‹ Le Demi-monde;Chapitre 28 sur 70 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

V alkntim:, la vicomtesse, margelle, olivier,

lilPl'OLYTE.

LA VICOMTESSE

Vous arrivez encore la dernière.

VA LE MINE

Monsieur de Latour ne voulait pas me Laisser partir; j'ai eu toutes les peines du monde à mVchapper; il ne sait pas que je suis ici. Monsieur Richond est-il là?

LA VICOMTESSE

Il cause là-bas avec Olivier.

VALENTIiNE.

Ah ! j'ai le cœiu- qui me bat.

SI Z AN NE

Du courage î

OLIVIER, s'approcbant de Valentiae.

Comment vous portez- vous?

VALENTINE

Très-bien, merci.

OLIVIER

N t. lis vuila "luise aujourd'hui comme une petite bouijzeoise. Cela vous va ties-i)ien. Je sais vous présenter mon anri Richond. Fuis<^ue NOUS Lavez fait inviter, c'est pour le connaitie, sans doute?

V VLtNTINK.

l'réscntez-le-moi.

OLIVIER, prri«Dtaiil lli|>p< l>le.

Monsieiu- Hippolytc Richond, madame de Siintis.

HIPPOLYTE

.M.kI.iiih'.

VALENTINE, saluant.

Il y a bien longtemps^, monsieur, que je désirais me rencontrer avec vous.

HIPPOLYTE

Vous êtes bien bonne, madame. J'ai peu habité la France depuis dix ans.

VALENTINE, après s être assurée qu'on ne peut l'entendre.

Voyons, Hippolyte, que comptez-vous faire de moi ?

De vous, madame?

VALENTINE

Oui!

HIPPOLYTE

Mais je compte faire de vous ce que j'en ai fait jusqu^à présent.

VALENTINE

Cependant ma position n'est plus tolérable.

HIPPOLYTE

Pourquoi ?

VALENTIKE.

Vous le demandez! Il y a dix ans que nous ne nous sommes parlé, pourtant je suis votre femme.

HIPPOLYTE

Légalement, oui.

VALENTINE

Vous m'avez aimée.

HIPPOLYTE

Beaucoup. J'ai failli en mourir; heureusement je n'en suis pas mort. *

VALENTINE

Et maintenant?

Maintenant, je ne me souviens pas plus de vous et vousm'ètes aussi indifférente que si vous n\^xistiez pas.

VALENTINE

Mais vous êtes venu ici sachant m'y voir. Si je vous avais été si indifférente, vous n'y seriez pas venu.

ACTK II. SCKNK VI. G3

HIPPOLYTE

Vous VOUS trompez, je suis venu justement pane que jo n'avais rien à craindre de celte rencontre.

VALEMINE.

Aloi"?, vous ne me pardiuinerez jamais?

HIPPOI VTE.

Jamais!

VALE?ÎTI>E.

Kl vous ne me rouvrirez jamais votre maison?

HIPPOLYTE

Je le voudrais que je ne le pourrais plus.

VALEMINE.

Ce que l'on m'a dit est donc vrai?

HIPPOLYTE

Et que vous a-t-on dit ?

VALENTINE

nue votre maison était occupée?

Par des gens que j'aime, c'est vrai.

VALENTI>E

Mais que je puis chasser de chez vous.

HIPPOLYTE

Vous savez bien que le seul de nous deux qui ait le droit de menacer, c'est moi; ne l'oubliez pins. Après trois ans de chagrin, de .«solitude, de désespoir, pendant lesquels, si votre cœur avait trouvé un mot, une larme de repentir, je vous eusse pardonné, car je vous aimais toujours, après trois ans d'une vie misérable, j'ai acquis le droit de vivre comme bon me semble. •C'est dans une famille de hasard, c'est dans un ménage d'emprunt, que j'ai trouvé le Iwinheur que vous n'avez pas cru me devoir. Voili cependant à quelle position étrange la faute de sa femme peut amener un honnête homme. Je sais tout ce (jue vous avez fait depuis notre st'paration. C'e^t aujourd'hui seulement que l'idée n(»us vionl de vous rapprocher de moi; nous a\ez gaspillé votie fortune dans les dé[)enses d'une vie oisive et décousue. A bout de rcssourct»s, vous vous dites : Voyons, maintenant, si mou mari voudra me reprendre. I^epuis que vous Airs

Oh LE DLMl-MUNDE.

là^ pas un mot venant du cœur n'est sorti de votre bouclie. Non, madame, non, tout est bien fini entre nous, vous êtes moite pour moi.

VALENTIiNE.

Ainsi, peu vous importe ce que je deviendrai?

UIPPOLYTE.

Faites ce que bon vous semblera; je ne vous aime plus, vous ne pouvez pas me rendre malheureux; je suis un honnête homme, vous ne pouvez pas me rendre ridicule.

VALEiSTI>E.

C'est tout ce que je voulais savoir, c'est vous qui serez cause de tout ce qui arrivera.

HIPPOLYTE

Adieu alors, car bien certainement nous ne nous reverrons jamais.

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