K AY M<»M
Cette lettre?
SUZANNE
Vous ne Taurez pas, vous dis-je! Je n'ai jamais cédé à la violence, je vous ai dit la véiilé : hbre à vous de supposer et de croire tout ce que bon vous semblera.
Je suppose que vous me trompez.
SUZANÎIE.
Sfjitî
HW M 0 > D , . ouraul »ur cllr.
Suzanne!...
SUZA?IÎIE.
Assez, monsieur! je vous rends votre pan île. je rcprcmis la mienne, il n'y a plus rien de commun entre nous.
UO LE IJEMI-MOADE.
RAYMOND
Vous avez déjà employé ce moyen, madame; cette fois je reste.
SUZANNE
A quel homme ai-je donc aflaiie?
Raymond.
Vous avez affaire à un homme qui ne vous a demandé, en échange du nom honorable qu'il vous donnait, que la sincérité d'une minute, et à qui vous avez juré que vous n'aviez rien à vous reprocher ; qui demain va se baltie avec un homme de Fhonneur duquel il ne peut douter pour soutenir votre honneur, dont il doute; qui depuis quinze jours sedébat dans des mensonges et des duplicités, sans appeler autre chose à son aide que la loyauté, la franchise et la confiance, et qui est résolu maintenant à connaître la vérité pai* quelque moyen que ce soit. Si cette lettre ne la renferme pas tout entièie, je juge à votre émotion qu'elle en renferme une partie. 11 me faut cette lettre, donnez-la-moi, ou je la prends.
Vous ne Saurez pas.
RAYMOND
Cette lettre!...
SUZANNE
Vous portez la main sur une femme?
RAYMOND
Celte lettre!...
SUZANNE
Eh Lien ! je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé !... Je vous trompais; laissez-moi maintenant.
RAYMOND
Cette lettre!...
(il saisit la niaia dans laquelle Suzanne lient la lettre.} SUZANNE.
Raymond, je vous dirai tout... Vous me faites mal... je ne suis pas coupable. Au nom de ta mère ! ... (m lui arrache la lettre, j Mise-
,u;ti: i\, sckm-: mil i ,i
rabloî ip-iio i..mi.o .|>,i.Mv »iir uiio ciui»f. j C'e>l Ituii, Iim/.- mais uino vengerai, je vous le jure.
RAYMOND, liunl d'une voix c'ir.ue.
o Je VOUS en piie, ne me perdez pas; il faut «jue je vous voie, » je vous expliijuerai tout. Ce que vous rn'onloiuien z di' faire, .) je le ferai. Ce n'est pas ma laule ^i monsieur de Nanjac '^ m'aune, et je l'aime, c'est mon excuse... Je dépends de vous; ' cei»endaiit, soyez généreux, pardonnez-moi; s'il comiaissait la ' vciilé, je mourrais de houle. Je vous promets de ne pas être . sa femme; mais qu'il ne sache rien ; alleiidez-moi, dèsquc je " serai libre, je... » (pario.) Et je doutais jiicore... (ii laiii.- «a icic !.ni «•» main».) Qiie VOUS avais-jc fait, Suzaime? pouniuoi me tromper?... Tenez, voici cette leltie ; adieu!...
(il va pour sortir; à moitié clieinin, li se laisbf lotnbt r sur une clui^c cl ne peut n-leDir t^s larme>.)
SUZANNE
Raymond!...
UA VMONl».
Vous avez fait pleurer un liomuiequi n'avait pas pleun'' depuis la mort de sa ihèie. Je vous remercie, les larmes fcnl du bien.
SUZANNE
Vous m'avez déchiré les bras et les mains, Kaymond.
IIAYMOND.
Je vous demande pardon, c'est une lâcheté ; mais je vous aimais !...
SUZANNE
Moi aussi, je vous aimais.
RAYMOND
Si vous m'aviez aimé, vous ne m'auriez pas menti!...
SUZANNE
11 n'est pas une femme qui, à ma place, vous eût fait l'aveu (pje vous me demandiez ; je vois aimais, je nous «stimais, je voulais être aimée et estimée de vous. Je vous racontt rai toute ma Nie, Oui, il y a une cluise <|ue je devais vous cai lier, mais une seule. Si vou.-. saviez, je suis moins coupable que je ne parais; et puis j'étais sans conseils, sans appui. J'aurais dû tout vous dii-c, voilà ma faute. Vous êtes généreux, vous m'auriez
pardonné. Maintenant, vous ne cioyez plus en moi ; mais si je ne suis pas absez pure pour ètie la femme d'un homme comme vous, je vous aime assez pour que vous m'aimiez; rien ne me force à vous le dire, maintenant, Raymond, crois en moi, je t^aime.
