‹ Le Demi-monde;Chapitre 17 sur 70 · RAY 0>D · texte numérisé non relu

RAY 0>D

Il est possible, monsieur, quVntrc pens du monde cela se passe ainsi, mais nous autres militaires...

OLIVIER

Pardon, monsieur, je ne sache pas que monsieur de îwitour soit militaire.

RAYMOND

Mais, je le suis, moi.

OLIMER.

Je vous ferai (»l)server, monsieur, qu'il ne s'agit ici ni de vous ni de moi, mais de monsieur de Latour et de monsieur de Maucroix, qui ne sont militaires ni l'un ni l'autre.

RAYMOND

Mais du moment que monsieur de Latour m'a choisi pour le représenter, je traite la chose comme si elle m'était personnelle.

OLIVIER

Permettez-moi de vous le dire, monsieur, vous commettez là une erreur : les témoins, j'en conviens, doivent être aussi soucieux de l'honneur de leurs commettants que de leur honneur propre ; mais ils doivent surtout, à mon avis, apporter dans leurs rapports, un esprit de conciliation ou tout au moins d'impartialité qui mette, en cas de malheur, leur responsabilité à l'abri. C'est déjà bien assez de di-cuter Mir des faits, s ins rechercher encoie les suppositions qu'à la place des intéressés on aurait pu faire. Puis, croyez-le bien, monsieur, il n'y a pas deux sortes d'honneur, un pour l'uniforme que vous portez, un pour l'habit que je porte. Le cœur est le même sous l'un et sous l'autre costume ; seul» ment la vie des ^'ens me parait une chose assez sérieuse |>our qu'on la discute st-rieuserneiit, et ce n'est que lorsqu'il est impossible de faire autrement qu'on doit amener de sang-froid de'ix hommes sur le terrain. Si vous le voulez, monsii ur. nous prendrons un autre rendez-vous, car vous paraissez aujourd'hui, à vous parler franchement, dans une dispf)silion d'hum«*ur un peu irritable, dont Notre ami et le mien ne saurai«*nt être sr»lidaires, à moins que, pour quelque rause que j'ignore, puisque c'est la première fois que j'ai I hou-

neiir de me rencontrer avec vous, nous ne soyons noiis-mômcs deux adversaires ayant besoin de témoins, an lieu d'être, comme je le croyais, deu\ témoins chaînés de concilier deux adversaires.

RAYMOND

Vons avez raison, monsieur, c'est une question personnelle qui m'a fait tenii- le langage que j'ai tenu. Excusez-moi, et si vous voulez bien me le pei mettre, je vais vous parler à cœur ouvert.

Parlez, monsieur.

RAYMOND

Je suis trcs-franc, d'une franchise toute militaire, je vais vous demander d'être franc avec moi.

OLIVIER

Voyons!...

RAYMOND

Nous sommes d'honnêtes gens tous les deux, nous sommes du même âge, nous sommes du même monde, et, certainement, si je ne vivais pas depuis dix ans, comme un ours, en Afrique, il y a longtemps que nous nous serions rencontrés et que nous serions liés, le croyez-vous?

OLIVIER

Je commence à le croire.

RAYMOND

J'aurais dû vous parler tout de suite comme je le fais, au lieu de me laisser aller à ma mauvaise humeur et de m'attirer la petite leçon que vous m'avez très-spirituellement donnée tout à l'heuie. Si j'étais tombé sur un caractère dans le genre du mien, au lieu de tomber sur un hijmme de sens comme vous, nous en serions à nous coup: r la gorge, ce qui serait stupide. Voulez-vous donc me permettre de vous faire les questions délicates qu'un ami de dix ans aurait le droit de vous faire, en vous donnant ma parole que tout ce que vous me direz mourra ici ?

OLIVIER

Je suis prêt !

ACÏK I, se KM-: VI. 39

RAYMOND

Merci, car cctto coinorsali«m pout avoir uno ^'lantli' infliicnrc sur ma vif.

OLIVIER

J écoute.

RAYMOND

Ijucl est le nom de la personne qui élail ici quand j'v suis entré 1

OLIVIER

Madame la baronne d'Ange.

C'est une femme du monde "^

OLIVIER

Oui.

RAYMOND

Veuve ?

OLIVIER

Veuve.

RAYMOND

Quelles relations, rdpondez-moi, monsieur, comme sur l'honneur je vous répondrais si vous me faisiez la question que je vais vous faire , quelles relations existent entre elle et vous ?

OLIVIER

Des relations d'amitié.

RAYMOND

Vous n'êtes que son ami ?

Je ne suis que son ami.

Merci, mon^ieur; mais, encore un mot : commi'nt madame d'Ange se trouvait-elle chez vous? Le seul titre d'amie...

OLIVIER

Naulori^ p.s une femme comme il faut à venir ciitz un homme comme il faut? pourquoi [);is? tt ce qui prouve que n)adame d'Ange ne faisait rien ici dont elle crût devoir se cacher, c'est (|ue, iHiUvanl sortir par cette porte sans être vue, elle s'en t'sl allée ouverteinenl apie^ avoir causé un instant avec vous.

(lO LE DKMI-MONDF.

IIAVMD.ND.

Ccsi vrai ; mais j'avais besoin de cette explication, et, comme je ne veux pas être en reste de franchise avec vous, je vais tout vous dire. Je suis ollicier d'Aliique. J'ai été blessé assez grièvement, il y a trois mois, pour demander un congé lors de ma convalescence. Je suis arrivé il y a quinze jouis à Bade. J'y ai vu madame d'Ange; je me suis fait présentera elle; elle a produit tout de suite sur moi une très-;j;rande impression, je l'ai suivie à Paris, et je suis amoureux fou dVlle; elle n'a en aucune façon encouragé cel amour; elle est jeune, elle est belle ; je me demandais si elle aimait quelqu'un, car sa conduite à Bade était celle d'une femme irréprochable. Vous comprenez alors mon émotion, mon étonnementen la trouvant tout à coup chez vous, mes suppositions, mes craintes toutes naturelles, ma mauvaise humeur dissipée par vos paroles très-sensées, enfin cette explication que je vous ai demandée avec franchise et que vous m'avez donnée avec courtoisie. Nous aurons, monsieur, je l'espère, Toccasion de nous revoir. Comptez-moi des à présent au nombre de vos amis, et, si jamais je puis vous être bon à quelque chose, disposez de moi.

OLIVIER

Je vous ai dit tout ce que je devais vous dire, monsieur ; bonne chance.

RAYMOND

Quant à nos deux adversaires, je crois que FafFaire peut s'arranger.

OLIVIER

C'est mon avis.

RAYMOND

Nous dresserons un petit procès- vei'bal de notre conversation. Nous le leur ferons connaître, et tout sera dit.

OLI^riER.

C'est cela, monsieur; à demain, si vous le voulez. J'aura l'honneur de passer chez vous; j'ai là votre adresse sur votre carte; à la même heure, si elle vous convient.

RAYMOND

Parfaitement.

OLIVIER

A demain, alors.

ACTl": I, SCKNE VII. Ui

A demain, inuiisiour.

(n^ V . .r. li- 1. ii.3,n.

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