‹ Le Demi-monde; comédie en cinq actes, en proseChapitre 37 sur 111 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

HIPPOLYTE

Vous vous trompez, je suis venu justement parce que je n'avais rien à craindre de cette rencontre.

YALENTINE.

Alors, vous ne me pardonnerez jamais?

HIPPOLYTE

Jamais!

VALENTINE

Et vous ne me rouvrirez jamais votre maison?

HIPPOLYTE

Je le voudrais que je ne le pourrais plus.

VALENTINE

Ce que Ton m'a dit est donc vrai?

HIPPOLYTE

Et que vous a-t-on dit?

VALENTINE

Que votre maison était occupée?

HIPPOLYTE

Par des gens que j'aime, c'est vrai.

Mais que je puis chasser de chez vous.

HIPPOLYTE

Vous savez bien que le seul de nous deux qui ait le droit de menacer, c'est moi; ne l'oubliez plus. Après trois ans de chagrin, de solitude, de désespoir, pendant lesquels, si votre cœur avait trouvé un mot, une larme de repentir, je vous eusse pardonné, car je vous aimais toujours, après trois ans d'une vie misérable, j'ai acquis le droit de vivre comme bon me semble. C'est dans une famille de hasard, c'est dans un ménage d'emprunt, que j'ai trouvé le bonheur que vous n'avez pas cru me devoir. Voilà cependant à quelle position étrange la faute de sa femme peut amener un honnête homme. Je sais tout ce que vous avez fait depuis notre séparation. C'est aujourd'hui seulement que l'idée vous vient de vous rapprocher de moi; vous avez gaspillé votre fortune dans les dépenses d'une vie oisive et décousue. A bout de ressources, vous vous dites : Voyons, maintenant, si mon mari voudra me reprendre. Depuis que vous êtes

là, pas un mot venant du cœur n'est sorti de votre bouche. Non, madame, non, tout est bien fini entre nous, vous êtes morte pour moi.

VALENTINE

Ainsi, peu vous importe ce que je deviendrai?

HIPPOLYTE

Faites ce que bon vous semblera; je ne vous aime plus, vous ne pouvez pas me rendre malheureux; je suis un honnête homme, vous ne pouvez pas me rendre ridicule.

VALENTINE

C'est tout ce que je voulais savoir, c'est vous qui serez cause de tout ce qui arrivera.

Adieu alors, car bien certainement nous ne nous reverrona jamais.

Page 1