‹ Le Demi-monde; comédie en cinq actes, en proseChapitre 67 sur 111 · ACTE III, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE XI

OLIVIER

Quel compte ?

SUZANNE

Faites donc l'homme qui ne comprend pas ! Vous avez dit à monsieur de Nanjac qu'il avait tort de m'épouser.

C'est vrai.

SUZANNE

Et vous lui avez dit pourquoi il avait tort ?

OLIVIER

Oui.

SUZANNE

Vous avez au moins le mérite de la franchise, ce qui n'empêche pas que vous avez fait là une... Comment dit-on?... Il y a un mot pour ces sortes de choses.

OLIVIER

Une sottise?... est-ce le mot que vous cherchez ?

SUZANNE

Non.

OLIVIER

Une infamie ?

SUZANNE

Ce n'est pas encore cela... Une...

OLTVIER.

Une lâcheté... dites le mot, il vous brûle les lèvres.

SUZANNE

Justement, une lâcheté !

Et pourquoi ai-je fait une lâcheté ?

SUZANNE

Parce qu'un homme d'honneur garde ces choses-là pour lui.

OLIVIER

Ce qui prouve que vous et moi n'avons pas les mêmes idées sur l'honneur, heureusement.

SUZANNE

Il ne vous faut rien pour ce mot-là?

OLIVIER

Rien!

SUZANNE

Et vous avez cru que monsieur de Nanjac ne me raconterait pas votre conversation ?

OLIVIER

Je Fai cru parce qu'il m'avait donné sa parole.

SUZANNE

Vous m'aviez bien donné votre parole d'être mon amî, vous.

OLIVIER

D'être votre ami, oui; d'être votre complice, non!...

SUZANNE

Complice est dur. Dites donc, Olivier ?

Quoi?

SUZANNE

Vous savez que votre démarche a tourné à mon avantage.

OLIVIER

Tant mieux De cette façon-là, j'ai fait mon devoir d'un

côté, et, de l'autre, je vous ai rendu service.

SUZANNE

Il est plus amoureux que jamais.

OLIVIER

Vraiment ?

SUZANNE

Aussi, n'y a-t-il pas moyen de vous en vouloir... Comment, vous, un homme d'esprit , vous n'avez pas compris que vous donniez dans un piège?

OLIVIER

Dans un piège !

SUZANNE

Naturellement, mon pauvre ami... Vous voulez lutter ave une femme, mais vous ne savez donc pas que la femme la plus niaise, et je ne suis pas cette femme-là, est cent fois plus rusée que l'homme le plus spirituel?... Je me suis bien doutée hier, après votre conversation avec monsieur de Nanjac, que notre grande amitié n'irait plus loin, et que du moment qu'il serait

Page 1