RAYMOND
A qui écriviez-vous cette lettre?
SUZANNE
Vous iriez chercher querelle à cet homme.
RAYMOND
Je ne lui dirai rien; mais, dites-moi son nom!
SUZANNE
Cet homme n'est rien pour moi, vous le savez bien, puisque je lui écrivais que je vous aime.
RAYMOND
De quel droit vous défend-il d'être ma femme?
SUZANNE
Je vous raconterai tout, mais quand vous serez plus calme.
RAYMOND
Adieu !
SUZANNE
Je vais tout vous dire !
RAYMOND
J'écoute!
J'écrivais cette lettre à...
RAYMOND
A Olivier?
SUZANNE
Non, je vous le jure; mais promettez-moi de ne pas provoquer cet homme.
RAYMOND
Je vous le promets.
SUZANNE
J'écrivais au marquis de Thonnerins. (Raymond fait un mouvcui.ui )
ACTK IV, SCKNK Mil. I'i3
llniiKiiul, mcltez-vous à la place d'uiu» p-uiviL* leinriic abaiitloniu-i' (lo itiiit le riioiuli*; lu i]iai({uis av.iil le ilruil de me déîendre d être votre feininc, c'est à lui que je dois tout.
Ainsi, votre mariage?
SUZANNE
11 est faux !
RAYMOND
Ces papiers que vous m'avez montrés?
SUZANNE
Appartenaient à une jeune fe.nme, morte à l'étranger, sans amis, sans parents.
Et votre fortune?
SUZANNE
Elle me vient de monsieur de Tlionnerins.
RAYMOND
El voilà quelle honte vous me prépariez en échange de ma confiance, de nion amour 1 Au lieu de tout m'avouer, noblement, dignement, vous m'apportiez un nom volé et une fortuneaciiuise au pi iv de votre déshonneur. Vttus ne compreniez pas qu'une fois voire mari, si j'avais appris quel infâme marché j'avais fait, je n'avais plus (]u'à vous tuer et à me faire sauter la cervelle. Non-seulement vous ne m'aimiez pas, Suzanne, mais vous ne m'estimiez pas.
SUZANNE
Oui. je stiis une créature misérable; je ne mérite ni voire amour ni votre souvenir. Partez, Il i y moud; ouhliez-moi.
RAYMOND
Mais ce n'est pas tout sans doute; allons jusqu'au bout. (Ju'avez-vous encore à m'avoucr?...
SUZANNE
Kien!
RAYMOND
Olivier, ce n'rst ni 1 1 mis<Me ni l'abandon qui vous auniicnl p<iu>sée vers lui. Si cet homme a élé \otre amant, c'est que voils l'avez aimé, et je wns que je ne vous pardoanerais jamais d'avoir appartenu à cet honuue.
ilih LE DEMI-iMOINDE.
SUZANMC.
Olivier n'a jamais été rien pour moi; il vous l'a dit lui-même^ et vous le savez bien.
RAYMOND
Vous me le jurez?
SUZANNE
Je vous le jure.
RAYMOND
Et vous m'aimez ?
SUZANNE
Vous aurais-je tout avoué si je ne vous aimais pas?
RAYMOND
Eh bien! Suzanne^ je ne vous demande plus qu'une preuve de cet amour.
SUZANNE
Dites.
RAYMOND
Renvoyez à monsieur de Thonneiins tout ce que vous tenez de lui.
SUZANNE, sonnant.
A Finstant même! (eII^ prend des pnplers, les enveloppe, les cacheté. —
Au Domestique qui entre. ) Portcz tout dc suite CCS papicrs à mousieuF de Thonnerins; il n'y a- pas de réponse.
LE DOMESTIQUE
Monsieur le marquis monte en ce moment même l'escalier.
SUZANNE
Lm!...
Priez monsieur le marquis d'attendre ! (lc nonnesiique sort. — a Suzanne.) Donuez-moi ces papiers... je vais les lui remettie moimême.
SUZANNE
Vous me faites peur.
RAYMOND
Oh! ne craignez rien ! il est temps encore, Suzanne. Choisissez, gardez ces papiers, et je pars pour ne plus revenir, ou si vous me renouvelez le serment que vous m'avez fait et que
ACTK l\ . SCK.NK \l\. \h5
jc'sm\i\t.'à ce iliul, ji* ne Mdis diMniunlc cniiipU' (kî vc.Iro \ie qu'à compliT de ce serment, et nous parlons ensemble.
SIJZANNK.
J'ai dit la \cnW'.
RAVMOMi.
Ah! Suzanne, je ne savais pas moi-môme que je vous aimais tant!
(il lorl.)