‹ Le Demi-monde;Chapitre 61 sur 70 · K AY M<»M · texte numérisé non relu

K AY M<»M

Cette lettre?

SUZANNE

Vous ne Taurez pas, vous dis-je! Je n'ai jamais cédé à la violence, je vous ai dit la véiilé : hbre à vous de supposer et de croire tout ce que bon vous semblera.

Je suppose que vous me trompez.

SUZANÎIE.

Sfjitî

HW M 0 > D , . ouraul »ur cllr.

Suzanne!...

SUZA?IÎIE.

Assez, monsieur! je vous rends votre pan île. je rcprcmis la mienne, il n'y a plus rien de commun entre nous.

UO LE IJEMI-MOADE.

RAYMOND

Vous avez déjà employé ce moyen, madame; cette fois je reste.

SUZANNE

A quel homme ai-je donc aflaiie?

Raymond.

Vous avez affaire à un homme qui ne vous a demandé, en échange du nom honorable qu'il vous donnait, que la sincérité d'une minute, et à qui vous avez juré que vous n'aviez rien à vous reprocher ; qui demain va se baltie avec un homme de Fhonneur duquel il ne peut douter pour soutenir votre honneur, dont il doute; qui depuis quinze jours sedébat dans des mensonges et des duplicités, sans appeler autre chose à son aide que la loyauté, la franchise et la confiance, et qui est résolu maintenant à connaître la vérité pai* quelque moyen que ce soit. Si cette lettre ne la renferme pas tout entièie, je juge à votre émotion qu'elle en renferme une partie. 11 me faut cette lettre, donnez-la-moi, ou je la prends.

Vous ne Saurez pas.

RAYMOND

Cette lettre!...

SUZANNE

Vous portez la main sur une femme?

RAYMOND

Celte lettre!...

SUZANNE

Eh Lien ! je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé !... Je vous trompais; laissez-moi maintenant.

RAYMOND

Cette lettre!...

(il saisit la niaia dans laquelle Suzanne lient la lettre.} SUZANNE.

Raymond, je vous dirai tout... Vous me faites mal... je ne suis pas coupable. Au nom de ta mère ! ... (m lui arrache la lettre, j Mise-

,u;ti: i\, sckm-: mil i ,i

rabloî ip-iio i..mi.o .|>,i.Mv »iir uiio ciui»f. j C'e>l Ituii, Iim/.- mais uino vengerai, je vous le jure.

RAYMOND, liunl d'une voix c'ir.ue.

o Je VOUS en piie, ne me perdez pas; il faut «jue je vous voie, » je vous expliijuerai tout. Ce que vous rn'onloiuien z di' faire, .) je le ferai. Ce n'est pas ma laule ^i monsieur de Nanjac '^ m'aune, et je l'aime, c'est mon excuse... Je dépends de vous; ' cei»endaiit, soyez généreux, pardonnez-moi; s'il comiaissait la ' vciilé, je mourrais de houle. Je vous promets de ne pas être . sa femme; mais qu'il ne sache rien ; alleiidez-moi, dèsquc je " serai libre, je... » (pario.) Et je doutais jiicore... (ii laiii.- «a icic !.ni «•» main».) Qiie VOUS avais-jc fait, Suzaime? pouniuoi me tromper?... Tenez, voici cette leltie ; adieu!...

(il va pour sortir; à moitié clieinin, li se laisbf lotnbt r sur une clui^c cl ne peut n-leDir t^s larme>.)

SUZANNE

Raymond!...

UA VMONl».

Vous avez fait pleurer un liomuiequi n'avait pas pleun'' depuis la mort de sa ihèie. Je vous remercie, les larmes fcnl du bien.

SUZANNE

Vous m'avez déchiré les bras et les mains, Kaymond.

IIAYMOND.

Je vous demande pardon, c'est une lâcheté ; mais je vous aimais !...

SUZANNE

Moi aussi, je vous aimais.

RAYMOND

Si vous m'aviez aimé, vous ne m'auriez pas menti!...

SUZANNE

11 n'est pas une femme qui, à ma place, vous eût fait l'aveu (pje vous me demandiez ; je vois aimais, je nous «stimais, je voulais être aimée et estimée de vous. Je vous racontt rai toute ma Nie, Oui, il y a une cluise <|ue je devais vous cai lier, mais une seule. Si vou.-. saviez, je suis moins coupable que je ne parais; et puis j'étais sans conseils, sans appui. J'aurais dû tout vous dii-c, voilà ma faute. Vous êtes généreux, vous m'auriez

pardonné. Maintenant, vous ne cioyez plus en moi ; mais si je ne suis pas absez pure pour ètie la femme d'un homme comme vous, je vous aime assez pour que vous m'aimiez; rien ne me force à vous le dire, maintenant, Raymond, crois en moi, je t^aime.

