CHAPITRE XVII. I7S
le caractère de cette mer, c'est ce que prouvent la constitution naturelle de ces contrées et des raisons historiques , dont plusieurs seront mentionnées dans la suite de cet ouvrage.
L'idée d'une grande inondation, comme celle que je postule, n'oblige cependant pas à admettre que des soulèvement considérables n'aient pu avoir eu lieu postérieurement, et qu'il ne s'en opère encore. Au contraire, je regarde ces mouvements comme une conséquence nécessaire de l'affaissement occasionné par le déplacement de l'axe , car il me paraît très-probable que le poids prodigieux des eaux qui à cette époque ont inondé l'Europe, et Jont la force s'est augmentée par l'impétuosité du courant, 9nt produit un affaissement plus considérable que ne l'exigeait la tendance du globe à prendre la forme sphéroïdale. Dans la suite des temps, les parties ainsi affaissées auront par conséquent dû tendre et tendent encore à reprendre leur distance naturelle du centre du globe. Nous trouvons encore une preuve en faveur de cette immersion de l'Europe dans le fait que les contrées sablonneuses sont précisément celles où la mer a dû de préférence dépasser ses anciennes limites : telles sont la partie septentrionale do l'Allemagne, dont le sol, qui est couvert d'un terrain erratique, a été envahi par le second courant principal; les îles de Caté^at, la péninsule du Jutland, les dunes de la France et de l'Angleterre, les landes de la France, contrées qui toutes furent envahies par les deux courants principaux ; les lagunes de Venise et les contrées voisines de la mer Noire et de la mer Caspienne, etc. En revanche, là où la force du courant était assez considérable pour balayer la surface du sol, le sable n'a pas eu le loisir de se précipiter. Il en a été ainsi dans une partie de la Grande- Bretagne et dans la partie septentrionale et occidentale de la Scandinavie. Aux lieux où des masses puissantes de (][ranit ont offert un abri , le sable et les blocs erratiques
f7V LK DELUGE.
ont formé des collines longitudinales, oesars, comme noas en voyons dans les parties méridionale et orientale de la Scandinavie et de la Finlande. Il ne faut pas , à la vérité , perdre de vue que le marsek si fertile ainsi que d^ autres formations modernes ont plus tard recouvert le sol en plusieurs endroits, et ont en partie altéré le caractère des dépôts sablonneux déposés par le déluge. A tout prendre, la théorie qui veut que la plaine orientale de FEurope , ou même toute la partie septentrionale de FEurope, se soit affaissée dans une période relativement moderne , est au moins aussi fondée que celle qui postule un soulèvement. Quoi quMl en soit, je crois qu*il est permis d* admettre que Fhypothèse d*un affaissement de la partie de FEurope qui se trouve éloignée de plus de 45* de Féquateur actuel et de moins de 45* de Fancien équateur, et qui par conséquent a dû être surtout considérable djàm la Russie orientale, peut servir à expliquer nombre de phénomènes géologiques qui ont embarrassé les géologues. Elle explique pourquoi FEurope orientale et les régions de la mer Caspienne qui touchent actuellement à des contrées relativement trèsélevées formaient à une époque relativement récente le fond d'une mer. En effet, par suite des affaissements qui furent la conséquence nécessaire du dernier déplacement d'axe, ces parties de Fécorcc du globe qui n'avaient pas à leur surface des masses de rochers pour les protéger, ont dû être comprimées dans F angle des deux lignes montagneuses qui se croisent dans la direction des deux équatcurs, du nouveau et de Fancien; en d'autres termes, entre les montagnes de la Haute-Asie et de FEurope centrale. Elles auront par conséquent éprouvé un afTaissement plus considérable que n'exigeait leur distance du pôle et de Féquateur, phénomène qui s'est répété avec plus ou moins d'énergie dans toutes les contrées affaissées dont la surface n'était pas protégée par de grandes masses de roches primordiales. On conçoit par les mêmes raisons pourcjuoi