‹ Le Demi-monde;Chapitre 16 sur 70 · OLIVIER, RAYMOND · texte numérisé non relu

OLIVIER, RAYMOND

OLIVIER

Je suis tout à vous, monsieur.

(il lui fait signe de s'asseoir.)

ACIE 1, SCL.NL \1. jj

RAYMOND, l'aMCTïnl.

Mon Dieu, monsieur, l'alTaire est bien simple. Monsieur de La tour, un de mes amis...

OLIVIKR.

Paixion, monsieur, si je vous inlcn'omps ; monsieur de Latour est de vos amis?

RAYMOND

Oui, monsieui-. Pourquoi celte (juestion?

OLIVIER

C'est (jue quelquefois... Vous êtes militaire, monsieur?

HAYMOD.

Oui, monsieui', depuis dix ans.

C'est que quelquefois un militaire croit ne pas pouvoir refuser de servir de témoin à une personne qu'il connaît à peine, ou que même il ne connaît pas du tout.

RAYMOND

C'est vrai, nous refusons raiement ce service; mais je connais monsieur de Latour, je lui serre la main et le considère comme mon ami. Ne méiite-t-il pas ce litre?... Est-ce lace que vous voulez dire ?

Pas le moins du monde, monsieur. Continuez.

RAYMOND

Eh bien ! monsieur de Latour était aN ant-bier au soir dans une maison, cbez la vicomtesse de Vernières. J'y étais avec lui; on jouait au lansquenet. Un jeune bomme qui se trouvait là, monsieur Georges de Maucroix...

OLIV I ER

Un de mes amis.

RAYMOND

Monsieur de Maucroix avait la main, je crois que c'est là le terme dont on se sert; j'ignore toutes les expressions techniques, n'ayant jamais joué.

OLIVIER

'^'osl le terme consacré.

30 LL Di:.Mi-MO.NDK.

RAYMOND

Monsieur de Maucioix avait déjà passé trois ou quatre fois, et il y avait vingt-ciinj louib à faire. Monsieur de Latour tint le coup; niais comme il avait déjà beaucoup perdu dans la soirée, il se trouvait sans argent, et dit à monsieur de Maucroix qu'il faisait bancot sur parole. A ce mot, monsieur de Maucroix, qui allait retouiner ses cartes, les donne à son voisin de droite, en disant : Je passe la main. Monsieur de Latour vit dans ce fait un refus d'accepter sa parole comme argent; il eut tout lieu de se croiie offensé, et demanda une explication à monsieur de Maucroix, qui répondit que l'endi oit où ils se trouvaient tous deux n'était pas propre à ce genre d'entretien. Il vous nomma, donna votre adresse, et monsieur de Latour me pria de venir vous demander sur ce fait les éclaircissements que votre ami n'avait pas cru devoir lui donner lui-même.

OLIVIER

Ces éclaircissements sont bien faciles à donner, monsieur, et je crois que de toute cette affaire, il ne doit résulter pour moi que l'honneur d'avoir fait votre connaissance. Georges n'a pas voulu blesser monsieur de Latour; il a passé la main, comme c'est le droit de tout joueur au lansquenet, quand il ne veut pas risquer de perdre en une fois ce que plusieurs coups lui ont fait gagner.

RAYMO.ND.

C'était à monsieur de Maucroix de prendre cette décision avant l'engagement de M. de Latour.

OLIVIER

Il a réfléchi.

RAYMOND

11 eût tenu le coup contre une autre personne, j'en suis convaincu... Il eût tenu le coup, si l'argent de monsieur de Latour eût été sur la table.

OLIVIER

Nous n'en savons rien, monsieur, permettez-moi de vous le dire, nous ne pouvons discuter que le fait visible, et qui est à notre connaissance. Or, j'ai l'honneur de vous lépéter ce que monsieur de Maucroix, de la sincérité de qui je ne doute pas un instant, m'a dit lui-même, c'est qu'il n'avait lait que ce qu'il lait très-souvent, que ce que tout le monde fait; et poiu' ma part, je

ACTK I, SCKNK V(. M

sais qu'à la place de monsieur do I.alour je u am aJN m<'ine pas ieman|ué cet iucideiit.

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