RAYMOND

A qui écriviez-vous cette lettre?

SUZANNE

Vous iriez chercher querelle à cet homme.

RAYMOND

Je ne lui dirai rien; mais, dites-moi son nom!

SUZANNE

Cet homme n'est rien pour moi, vous le savez bien, puisque je lui écrivais que je vous aime.

RAYMOND

De quel droit vous défend-il d'être ma femme?

SUZANNE

Je vous raconterai tout, mais quand vous serez plus calme.

RAYMOND

Adieu !

SUZANNE

Je vais tout vous dire !

RAYMOND

J'écoute!

J'écrivais cette lettre à...

RAYMOND

A Olivier?

SUZANNE

Non, je vous le jure; mais promettez-moi de ne pas provoquer cet homme.

RAYMOND

Je vous le promets.

SUZANNE

J'écrivais au marquis de Thonnerins. (Raymond fait un mouvcui.ui )

ACTK IV, SCKNK Mil. I'i3

llniiKiiul, mcltez-vous à la place d'uiu» p-uiviL* leinriic abaiitloniu-i' (lo itiiit le riioiuli*; lu i]iai({uis av.iil le ilruil de me déîendre d être votre feininc, c'est à lui que je dois tout.

Ainsi, votre mariage?

SUZANNE

11 est faux !

RAYMOND

Ces papiers que vous m'avez montrés?

SUZANNE

Appartenaient à une jeune fe.nme, morte à l'étranger, sans amis, sans parents.

Et votre fortune?

SUZANNE

Elle me vient de monsieur de Tlionnerins.

RAYMOND

El voilà quelle honte vous me prépariez en échange de ma confiance, de nion amour 1 Au lieu de tout m'avouer, noblement, dignement, vous m'apportiez un nom volé et une fortuneaciiuise au pi iv de votre déshonneur. Vttus ne compreniez pas qu'une fois voire mari, si j'avais appris quel infâme marché j'avais fait, je n'avais plus (]u'à vous tuer et à me faire sauter la cervelle. Non-seulement vous ne m'aimiez pas, Suzanne, mais vous ne m'estimiez pas.

SUZANNE

Oui. je stiis une créature misérable; je ne mérite ni voire amour ni votre souvenir. Partez, Il i y moud; ouhliez-moi.

RAYMOND

Mais ce n'est pas tout sans doute; allons jusqu'au bout. (Ju'avez-vous encore à m'avoucr?...

SUZANNE

Kien!

RAYMOND

Olivier, ce n'rst ni 1 1 mis<Me ni l'abandon qui vous auniicnl p<iu>sée vers lui. Si cet homme a élé \otre amant, c'est que voils l'avez aimé, et je wns que je ne vous pardoanerais jamais d'avoir appartenu à cet honuue.

ilih LE DEMI-iMOINDE.

SUZANMC.

Olivier n'a jamais été rien pour moi; il vous l'a dit lui-même^ et vous le savez bien.

RAYMOND

Vous me le jurez?

SUZANNE

Je vous le jure.

RAYMOND

Et vous m'aimez ?

SUZANNE

Vous aurais-je tout avoué si je ne vous aimais pas?

RAYMOND

Eh bien! Suzanne^ je ne vous demande plus qu'une preuve de cet amour.

SUZANNE

Dites.

RAYMOND

Renvoyez à monsieur de Thonneiins tout ce que vous tenez de lui.

SUZANNE, sonnant.

A Finstant même! (eII^ prend des pnplers, les enveloppe, les cacheté. —

Au Domestique qui entre. ) Portcz tout dc suite CCS papicrs à mousieuF de Thonnerins; il n'y a- pas de réponse.

LE DOMESTIQUE

Monsieur le marquis monte en ce moment même l'escalier.

SUZANNE

Lm!...

Priez monsieur le marquis d'attendre ! (lc nonnesiique sort. — a Suzanne.) Donuez-moi ces papiers... je vais les lui remettie moimême.

SUZANNE

Vous me faites peur.

RAYMOND

Oh! ne craignez rien ! il est temps encore, Suzanne. Choisissez, gardez ces papiers, et je pars pour ne plus revenir, ou si vous me renouvelez le serment que vous m'avez fait et que

ACTK l\ . SCK.NK \l\. \h5

jc'sm\i\t.'à ce iliul, ji* ne Mdis diMniunlc cniiipU' (kî vc.Iro \ie qu'à compliT de ce serment, et nous parlons ensemble.

SIJZANNK.

J'ai dit la \cnW'.

RAVMOMi.

Ah! Suzanne, je ne savais pas moi-môme que je vous aimais tant!

(il lorl.)

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