ACTE II, SCÈNE X
sire vous parler. (Raymond sort.) Ne vous en allez pas, monsieur de Jalin , j'ai à causer avec vous.
OLIVIER
Mademoiselle.
MARCELLE
Vous av°.z été sévère pour moi tout à l'heure; vous m'avez fait pleurer, que vous avais-je fait?
Rien, mademoiselle.
MARCELLE
Ce n'est pas la première fois que vous me traitez mal. Je sais vous avez une mauvaise opinion de moi ; on me Ta dit.
OLIVIER
On vous a trompée.
MARCELLE
Et cependant, autrefois, vous n'étiez pas ainsi pour moi; au contraire, vous trouviez souvent une bonne parole à me dire. Je croyais presque à votre amitié. Vous n'étiez pas heureux du côté de votre famille; vous m'en aviez fait la confidence... J'avais aussi mes chagrins. Il aurait dû y avoir sympathie entre nous. Pourquoi m'en voulez-vous à présent? Quelle action peut-on me reprocher ?
OLIVIER
Cette sympathie d'autrefois, mademoiselle, vous me l'inspirez toujours. Seulement...
MARCELLE
Oh! dites!
OLIVIER
Eh bien! il faut qu'une jeune fille soit jeune fille, et ne s'occupe que des choses qui sont à la portée de son âge. Or, il y a des moments où votre conversation m'embarrasse. Je ne saurais que vous répondre. J'ai donc quelquefois déploré de vous voir élevée dans un monde comme celui où nous sommes, et de , vous entendre parler de choses dont vous parliez tout à l'heure,
MARCELLE
Alors, votre sévérité était de l'intérêt; merci. Vous avez raison dans vos reproches; mais comment faire? Ce monde où je vis, je ne puis le quitter. Je n'ai plus de père, je n'ai plus
de mère. Le langage que je parle est celui que j'entends depuis quatre années... Peut-être n'est-ce pas un malheur que j'aie vécu dans ce monde? En voyant tous les jours où une femme peut arriver à la suite d'une première faute, j'ai appris à ne pas commettre cette faute.
OLIVIER
C'est vrai !
MARCELLE
Mais cela ne suffit pas, à ce qu'il paraît, pour l'avenir surtout. Eh bien! puisque vous vous intéressez à moi, monsieur Olivier, je vous demande un conseil.
OLIVIER
Oh! parlez, mademoiselle.
MARCELLE
Une fille comme moi, sans famille, sans fortune, sans autre protection qu'une parente comme madame de Vernières, élevée dans le monde où je me trouve, si elle veut se soustraire aux influences, échapper aux suppositions, résister aux mauvais conseils et au découragement, comment doit-elle s'y prendre?... Vous ne répondez rien?... Vous pouvez me plaindre, me blâmer même, vous ne pouvez pas me conseiller... Pourrai-je dire maintenant que je ne suis plus une petite fille?
OLIVIER
Pardonnez-moi.
MARCELLE
Je fais plus que vous pardonner, je vous remercie de m'avoir ouvert les yeux avant qu'il soit trop tard. Seulement, je vous demanderai, quoi qu'il arrive, si vous entendez dire du mal de moi, de me défendre un peu, et je vous promets, en échange, de trouver le moyen de rester une honnête femme. Je rencontrerai peut-être un jour un honnête homme qui m'en récompensera. Au revoir, monsieur Olivier. — Au revoir et merci.
(Suzanne entre.)