CHAPITRE PREMIER 1/ ÉLEVAGE
Du terrain nécessaire pour élever des chevaux. — Nous ne prétendons pas donner ici des détails particuliers sur toutes les parties de la France où l'on pourrait élever des chevaux avec avantage. Nous ne dirons rien ni des haras de pur sang, que nous avons étudiés dans un récent ouvrage, ni des haras de demi-sang dont fort peu méritent le nom de stud. Nous ne dirons pas non plus que le lieu destiné au haras doit être montueux, parsemé de vallons, avoir des sources ou une rivière; l'éleveur qui se propose de produire des chevaux, ne peut changer ni la nature, ni la topographie de son terrain. Nous nous bornerons à quelques observations générales que tous les propriétaires pourront facilement appliquer à leurs localités respectives.
On peut élever des chevaux partout et sur tous les terrains, excepté sur ceux qui sont trop humides et inondés. On en fait dans les plaines normandes et sur les Alpes et les Pyrénées; on en élève dans de gras pâturages, dans les bois et dans des plaines arides ; enfin, on fait des élèves dans l'intérieur des habitations rurales, et qui ne pâturent jamais; on en fait dans des écuries des villes et à la nourriture sèche. Partout, avec de l'attention et des soins, on peut en faire de beaux et de bons; sans doute ceux qu'on élève ;'i l'écurie occasionnent plus de dépenses et demandent plus de soins, que ceux qu'on élève aux champs ; les hippologues anciens prétendent même qu'ils sont les meilleurs, et que la dépense qui n'est que relative, est toujours couverte, et au delà, par la bonté et par la plus grande valeur des animaux. Nous ne le croyons pas.
Nos voisins nous montrent cependant l'exemple sur ce point, et un
très grand nombre dos chevaux de prix, en Angleterre, sont élevés à l'écurie. Nous en avons vu, en France, de très bons, élevés ainsi.
On a assez généralement observé que, dans cette manière d'élever, les chevaux étaient moins sujets à la gourme ; qu'elle était moins à craindre dans ses suites, quand ils en étaient attaqués, et qu'on évitait non seulement les affections catarrhales épizootiques, mais encore quelques maladies, plus ou moins contagieuses, qui font quelquefois d'assez grands ravages, dans les pâtures.
On a dit encore que les chevaux élevés à l'écurie ou au sec, avaient naturellement la corne cassante et les pieds dérobés. Mais cet inconvénient, qui n'est pas général parmi ces chevaux, leur est commun avec ceux qui sont élevés dans des pays secs et arides.
Nous avons vu, au surplus, des poulains, élevés dans des villes, avoir de très bons pieds. D'un autre côté, nous pouvons ajouter que de nombreux poulains nés dans des pâturages gras et marécageux gagnaient par la migration dans des pâturages plus secs. Leurs pieds se ressentent plus particulièrement de cette amélioration, en ne prenant pas, ou en prenant moins le développement excessif qu'ils auraient pris dans les premiers pâturages.
De quelque manière qu'on élève les chevaux, il faut toujours des pâturages suffisants, soit pour être mangés en vert, soit pour fournir le foin destiné à être consommé à l'écurie. Un hectare (deux arpents) d'herbage pourra suffire annuellement à la nourriture d'un cheval ou d'une jument et de son poulain. Cette quantité, ou cette étendue de terrain, pourra paraître considérable, quand on sait surtout que 37 ares (environ 3/4 d'arpent) donnent 4 à 500 bottes de foin, du poids de 5 kilogrammes (10 livres) chacune, qui peuvent suffire pendant toute l'année à la nourriture d'un cheval; mais aussi, on ne sait peut-être pas assez que le cheval détériore les pâturages par sa dent et par ses pieds; qu'il faut par conséquent avoir une plus grande étendue de terrain pour le conserver en bon état, et qu'il est même important, pour l'entretenir, comme nous le dirons plus loin, d'y mettre, en même temps que les chevaux, quelques bœufs ou vaches. C'est cette détérioration que les chevaux occasionnent aux pâturages, qui engage les propriétaires, dans les pays où le terrain est précieux, et où il n'est pas possible d'y mettre des bêtes à cornes avec des chevaux, à élever ces derniers à l'écurie.
Depuis longtemps, en France, les éleveurs ou les herbagers qui