ACTE IV, SCÈNE XIII
Raymond , mettez- vous à la place d'une pauvre femme abandonnée de tout le monde; le marquis avait le droit de me défendre d'être votre femme, c'est à lui que je dois tout.
RAYMOND
Ainsi, votre mariage?
SUZANNE
11 est faux !
RAYMOND
Ces papiers que vous m'avez montrés ?
SUZANNE
Appartenaient à une jeune femme, morte à l'étranger, sans amis, sans parents.
RAYMOND
Et votre fortune?
SUZANNE
Elle me vient de monsieur de Thonnerins.
RAYMOND
Et voilà quelle honte vous me prépariez en échange de ma confiance, de mon amour î Au lieu de tout m' avouer, noblement, dignement, vous m'apportiez un nom volé et une fortune acquise au prix de votre déshonneur. Vous ne compreniez pas qu'une fois votre mari, si j'avais appris quel infâme marché j'avais fait, je n'avais plus qu'à vous tuer et à me faire sauter la cervelle. Non-seulement vous ne m'aimiez pas, Suzanne, mais vous ne m'estimiez pas.
SUZANNE
Oui, je suis une créature misérable; je ne mérfte ni votre amour ni votre souvenir. Partez, Raymond; oubliez-moi.
RAYMOND
Mais ce n'est pas tout sans doute ; allons jusqu'au bout. Qu'avez-vous encore à m'avouer ? . . .
SUZANNE
Rien!
RAYMOND
Olivier, ce n'est ni la misère ni l'abandon qui vous auraient poussée vers lui. Si cet homme a été votre amant, c'est que vous l'avez aimé, et je sens que je ne vous pardonnerais jamais d'avoir appartenu à cet homme.
Ihh LE DEMI-MONDE.
SUZANNE
Olivier n'a jamais été rien pour moi; il vous Ta dit lui-même, et vous le savez bien.
Vous me le jurez?
Je vous le jure.
Et vous m'aimez?
RAYMOND
SUZANNE
Vous aurais-je tout avoué si je ne vous aimais pas?
RAYMOND
Eh bien! Suzanne, je ne vous demande plus qu'une preuve de cet amour.
SUZANNE
Dites.
RAYMOND
Renvoyez à monsieur de Thonnerins tout ce que vous tenez de lui.
SUZANNE* sonnant.
A I instant môme! (Elle prend des papiers,, les enveloppe, les cacheté. —
Au Domestique qui entre. ) Portez tout de suite ces papiers à monsieur de Thonnerins; il n'y a pas de réponse.
LE DOMESTIQUE
Monsieur le marquis monte en ce moment même l'escalier.
SUZANNE
Lui!...
RAYMOND
Priez monsieur le marquis d'attendre ! (ie Domestique sort. — a Suzanne.) Donnez-moi ces papiers... je vais les lui remettre moimême.
Vous me faites peur. .
RAYMOND
<)h ! ne craignez rien ! il est temps encore, Suzanne. Choisissez^ gardez ces papiers, et je pars pour ne plus revenir, ou si vous me renouvelez le serment que vous m'avez fait et que