ACTE III, SCÈNE V
sérieux; si elle est comique, et que je ne la voie pas, c'est la faute de mon inexpérience, et c'est le droit et le devoir d'un ami de me le montrer, et, croyez-le bien, quand je l'aurai vu, eh ! mon Dieu, je serai le premier à en rire.
Vous dites cela, et vous ne ririez pas.
RAYMOND
Vous ne me connaissez guère... 11 arrive tous les jours qu'un homme se trompe... Eh bien! le jour où on le lui fait voir, ce qu'il a de mieux à faire, c'est d'en prendre gaiement son parti. Tout ou rien. Voilà ma devise...
OLIVIER
Votre parole...
RAYMOND
Ma parole...
OLIVIER
Alors, mon cher, puisqu'il en est ainsi, rions.
RAYMOND
J'ai fait fausse route?
Tout bonnement.
Elle ne m'aime pas?...
OLIVIER
RAYMOND
OLIVIER
Un instant... je ne dis pas cela... au contraire, je crois qu'elle vous aime beaucoup. Mais, entre nous, ce n'est pas une raison pour vous marier, carpour elle c'est autre chose. Un mari comme vous... cela ne se trouve pas tous les jours, et il faut en essayer pas mal avant d'en trouver un.
Et la baronne... Contez-moi eela, cher ami.
OLIVIER
Oh ! ce serait bien long. D'ailleurs les affaires des autres ne me regardent pas. Tout ce qu'il m'appartient de vous dire, c'est qu'on n'épouse pas madame d'Ange.
RAYMOND
Vraiment?
OLIVIER
Il faut archer d'Afrique pour avoir cette idée-là.
RAYMOND
Ah! cher ami! Eh bien ! vous me rendez un fier service. Je comprends pourquoi elle voulait que je gardasse le silence sur ce mariage; pourquoi elle voulait se marier loin de Paris; pourquoi elle me disait de me défier de vous.
OLIVIER
Elle savait bien que je vous aimais trop pour vous laisser faire une pareille... chose sans vous renseigner un peu.
RAYMOND
Savez-vous que cette femme est adroite? Elle s'était complètement emparée de mon esprit et de mon cœur.
OLIVIER
Elle est très-séduisante, il faut le reconnaître; elle a un esprit charmant, elle est supérieure à toutes les femmes qui l'entourent, car c'est déjà une supériorité sur elles que de s'être introduite dans leur monde et d'y tenir la place qu'elle y tient... N épousez pas Suzanne, mais aimez-la, elle en vaut la peine.
RAYMOND
Vous en savez quelque chose, vous?
OLIVIER
Oh! moi, non.
RAYMOND
De la discrétion maintenant.
OLIVIER
Il sera bien temps d'en faire.
RAYMOND
Ce n'est plus comme la première fois que je vous ai vu; ce jour-là vous avez été discret.
OLIVIER
Je vous ai dit k vérité.
RAYMOND
Laissez donc !
OLIVIER
Ma parole... Vous m'avez dit : Vous n'êtes que l'ami de madame d'Ange?... Je vous ai dit : Oui, c'était vrai. Je n'étais que