OLIVIER, RAYMOND
OLIVIER
Je suis tout à vous, monsieur.
(il lui fait signe de s'asseoir.)
AGTEÏ, SCÈNE. V/. 35
RAYMOND, s'asseyant.
Mon Dieu, monsieur, Ta flaire est bien simple. Monsieur de Latour, un de mes amis...
OLIVIER
Pardon, monsieur, si je vous interromps; monsieur de Latour est de vos amis ?
RAYMOND
Oui, monsieur. Pourquoi celle question?
OLIVIER
C'est que quelquefois.. • Vous êtes militaire, monsieur?
RAYMOND
Oui, monsieur, depuis dix ans.
C'est que quelquefois un militaire croit ne pas pouvoir refuser de servir de témoin à une personne qu'il connaît à peine, ou que même il ne connaît pas du tout.
RAYMOND
C'est vrai, nous refusons rarement ce service; mais je connais monsieur de Latour, je lui serre la main et le considère comme mon ami. Ne mérite-t-il pas ce titre?... Est-ce là ce que vous voulez due ?
OLIVIER
Pas le moins du monde, monsieur. Continuez.
RAYMOND
Eh bien ! monsieur de Latour était avant-hier au soir dans une maison, chez la vicomtesse de Vernières. J'y étais avec lui; on jouait au lansquenet. Un jeune homme qui se trouvait là,, monsieur Georges de Maucroix,..
OLIVIER
Un de mes amis.
RAYMOND
Monsieur de Maucroix avait la main, je crois que c'est là le terme dont on se sert; j'ignore toutes les expressions techniques, n'ayant jamais joué.
OLIVIER
C'est le terme consacré.
RAYMOND
Monsieur de Maucroix avait déjà passé trois ou quatre fois, et il y avait vingt-cinq louis à faire. Monsieur de Latour tint le coup; mais comme il avait déjà beaucoup perdu dans la soirée, il se trouvait sans argent, et dit à monsieur de Maucroix qu'il faisait bancot sur parole. A ce mot, monsieur de Maucroix, qui allait retourner ses cartes, les donne à son voisin de droite, en disant : Je passe la main. Monsieur de Latour vit dans ce fait un refus d'accepter sa parole comme argent; il eut tout lieu de se croire offensé, et demanda une explication à monsieur de Maucroix, qui répondit que l'endroit où ils se trouvaient tous deux n'était pas propre à ce genre d'entretien. IL vous nomma, donna votre adresse, et monsieur de Latour me pria de venir vous demander sur ce fait les éclaircissements que votre ami n'avait pas cru devoir lui donner lui-même.
OLIVIER
Ces éclaircissements sont bien faciles^ donner, monsieur, et je crois que de toute cette affaire, il ne doit résulter pour moi que l'honneur d'avoir fait votre connaissance. Geoiges n'a pas voulu blesser monsieur de Latour ; il a passé la main, comme c'est le droit de tout joueur au laiibquenet, quand il ne veut pu^ risquer de perdre en une fois ce que plusieurs coups lui ont fait gagner.
RAYMOND
C'était à monsieur de Maucroix de prendre cette décision avant l'engagement de M. de Latour.
OLIVIER
11 a réfléchi.
RAYMOND
Il eût tenu le coup contre une autre personne, j'en suis convaincu... Il eût tenu le coup, si l'argent de monsieur de Latour eût été sur la table.
OLIVIER
Nous n'en savons rien, monsieur, permettez-moi de vous le dire, nous ne pouvons discuter que le fait visible, et qui est à notre connaissance. lr, j'ai l'honneur de vous répéter ce que monsieur de Maucroix, delà sincérité de qui je ne doute pas un instant, m'a dit lui-même, c'est qu'il n'avait fait que ce qu'il fait £rès-souvent, que ce que tout le monde fait ; et pour ma part, je