ACTE III, SCÈNE XI
êtes-vous sûr de ne pas avoir obéi aux mauvais conseils de votre amour-propre blessé?... Vous ne m'aimez pas, je le sais bien, mais on en veut toujours à une femme quand elle vous dit qu'elle ne vous aime plus.,* Quoi! parce qu'il rous a plu de me faire la cour, parce que j'ai été assez confiante pour croire en vous, parce que je vous ai jugé un galant homme, parce que je vous ai aimé, peut-être, vous deviendrez un obstacle au bonheur de toute ma vie?... Vous ai-je compromis? Vous ai-je
ruiné?... Vous ai-je trompé, même? Admettons, et il faut
l'admettre, puisque c'est vrai... que je ne sois pas digne, au point de vue du monde , du nom et de la position que j'ambitionne, est-ce bien à vous, qui avez contribué à m'en rendre indigne, à me fermer la route honorable où je veux entrer?... Non, mon cher Olivier, tout cela n'est pas juste, et ce n'est pas quand on a participé aux faiblesses des gens, qu'on doit s'en faire une arme contre eux... L'homme qui a été aimé, si peu que ce soit, d'une femme, du moment que cet amour n'avait ni le calcul ni l'intérêt pour bases, est éternellement l'obligé de cette femme, et quoi qu'il fasse pour elle, il ne fera jamais autant qu'elle a fait pour lui.
OLIVIER
Vous avez raison. J'ai peut-être cédé à un mauvais sentiment, à la jalousie, en croyant céder à la voix de l'honneur; cependant, à ma place, il n'est pas un honnête homme qui n'eût agi comme moi. A cause de Raymond, j'ai eu raison de parler; à cause de vous, j'aurais dû me taire. C'est une vérité que ce proverbe arabe : La parole est d'argent, le silence est d'or.
SUZANNE
Voilà tout ce que je voulais vous entendre dire. Maintenant...
OLIVIER
Maintenant?
SUZANNE, voyant entrer Sophie.-
Rien, (a Sophie.) Qu'est-ce que c'est?
SOPHIE
Monsieur de Nanjacest là!...
SUZANNE
J'avais donné des ordres.
SOPHIE
Il a insisté pour voir madame la baronne. Je lui ai repondu
que madame la baronne ne recevait pas. Il m'a demandé si monsieur de Jaïin était ici, je lui ai dit que je n'en savais rien ; il m'a dit de m'en assurer, et si monsieur de Jalin était che madame, de le prier de venir lui parler.
SUZANNE
Dites à monsieur de Nanjac d'entrer.
OLIVIER
Vous allez le recevoir?
SUZANNE
Non. Vous le recevrez, vous, et vous lui direz maintenant ce que vous croirez devoir lui dire. Kappelez-vous seulement qu'il m'aime, que je l'aime, et que ce que je veux, je le veux... Au revoir, mon cher Olivier.
(Elle sort.)