ACTE I, SCÈNE VI
RAYMOND
Merci , car cette conversation peut avoir une grande influence sur ma vie.
OLIVIER
J'écoute.
RAYMOND
Quel est le nom de la personne qui était ici quand j'y suis entré?
OLIVIER
Madame la baronne d'Ange.
C'est une femme du monde ?
OLIVIER
Oui.
RAYMOND
Veuve?
OLIVIER
Veuve.
RAYMOND
Quelles relations, répondez-moi, monsieur, comme sur l'honneur je vous répondrais si vous me faisiez la question que je vais vous faire , quelles relations existent entre elle et vous ?
OLIVIER
Des relations d'amitié.
RAYMOND
Vous n'êtes que son ami ?
OLIVIER
Je ne suis que son ami.
RAYMOND
Merci, monsieur; mais, encore un mot : comment madame d'Ange se trouvait-elle chez vous? Le seul titre d'amie...
OLIVIER
N'autorise pas une femme comme il faut à venir chez un homme comme il faut? pourquoi pas? Et ce qui prouve que madame d'Ange ne faisait rien ici dont elle crût devoir se cacher, c'est que, pouvant sortir par celte porte sans être vue, elle s'en est allée ouvertement après avoir causé un instant aveo vous.
RAYMOND
C'est vrai; mais j'avais besoin de cette explication, et, comme je ne veux pas être en reste de franchise avec vous, je vais tout vous dire. Je suis officier d'Afrique. J'ai été blessé assez grièvement, il y a trois mois, pour demander un congé lors de ma convalescence. Je suis arrivé il y a quinze jours à Bade. J'y ai vu madame d'Ange; je me suis fait présentera elle; elle a produit tout de suite sur moi une très-grande impression, je l'ai suivie à Paris, et je suis amoureux fou d'elle; elle n'a en aucune façon encouragé cet amour; elle est jeune, elle est belle ; je me demandais si elle aimait quelqu'un, car sa conduite à Bade était celle d'une femme irréprochable. Vous comprenez alors mon émotion, mon étonnement en la trouvant tout à coup chez vous, mes suppositions, mes craintes toutes naturelles, ma mauvaise humeur dissipée par vos paroles très-sensées, enfin cette explication que je vous ai demandée avec franchise et que vous m'avez donnée avec courtoisie. Nous aurons, monsieur, je l'espère, l'occasion de nous revoir. Comptez-moi des à présent au nombre de vos amis, et, si jamais je puis vous être bon à quelque chose, disposez de moi.
OLIVIER
Je vous ai dit tout ce que je devais vous dire, monsieur; bonne chance.
RAYMOND
Quant à nos deux adversaires, je crois que l'affaire peut s'arranger.
OLIVIER
C'est mon avis.
RAYMOND
Nous dresserons un petit procès-verbal de notre conversation. Nous le leur ferons connaître, et tout sera dit.
C'est cela, monsieur; à demain, si vous le voulez. J'aurai l'honneur de passer chez vous ; j'ai là votre adresse sur votre carte ; à la même heure, si elle vous convient.
RAYMOND
Parfaitement.
OLIVIER
A demain, alors.