ACTE V, SCÈNE I. lftp
HIPPOLYTE
Tarée que?
OLIVIER
Parce que madame d'Ange est maintenant hors de la question. Je ne sais plus et ne peux plus savoir qu'une chose, c'est qu'il y a eu provocation entre M. de Nanjac et moi, et qu'éviter un duel aussi arrêté que celui-là, en portant contre une femme une accusation même vraie, est un acte indigne d'un homme de cœur. Monsieur de Nanjac est militaire... Je suis ce qu'on appelle un bourgeois .. Que ne dirait-on pas si ce duel n'avait pas lieu ? Laissons les choses suivre leur cours. Monsieur de Nanjac est encore plus à plaindre que moi; mais je comprends sa conduite... Je voudrais lui serrer la main, et je vais peut-être le tuer... Telle est la fausse logique des lois de l'honneur social. Ce n'est pas moi qui les ai faites ; mais je suis forcé de les suhir.
HIPPOLYTE
Tu as raison... mais c'est égal, ce n'est pas gai d'avoir tué un homme, Quand je vois ma femme maintenant, et que je pense que j'ai tué un homme pour elle... Enfin, tu sais ce qu'elle a fait, ma femme?
OLIVIER
Non.
HIPPOLYTE
Je viens d'apprendre cela tout à l'heure. Elle est partie avec monsieur de Latour, qui laisse à la Bourse un déficit de quatre cent mille francs. Elle ne pouvait pas finir d'une autre façon, et ce n'est pas fini. Elle est de ces créatures que rien n'arrête : du moment qu'elles ont commencé à descendre, il faut qu'elles aillent jusqu'au fond, sans avoir, comme les femmes qu'elles trouvent au dernier échelon de la société, l'excuse des mauvais exemples, de la misère et de l'ignorance.
OLIVIER
Dis donc, il est deux heures et demie.
HIPPOLYTE
C'est vrai; je te demande pardon... Monsieur de Thonnerins ayant refusé de servir de témoin, j'ai été chercher monsieur de Maucroix, et nous avons été trouver les témoins de monsieur de Nanjac. C'est pour trois heures... Nous avons trois quarts d'heme devant nous.
OLIVIER
Le lieu du combat?
HIPPOLYTE
Les terrains qui sont derrière ta maison; ils sont vastes et toujours déserts. Personne ne viendra nous chercher là.'., et puis c'est à deux pas de chez toi... en cas d'accident, nous aurons une maison sûre où transporter le blessé.
OLIVIER
Maintenant, quelles sont les armes?
HIPPOLYTE
Les témoins nous en avaient laissé le choix...
OLIVIER
Vous avez refusé?
HIPPOLYTE
Oui, puisque tu nous avais dit de n'accepter aucune concession; on a tiré au sort, et le sort nous a. donné l'avantage que ces messieurs nous offraient.
OLIVIER
Et vous avez choisi?
HIPPOLYTE
L'épée. A l'épée on défend sa vie. Au pistolet on peut être tué par l'homme le plus maladroit de la terre, par un poltron, par un enfant. Quant au sabre, nous n'y avons même pas pensé ; on ne se fait pas tuer comme un homme, au sabre, on se fait découper comme un poulet... Voilà toutes tes petitesaffaires arrangées; si tu as besoin de moi pour autre chose, je suis à tes ordres.
OLIVIER
S'il m'arrive malheur, tu trouveras une lettre dans ce tiroir, et tu la remettras à mademoiselle de Sancenaux tout de suite, car elle doit partir ce soir, et cette lettre l'empêchera certainement de partir.
HIPPOLYTE
Voilà tout?
OLIVIER
Oui.