ACTE III, SCENE VIL lfll
RAYMOND
Voyez ces lettres.
SUZANNE
Ce sont des lettres de femme.
RAYMOND
Lisez-les.
SUZANNE, parcourant les lettres.
Ce sont des lettres d'amour ou à peu près, car les expressions n'en sont pas bien tendres. Cependant elles peuvent passer pour des lettres d'amour. Après ?
RAYMOND
Vous ne savez pas qui a écrit ces lettres?
Comment voulez-vous que je le sache, elles ne sont pas signées ?
RAYMOND
Ainsi ces lettres ne sont pas de votre écriture?
SUZANNE
Comment, de mon écriture ? Est-ce que vous devenez fou? Est-ce que mon écriture ressemble à celle-ci? Je le voudrais cependant ; cette femme écrit très-bien.
RAYMOND
Alors pourquoi ce mensonge d'Olivier, et cet air de vérité surtout?
SUZANNE
Quel mensonge? Voyons, qu'est-ce que tout cela signifie? Monsieur de Jalin vous a dit que ces lettres sont écrites par moi?
RAYMOND
Oui.
SUZANNE
Mais alors, monsieur de Jalin aurait été mon amant?
RAYMOND
Il paraît.
SUZANNE
Il vous l'a dit?
Il me Ta laissé entendre.
SUZANNE
Après avoir affirmé le contraire,, qu'est-ce que cette mauvaise plaisanterie?
RAYMOND
Monsieur de Jalin ne plaisantait pas.
SUZANNE
Il s'est moqué de vous. Vous lui avez fait un mensonge hier. Il s'en est aperça, il a pris sa revanche aujourd'hui. Je connais monsieur de Jalin depuis plus longtemps que vous; je le sais incapable d'une lâcheté,, et ce dont vous l'accusez en est une; il m'a fait la cour, j'ai là des lettres de lui, je pourrais vous les montrer; je crois qu'il voit avec déplaisir que je me marie, parce que ce mariage lui fait perdre toute espérance ; mais de là à vouloir empêcher ce mariage par une calomnie il y a loin, et je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je déclare monsieur de Jalin incapable d'une pareille action.
RAYMOND
Nous verrons bien.
SUZANNE
Vous doutez?
RAYMOND
C'est une affaire à régler entre lui et moi. Vous allez me jurer que rien de ce que m'a dit monsieur de Jalin n'est vrai.
SUZANNE
Un serment! ahî il y a autre chose qu'une plaisanterie, qu'une calomnie de monsieur de Jalin, il y a une trahison de votre part.
Une trahison'
SUZANNE
Oui, vous regrettez déjà les engagements que vous avez contractés hier avec moi ; mais il était bien plus simple de me le dire franchement que d'appeler à votre aide un pareil moyen qui fait plus d'honneur à votre ingéniosité qu'à votre délicatesse.