ACTE V, SCENE I. U
HIPPOLYTE
Le duel n'aura pas lieu.
OLIVIER
Pourquoi ?
HIPPOLYTE
Parce que j'ai vu le marquis, et qu'il y a du nouveau.
OLIVIER
Il ne peut rien y avoir de nouveau qui nous empêche, monsieur de Nanjac et moi, de nous battre, au point où nous en sommes... A moins qu'il ne me fasse des excuses, ce qui n'est pas probable.
HIPPOLYTE
Il ne dépend que de toi que cela arrive.
OLIVIER
Explique-toi, alors...
HIPPOLYTE
J'ai vu le marquis.
OLIVIER
Il refuse de m'assister?...
HIPPOLYTE
Oui.
Je m'en doutais. Il a peur de se compromettre, lui aussi...
HIPPOLYTE
Il a peur de se compromettre, et il a raison. Ces choses-là ne sont ni de son âge ni de sa position. A cause de sa fille, son nom ne peut être mêlé à cette affaire... Mais il a vu M. de Nanjac, qui sait tout...
OLIV'ER
Tout... #
HIPPOLYTE
Tout ce qui concerne le marquis. Il a trouvé une lettre que Suzanne écrivait à M. de Thonnerins.Ily a eu une scène violente entre madame d'Ange et Raymond. Suzanne a été forcée d'avouer ses relations avec le marquis. Raymond a pardonné, à la condition qu'elle rendrait à M. de Thonnerins tout ce qu'elle tenait de lui.
OLIVIER
HIPPOLYTE
Et elle a tout restitué.
A ce qu'il paraît.
OLIVIER
Cela m'étonne bien; mais en quoi cet incident peut-il empêcher le duel?
HIPPOLYTE
C'est M. de Nanjac lui-même qui a fait cette restitution, et M. de Thonnerins, informé de la provocation qui venait d'avoir lieu, a profité de cette occasion pour dire à M. de Nanjac que ce mariage, comme ce duel, était impossible, que madame d'Ange était indigne de lui, et que ta conduite à toi, dans toutes ces circonstances, avait été celle d'un galant homme et d'un bon ami. Tu sais ce que c'est qu'un homme amoureux, dans une fausse position ; plus on attaque la femme qu'il aime , plus il croit de sa dignité de la défendre. M. de Nanjac a pris tout de suite la chose de très-haut avec son interlocuteur, et lui a dit : Du moment que je vous restitue tout ce que madame d'Ange tient de votre générosité, monsieur, c'est vous dire qu'il me plaît d'oublier tout ce qui, dans la vie de madame d'Ange, a rapport à vous. , Quant à M. de Jalin, qui a commencé par me dire qu'il n'était que l'ami de madame d'Ange, et qui, ensuite, m'a donné à entendre le contraire, quant à M. de Jalin, que je croyais mon ami, et qui n'a pas cru devoir à l'amitié de nier ou d'atfirraer tout à fait... qu'il me dise en face : Je vous donne ma parole d'honneur que j'ai été l'amant de cette femme... et c'est ce qu'il doit faire s'il a jamais eu un peu d'affection pour moi... je lui donne ma parole d'honneur, à mon tour, de lui faire mes excuses, de lui tendre la main comme autrefois, et de ne jamais revoir madame d'Ange. Tu vois bien que ce duel est impossible.
OLIVIER
Tuas fini?
HIPPOLYTE
Oui.
OLIVIER
Eh bien! mon pauvre Hippolyte, je te remercie de ta bonne intention; mais nous avons perdu là beaucoup de temps pour rien.