que les blocs erratiques de la Russie proviennent les montagnes prés de l'Onega et des montagnes de la 'inlande, comment ceux du Danemark, de l'Allemagne eptentrionale, de la Hollande et en partie ceux de l'An- [leterre ont été transportés de la Scandinavie par le couiwt violent de la mer ; comment ce même courant a pu
* Obcervooi ici que , qaoîi|ue l'argile joue un grand rôle dans la composition de ce» fpdls, on les a crpendani nommés dépôts sablonneux, parce que lo sable y domine rBéralement, ce qui cs( surtout le cas eu Scandîuu\ic.
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creuser les vallées el former les œsars qui suivent une direclioii du nord au sud * ; enfin , comment les terrains diluviens de France et d'Angleterre ont pu être dé|>08és, comme le soutiennent les géologues, par un déluge venant du nord. La circonstance même que F Angleterre présente des pierres erratiques qui proviennent du Labrador s'explique lorsqu'on se rappelle qu'une partie des eaux de l'Atlantique ont dû , d'après l'hypothèse que j'ai émise plus haut, être lancées contre la côte orientale de F Amérique septentrionale et creuser la haie de Baffin ; tandis que les hlocs venus de la côte du Lahrador ont dû ëtt entraînés du nord au sud par le second courant du déluge, par conséquent aussi en Angleterre.
Gomme j'admets que la n>er, en rouant du golfe de (Christiania et de la \-orwége , à travers le Catégat et les Belts , est venue s'unir à un courant encore plus fort venant du golfe de Bothnie et de la Baltique, il est naturel que les masses de blocs erratiques venues des montagnes de la Suède aient suivi la diagonale de ces deux courants, et se soient disséminées sur la Scanie, le Holstein, la Frise orientale et la Belgique ^.
' Il n'y a , sebn mon avis , aacan doote (|a« la plupart 4es CMârs d« la Norvège n'aient été formées par le cuorant sos-mentiouné , quoique des raisons locales les obligent quelquefois à dévier de leur direction normale du nord au sud. I^es dépôts argileai do terrain erratique de la Xorwége sont, coaine ceax da Danemarli , estréraeiMat fertiles ; nous en avons des exemples frappants dans les contrées qui bordent le lac da Mjosen , surtout dans les districts de Toten et de Hedemarken , ainsi que dans Tile de Helge, avec la superbe terre de Hovinsholm, dans le Mjosen rot^me. Dans le Hedeaurk» qu'on appelle gcncralenent « le grenier à blé de la Kerwége , a 1m ck«»pa $tmt lilténlement cachés par des pierres erratiqses appartenant à la dernière catastrophe de 1> terre , el les cultivateurs sont par cette raison forcés d'employer une méthode de laboaf toot à fait particulière ( Ahling) , qui , tont en étMit trè«-pénîUe . ••■bl* cependant il- \oriser 1« développement da blé. J'ai vu récemment an champ qoe k propriétaire de la verrerie de Hurdal lit défricher , el qui peut servir d'exemple de li^fertilité da twraiB erratique. De volumineux blocs erratiques détachés des montagnes rotoines par la d«ruière catastrophe , et jetés dans la vallée étroite qoi forme le bassin du lac et da fleuve ( Klo) de Hurdal , ont été enlevés et ont cédé la place à de riches moissons. D lersit s désirer que de pareilles transformations fussent moins rares en Norwége.
2 Une série de recherches fort ingénieuses de M. Forchhammer sar le terrain errs-