‹ Le Demi-monde;Chapitre 48 sur 70 · SUZANNE. LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SUZANNE. LE MARQUIS

UN DOMESTIQUE, annooçaDt.

Monsieur lo marquis d»* Tlionncrins...

LK MARQUIS

Bonjour, baronne.

SUZANNE

A quoi (iuis-je votre bonne visite, mon cher marquis?...

LE .MARQUIS

Je viens voir, ma chère Suzanne, si mon notaire vous a remis tout ce qu'il devait vous remettre ?

SUZANNE

Tout... je vous remercie...

LE MARQUIS

Et puis, je désirais prendre de vos propres nouvelles.

SUZANNE

Je vais bien.

LE MARQUIS

Et votre mariage?...

SUZANNE

Mon mariage !...

Oui, se fait-il ?

SUZANNE

C'est vrai... je ne vous ai pis vu depuis longtemps... vous ne savei rien.

LE MARQUIS

Rienl...

SUZANNE

Vous aviez raison, monsieur le marquis... j'étais trop ambitieuse... 11 y a des choses impossibles.

LE MARQUIS

Vous ravouiz ?

SUZANNE

Il le faut bien.

Contez-moi cela..

On a parlé ! . . .

• Qui?

LE MARQUIS

LE MARQUIS

Quelqu'un en qui j'avais eu trop de confiance, monsieur de Jalin.

LE MARQUIS

Et il a dit à monsieur de Nanjac?...

Vous connaissez donc le nom, maintenant?

LE MARQUIS

Oui... Et monsieur do Nanjac, qu^a-t-il fait?

SUZANNE

11 a cru monsieur de Jalin; pui=, comme il m'aimait, il m'a crue à mon tour...

LE MARQUIS

Et maintenant?...

SUZANNE

Maintenant il m'aime encore, non plus avec confiance, mais avec jalousie; ce sont des questions, des soupçons, des suiveillances perpétuelles; et moi, vous le dirai-je, je ne me sens plus lafoice d'accepter celte vie, qui faisait toute mon ambition. Trembler incessamment que le passé ne s'écroule tout à coup sur noire tète, étayer tant bien que mal tous les malins sa vie d'un nouveau mensonge, qu'il faudra démentir le soir, et au milieu de tout cela, aimer sincèrement et piu'emjut. Je vous le

ACTK l\ , SCKNK 1. 117

!é|H'lf, l.i cliosf t'st impossi!)le, et j'ai (iéj;i usé iicrtlc lullc iion-soiiliMiKMit mon riu rgio, maisiMicoïc iik iiaiiiom, Jo n'aime |»his nionsieui de Nanjac.

LK MAHyl'IS.

Hsl-ce bien \rai, Suzannt'?

SrZANNK.

Vous lU's la soulf personne à qui je ne menlc jamais.

LE MAR^^tlS.

Vous n'aimez pas monsieur de Nanjac?...

SUZAN>E

J • n'aime pei*sonne.

l.K MARQUIS.

.Vinsi, ce mariage n'aura pas lieu?...

SUZANNK.

Non, je ^'aide ma lilKMté. Je vais me retirer en Italie... Là, on demande moins au.\ femmes d'où elles viennent, et pourvu qu'elles aient de la fortune, qu'elles leçoivent bien et qu'elles ne soient pas trop laides, on croit tout ce qu'elles disent; jaclièttTii une maison sur les bords du lac de Lôme, je mettiai du blanc et du rou^e comme madame de Santis, je me promènerai sur le lac à la clarté des étoiles, je ferai de la poésie byronnienne, je me poserai en femme incomprise, je recevrai et je protégerai des artistes, et je finirai par épous(M-,sije veu.\ absolument me marier, un faux prince italien ruiné, qui me mangera ma fortune, qui entretiendra une danseuse et qui me battra par-de>sus le marcbé. Nest-il pas \rai que j'ai pris le bon parti, et qu'une femme c«jmme moi ne peut pas ambitionner autre cbose?

LE MARQUIS

Et vous partez ?

SUZANNE

Dans trois ou quatre jours.

LE MARQUIS

Seule?...

SUZANNE

Avec ma femrac de chambre...

Et monsieur de Nanjac ignore ce départ?...

SUZANNE

Complètement.

LE MARQUIS

Et TOUS ne lui ferez pas savoir où vous allez?

SUZANNE

Si je voulais continuer à le voir, j'aurais plus court de rester à Paris. Si je pars, c'est, au contraire, pour cesser des relations devenues impossibles dans le présent, et plus impossibles encore dans Ta venir?

LE MARQUIS

Eh bien! je vous félicite et je vous sais gi^é de cette re'solution, votre esprit et votre bon sens ont fait ce que la nécessité vous aurait contrainte à faire.

SUZANNE

Comment cela?

LE MARQUIS

Le hasard est un maladroit qui se mêle de tout ce qui ne le regarde pas. Le hasard a fait que la sœur de monsieur de Nanjac est Famie de ma sœur à moi ; monsieur de Nanjac n^a pas caché ses projets de mariage à sa sœur, qui est venue en pailir à la mienne, et c'est ainsi que j'ai appris le nom que je n'ai pas voulu apprendre de vous. Ce n'est pas tout; monsieur de Nanjac est venu lui-même me questionner sur votre compte. Je n'ai rien dit, prélerant, en galant homme, vous laisser sortir vousmême, avec les honneuis de la guerre, de cette situation délicate. Je suis venu vous dire aujourd'hui ce que je vous ai déjà dit une fois, que du moment où, par des circonstances indépendantes de moi, je connaîtrais l'homme que vous voulez épouser, je dirais la vérité à cet homme. J'ai patienté quelques jours, j'ai bien fait, puisque je vous trouve, par d'autres raisons, résolue à ne pas conclure ce mariage. Tout est pour le mieux; si vous êtes sincère...

SUZANNE

Je le suis. Demain monsieur de Nanjac aura recouvré toute sa liberté, et vous pourrez faire de lui , si bon vous semble, un mari pour mademoiselle de Thonnerins.

LE MARQUIS

Ma fille n'a rien à faire là dedans, ma chère Suzanne, ne l'oubhez pas. Tout ce que nous avons dit est sérieux?

Page 1