SUZANNE, MARCELLE
SUZANNE
A quoi dois-je votre bonne visite, chère enfant?...
MARCELLE
Je ne vous dérange pas?...
* SUZANNE
Vous ne me dérangez jamais. Vous savez que je vous aime; et que je serais heureuse de vous être agréable. De quoi s'agit-il?.., .
80 i^E DEMI-MONDE,
MARCELLE
Vous pouvez beaucoup pour moi.
J'écoute.
MARCELLE
Vous avez une grande influence sur monsieur de Thonno ns?
SUZANNE
Il veut bien avoir quelque amitié pour moi.
MARCELLE
Il y a quatre ou cinq ans, il avait offert à ma tante de me prendre chez lui et de me faire élever auprès de sa fille, à qui il eût voulu donner une compagne de son âge.
SUZANNE
Il m'a, en effet, à cette époque, parlé de cette intention. Votre tante a refusé.
MARCELLE
Malheureusement! Si elle eût consenti, je ne serais pas mainenant dans la position où je me trouve.
SUZANNE
Que se passe-t-il donc ?
MARCELLE
Je ne veux pas me plaindre de ma tante... Ce n'est pas sa faute si la bien modeste fortune que m'avaient laissée mes parents s'est trouvée peu à peu absorbée par des dépenses de la maison. Si nous comptions, ce serait moi qui lui redevrais encore ; il est des soins et des affections qui ne se payent pas... Les ennuis d'argent finissent par aigrir les meilleurs caractères. Nous avons eu hier, après votre départ, une explication un peu amère, qaand je lui ai appris que je n'aimais pas monsieur de Nanjac,que je le lui avais dit, et que je ne ferais rien pour être sa femme...
SUZANNE
D'autant plus que vous aimez quelqu'un.
MARCELLE
Peut-être! A la fin de notre explication, ma tante m'a fait comprendre que si je n'entrais pas dans ses vues, elle ne pourrait plus rien faire pour moi; et cette nuit, comme je ne dor~