ACTE IV, SCENE XIII
RAYMOND
Ainsi, vous écriviez à votre couturière.
SUZANNE
Tout bonnement.
RAYMOND
Pendant que j'allais chercher des témoins pour me battre , vous commandiez des robes. Voyons, Suzanne, vous me prenez, donc décidément pour un sot?
SUZANNE
Raymond!...
RAYMOND
Je veux savoir à qui vous écriviez.
C'est ainsi que vous le prenez, vous ne le saurez pas !
(Elle ouvre le buvard et prend la lettre.)
RAYMOND
Prenez garde !
SUZANNE
Des menaces!... et de quel droit? grâce à Dieu, je ne suis pas encore votre femme. Je suis ici, chez moi, libre, maîtresse de mes actions comme je vous laisse libre et maître de vousmême. Est-ce que je vous questionne? Est-ce que je fouille dans vos papiers?
RAYMOND
Cette lettre?
SUZANNE
Vous ne l'aurez pas, vous dis-je! Je n'ai jamais cédé à la vio lence, je vous ai dit la vérité : libre à vous de supposer et de croire tout ce que bon vous semblera.
RAYMOND
Je suppose que vous me trompez.
SUZANNE
Soit!
RAYMOND, courant sur elle,
Suzanne!.,.
SUZANNE
Assez, monsieur! je vous rends votre parole, je reprends la mienne, il n'y a plus rien de commun entre nous.
RAYMOND
Vous avez déjà employé ce moyen, madame; cette fois je reste.
SUZANNE
A quel homme ai-je donc affaire?
RAYMOND
Vous avez affaire à un homme qui ne vous a demande, en er change du nom honorable qu'il vous donnait, que lu sincérité d'une minute, et à qui vous avez juré que vous n'aviez rien à vous reprocher ; qui demain va se battre avec un homme de l'honneur duquel il ne peut douter pour soutenir votre honneur, dont il doute; qui depuis quinze jours se débat dans des mensonges et des duplicités, sans appeler autre chose à son aide que la loyauté, la franchise et la confiance, et qui est résolu maintenant à connaître la vérité par quelque moyen que ce soit. Si cette lettre ne la renferme pas tout entière, je juge à votre émotion qu'elle en renferme une partie. Il me faut cette lettre, donnez-la-moi, ou je la prends*.
SUZANNE
Vous ne l'aurez pas.
RAYMOND
Cette lettre!...
SUZANNE
Vous portez la main sur une femme?
RAYMOND
Cette lettre!...
Eh bien ! je ne vous aime pas, je ne vous ai jamais aimé !... le vous trompais ; laissez-moi maintenant.
RAYMOND
Cette lettre!...
Çll saisit la main dans laquelle Suzanne tient la lettre.)
SUZANNE
Raymond, je vous dirai tout... Vous me faites mal... je n,i suis pas coupable. Au nom de ta mère !... (»iiui arrache la lettre. J Misé-