ACTE V, SCÈNE II
MARCELLE
Oh! non... Donc,, s'il vous était arrivé un malheur, j'aurais appris toui simplement, comme tout le monde, que vous aviez été tué. Pas un souvenir de vous au moment du danger... C'est de l'ingratitude, ear je jure bien que si je courais un danger, moi, vous seriez la seule personne que j'appellerais à mon secours... Vous devriez faire pour moi ce que je ferais pour vous, et je ne laisserai pas ce duel s'accomplir.
OLIVIER
Et comment l'empêcherez- vous ?
MARCELLE
J'irai'trouver le premier magistrat venu, et je vous dénoncerai.
OLIVIER
Et de quel droit?
MARCELLE
Du droit qu'une femme a de sauver l'homme qu'elle aime.
OLIVIER
Vous m'aimez?
Vous le savez bien.
OLIVIER
Marcelle ! *
MARCELLE
Qui a eu sur moi cette influence, avec un seul mot, de mfe faire changer toute ma vie?... Qui m'a fait quitter ce monde où je. vivais?... Pour qui me suis- je résignée à aller vivre au fond d'une province et à gagner obscurément et tristement ma vie ?. . pour qui allais-je partir, sans autre consolation que la certitude d'être estimée ou d'être oubliée de vous?... pour qui, enfin, une femme se transforme- t-elle ainsi?... pour l'homme qu'elle aime!... Mais au fond de mon cœur, j'emportais une espérance secrète... Je me disais : U tente peut-être une épreuve!.. Quand il verra que je suis une honnête fille, quand il aura fait de moi la femme qu'il veut que je sois, qui sait?... peut-être m'aimerat-il!... Et quand j'ai fait ce rêve, qui était ma seule raison de vivre, j'apprends que vous vous battez pour une femme... Et
vous cioyez que je permettrai ce duel!... Qu'elle le permette, elle que vous aimez, soit... mais que je le permette, moi qui vous aime!... Jamais!...
OLIVIER
Je vous jure que si vous tentez une démarche autre que celle que vous venez de faire ici.,, si vous faites un pas, si vous dites un mot pour empêcher ce duel, si vous l'empêchez enfin... comme ce sera me déshonorer... car on dira que je me suis servi d'une femme pour ne pas me battre... je vous jure, Marcelle, que je ne survivrai pas à ce déshonneur.
MARCELLE
Mon Dieu !... je ne dirai rien... je prierai.
OLIVIER
Maintenant, Marcelle, il faut rentrer chez vous; tantôt nous nous re verrons.
MARCELLE
Vous me renvoyez parce que le duel a lieu aujourd'hui.
OLIVIER
Non, il n'aura même peut-être pas lieu ; maintenant que je sais que vous m'aimez, je veux vivre. Il y a un moyen de tout arranger.
MARCELLE
Vous me promettez que vous ne vous battez pas aujourd'hui.
OLIVIER
Je vous le promets.
Je suis à toi.
Qu'est-ce que c'est?
OLIVIER
C'est un de mes amis qui m'appelle,
MARCELLE
Un de vos témoins.
OLIVIER
Oui.
(On entend Hippolyte qui frappe a la porte.) OLIVIER, haut.
MARCELLE