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DIAGNOSTIC DE LA GESTATION

carrière de praticien, de l'embarras d'un propriétaire en face du dilemme suivant :

« Ma vache, disait-il, est en état d'embonpoint presque suffisant pour être livrée à la boucherie ; mais elle doit être pleine de sept à huit mois, et aucun signe ne vient m'en donner la certitude.

« Si elle est pleine, je dois diminuer sa ration, pour éviter les accidents du vêlage.

« Dans le cas contraire, je dois hâter l'engraissement. »

Là où le praticien hésite, le hasard commence, et au terme de la gestation, ou bien la vache en question ne vêle pas, perte de temps et d'argent ; ou bien elle vêle avec tous les dangers de son état.

Si, prenant une hâtive détermination, notre éleveur vend sa vache à l'époque où se posait le dilemme précédent, il risque la mauvaise chance de livrer à la boucherie une vache en état de gestation avancée : perte énorme pour son élevage et sa bourse.

Il importe donc de pouvoir, le plus hâtivement possible, porter le diagnostic de la gestation, mais à travers les nombreuses méthodes employées, empiriques ou scientifiques, anciennes ou modernes, mécaniques ou chimiques, je ne retiendrai ici que celle de l'exploration rectale, purement manuelle, et que je considère comme la plus rationnelle, parce qu'elle permet de toucher directement le fœtus à travers ses diverses enveloppes.

« Cette méthode, que j'ai pratiquée, dit M. Bernaud, sur plus de quatre mille sujets, m'a permis de faire différentes constatations sur la gestation, en même temps qu'elle m'a donné souvent de précieuses indications pour l'époque de la parturition.

« La méthode de l'exploration rectale consiste à introduire le bras dans le rectum et à s'en servir comme d'un gant pour explorer la cavité pelvienne et palper l'utérus. C'est cette palpation de l'utérus qui permettra, avec un peu d'habitude, de découvrir les différentes modifications survenues dans la forme et les dimensions de cet organe, et, lorsque la gestation est assez avancée, de sentir le foetus, à travers ses enveloppes, baignant dans le liquide amniotique; de reconnaître sa position, son volume et son état de vitalité.

« Pour cette manœuvre, chez la jument, il faut appliquer un tordnez et faire lever le membre antérieur du côté où l'opérateur se placera; tandis que chez la vache, il suffira de la tenir par les naseaux et la corne, la tète tournée vers l'encolure.

« L'opérateur doit se couper les ongles et se graisser le bras qu'il introduit dans le rectum, vide, par un mouvement de pression et de térébration.

« En abaissant la main, il sentira immédiatement l'utérus, qui, si l'animal n'est pas en état de gestation, tiendra facilement en entier dans la main (les cornes se dirigeant en haut vers les ovaires chez la jument, et en bas chez la vache\etcela sans qu'il soit nécessaire d'introduire dans le rectum, plus loin que l'avant-bras.

« Si l'animal est en état de gestation, la situation change suivant que l'on a affaire à une primipare ou à une pluripare.

« Chez la primipare, le fœtus se trouvera encore immédiatement sous la main, peu avancé dans l'abdomen, tandis que chez la pluripare, il faudra quelquefois introduire le bras en entier et explorer très loin et en bas, pour en déceler la présence. Cela tient aux ligaments larges, suspenseurs de l'utérus, qui après plusieurs gestations restent dans un état de relâchement constant.

« Chez la primipare, et à cause de la facilité de la palpation, il sera facile de reconnaître l'état de gestation au bout du troisième mois, tandis que chez la pluripare, il faudra attendre le quatrième mois.

« A ce moment, l'on ne perçoit pas encore l'existence du fœtus; l'on sent simplement un allongement de l'utérus, avec un volume presque double, et à l'intérieur de l'utérus, l'on a une sensation de fluctuation.

« A partir du cinquième mois, le fœtus est perceptible ; on le sent remuer sous la pression de la main, et principalement lorsque l'on opère un pincement sur l'extrémité d'un membre.

« Il est alors facile, par des explorations espacées, de suivre l'évolution de ce fœtus aux différentes époques de la gestation, de constater la progression de ses dimensions, et d'arriver ainsi, comme je le fais aujourd'hui sans difficultés, à diagnostiquer non seulement l'état de gestation, mais encore l'époque approximative de cette gestation.

« C'est encore par l'application de cette méthode qu'il m'a été donné de reconnaître plusieurs anomalies et accidents de la gestation tels que :

« Les gestations gémellaires ;

« L'excès du volume du fœtus ;

« L'hydropisie de l'amnios ;

« La momification du fœtus dans la corne utérine;

« La torsion de l'utérus. »

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