‹ Le Demi-monde; comédie en cinq actes, en proseChapitre 52 sur 111 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

OLIVIER

À cause de moi ?

RAYMOND

Oui, j'ai besoin d'un témoin pour me marier, et j'ai compté sur votre assistance.

Moi, témoin de votre mariage avec la baronne, c'est impossible.

RAYMOND

Vous me refusez.

OLIVIER

Je pars demain.

RAYMOND

Vous ne m'aviez pas parlé de ce voyage... Ah ça! qu'avezvous, mon cher Olivier ? Vous avez l'air tout embarrassé depuis quelques instants.

OLIVIER

C'est que c'est très-embarrassant.

RAYMOND

Qu'y a-t-il?... parlez...

OLIVIER

Voyons, Raymond, êtes-vous bien convaincu que si je vous donnais un conseil dans une situation grave, ce ne pourrait être que pour vous être utile?...

RAYMOND

Oui. Eh bien?...

OLIVIER

Eh bien l croyez-moi, retardez cette union, puisqu'il en est temps encore.

Que voulez-vous dire ?...

OLIVIER

Je veux dire que, si amoureux que Ton soit, il est inutile de se marier quand on peut faire autrement.

RAYMOND

En vous disant que j'aime madame d'Ange, mon cher Olivier, j'ai probablement oublié de vous dire que je l'estime,..

OLIVIER

C'est bien, mon cher, n'en parlons plus; au revoir.

RAYMOND

Vous n'attendez pas la baronne?

OLIVIER

Non, je reviendrai.

Olivier?

Raymond?...

RAYMOND

OLIVIER

RAYMOND

Vous avez quelque chose sur le cœur.

Rien...

RAYMOND

Si...

OLIVIER

Dam! mon cher, vous n'êtes pas un homme comme tout le monde.

RAYMOND

Qu'ai-je donc de particulier?

OLIVIER

11 n'y a pas moyen de causer avec vous, vous tournez en mal lebien qu'on vous veut. Au moindre mot, vous prenez feu comme un canon, vous avez des raisonnements de boulet de 48, qui vous cassent bras et jambes, c'est décourageant. Je veux vous donner un conseil d'ami , que je crois de mon devoir de vous donner; vous m'arrêtez net avec une de ces réponses en marbre, comme vous seul, je crois, savez les faire. Nous ne sommes pas familiarisés avec ces caractères tout d'une pièce, nous autres Parisiens habitués à nous comprendre à demi-mot. Vous me faites peur.

RAYMOND

Eh! mon cher, le métier de soldat ne m'a pas ôté tout sens et tout esprit... Je sais encore que toute situation, c'est là ce que vous voulez dire sans doute, peut avoir deux faces, une sérieuse et une comique; jusqu'à présent j'ai pris la situation au

Page 1