ACTE IV, SCÈNE XIII
moi-même, ce sera. Mais il se peut que je sois tué. Sur le terrain un homme en vaut un autre, et monsieur de Jalin est brave, il se défendra bien. Je ne veux pas mourir sans avoir tenu ma promesse. Je vais écrire à mon notaire de venir ici Quand j'irai me battre, vous serez ma femme.
(il s'assied à la table et va pour ouvrir le buvard.) SUZANNE, avec un mouvement involontaire.
Qu'allez-vous faire ?
RAYMOND
Écrire à mon notaire de* venir. Vous aurez la bonté de faire porter la lettre.
SUZANNE
C'est inutile.
RAYMOND
Qu'avez-vous donc? n'est-ce pas convenu?...
Oui, mais vous avez bien le temps.
RAYMOND
Au contraire, je l'ai foçt peu.
SUZANNE
Je vais vous donner ce qu'il faut pour écrire.
RAYMOND
Il y a là ton ce dont j'ai besoin.
SUZANNE
Non.
RAYMOND
Vous vous trompez, vous écriviez quand je suis revenuT
SUZANNE
Raymond, je vous prie de ne pas ouvrir ce buvard.
RAYMOND
Je ne l'ouvre pas, puisque vous écrivez des choses que je ne dois pas voir.
SUZANNE
Un soupçon encore?
RAYMOND
Non, ma chère Suzanne., non; du moment que vous avez des secrets, je les respecte.
SUZANNE
Ouvrez, alors, et lisez.
RAYMOND
Vous permettez.
SUZANNE
Oui.
(Raymond va pour ouvrir, Suzanne l'arrête.)
SUZANNE
Ètes-vgus assez défiant!
RAYMOND
Moi ! ce n'est pas à vous de m'accuser de cela, ce n'est pas de la défiance, c'est de la curiosité. Vous m'autorisez à regarder, je regarde.
SUZANNE
Vous me promettez de ne pas vous moquer de moi.
RAYMOND
Je vous le promets.
SUZANNE
Si vous saviez de quoi il s'agit...
RAYMOND
Nous allons le savoir.
SUZANNE
Vous serez bien avancé quand vous saurez que je commande pour notre voyage...
RAYMOND
Quoi?
SUZANNE
Des chiffons, mon Dieu, des jupes brodées, des robes de soie à corsages froncés, avec des volants en travers. Voilà des détails bien intéressants pour un homme!
Raymond.
C'est là tout le secret?
SUZANNE
Oui.