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L ESPECE

transmission héréditaire de l'espèce; il faut surtout que cette transmission héréditaire ne serve pas à la définition.

L'établissement de la valeur relative du terme a déterminé de nombreuses discussions et l'accord n'est pas encore parfait ; nous ne reproduirons pas les différentes opinions émises à ce sujet; aussi bien, ces définitions sont purement conventionnelles et sans intérêt pratique. Nous dirons simplement que tout être vivant provenant dune simple cellule, on peut affirmer que dans les conditions données cette cellule centrale détermine complètement l'être qui en sortira. On doit donc pouvoir définir complètement l'espèce à laquelle appartient l'animal adulte par l'espèce à laquelle appartient son u'uf ; or l'œuf est une simple cellule que nous pouvons étudier chimiquement.

Indépendamment de toute autre considération, nous concevons donc, d'ores et déjà, que l'espèce des êtres supérieurs soit susceptible d'une définition qualitative, celle des œufs qui leur donnent naissance ; et même, parlant le langage chimique le plus rigoureux, nous constatons que le développement de l'œuf, c'est-à-dire la série des phénomènes par lesquels l'œuf donne naissance à l'adulte, est la réaction la plus précise et la plus caractéristique parmi les réactions chimiques qui nous servent à étudier l'œuf; nous pourrons donc renverser notre proposition et conclure de la similitude des adultes à la similitude des œufs d'où ils proviennent; tout cela forme un ensemble d'une harmonie parfaite que nous nous contentons d'indiquer.

L'œuf, simple cellule, se multiplie par bipartitions successives en donnant un nombre croissant d'éléments cellulaires qui restent agglomérés et dont l'ensemble constitue l'individu issu de l'œuf. Seulement, au lieu de rester tous semblables, ces éléments cellulaires sont l'objet de variations quantitatives. De sorte que tous les éléments d'un adulte sont de même espèce que l'œuf d'où ils proviennent, mais de variétés différentes (variété muscle, variété nerf, etc. . Donc, l'adulte lui-même, composé d'une agglomération de cellules de même espèce que l'œuf, est de même espèce que l'œuf, c'est-à-dire qu'il est formé uniquement de substances de l'œuf avec des coefficients variables. Il est bien entendu qu'il n'est ici question et ne peut être question que des substances vivantes qui entrent dans la constitution de l'individu. C'est la question fondamentale de la biologie, que la détermination de ce qui, dans un être donné, est substance vivante et la distinction de cette substance

vivante d'avec les substances alimentaires squelettiques et excrémentielles.

Ces rapides considérations nous montrent que l'étude de l'espèce, définie qualitativement, est délicate et difficile, mais aussi qu'elle est possible ; l'étude des phénomènes sexuels et des croisements facilite singulièrement cette étude chimique, mais je ne puis dire comment, sans faire appel à des considérations nouvelles et fort complexes, qui ne sont pas de mise dans un ouvrage comme celui-ci.

La race. — De même que la définition d'espèce, peu de notions sont devenues plus confuses que celle de la race, depuis que les savants en ont voulu donner une définition. Auparavant cette notion était d'une clarté merveilleuse. Dans l'esprit de tout le monde, la race et la famille étaient deux choses de même ordre, ne différant que par l'étendue. La première était tout simplement une extension de la seconde. Le noble, pouvant se glorifier d'une longue suite d'aïeux, parlait de sa race, comme les historiens parlent de la race des rois Carlovingiens et de celle des Capétiens. Voltaire, un écrivain qu'on n'accusera point de n'employer pas toujours le mot propre dit quelque part ceci : « Le fait est que la race d'ismaël a été infiniment plus favorisée de Dieu que celle de Jacob. L'une et l'autre race a produit, à la vérité, des voleurs, mais les voleurs arabes ont été prodigieusement supérieurs aux voleurs juifs. Les descendants de Jacob ne conquirent qu'un très petit pays qu'ils ont perdu; et les descendants d'ismaël ont conquis une partie de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique, ont établi un empire plus vaste que celui des Romains et ont chassé les Juifs de leurs cavernes, qu'ils appelaient la terre de promission. » Buffon qui passe généralement pour avoir su, lui aussi, le français, a dit dans son Histoire naturelle des oiseaux : « L'espèce de l'aigle commun est moins pure, et la race en paraît moins noble que celle du grand aigle. »

On voit qu'il ne s'agit, en tout cela, que de la notion de descendance. Le terme de race n'évoquait alors que l'idée d'une suite <le générations de môme origine. Le sens nouveau que ce terme a pris en zoologie ne paraît pas remonter plus loin que le commencement de notre siècle. Il serait embarrassant de décider si la faute en est aux éleveurs d'animaux qui s'en servent, ou si c'est eux qui ont obéi à une impulsion partie des régions scientifiques. A coup sûr, la définition acceptée par l'usage et que nous aurons à examiner

ne vient point d'eux. Ils devaient être évidemment bien disposés à la recevoir, ou, tout au moins, à se conduire comme si elle eût été exacte, et c'est pour cela qu'elle a fait fortune; mais il est sans doute plus juste d'en faire remonter la responsabilité jusqu'aux naturalistes et particulièrement jusqu'à ceux qui se sont occupés spécialement d'anthropologie. Les autres, par leurs classifications se contentaient de la catégorie d'espèce, avec Linné, n'y faisant même pas entrer les variétés dites naturelles.

Le besoin de rattacher toutes les populations humaines du globe à une seule espèce et de les en faire dériver quel que pût être l'écart, exigeait davantage. De là, vint la nouvelle notion de la race qui ne pouvait manquer de s'imposer dans les sphères officielles, en ce qui concerne les chevaux. Le mal qu'elle y a fait durant longtemps en présence d'une zootechnie à peu près exclusivement empirique ne se voit peut-être point du premier coup. On ne saisit pas, à première vue, la relation nécessaire entre la façon de comprendre la notion de race et la conduite à suivre dans les opérations de production animale. Il semble, avant toute réflexion, que ce soient là choses de mince importance, de simples questions de mots, comme on le dit si volontiers. Que ceux dont l'intérêt public est le moindre souci, bien qu'ils en soient cependant chargés, pensent ainsi, cela se comprend. Il leur est de la sorte plus commode de donner satisfaction aux intérêts privés qui les sollicitent. Mais on ignore trop que les fortes notions, fondées sur la réalité, sont toujours, en toute chose, les guides les plus sûrs. Dans les choses pratiques, la meilleure voie à suivre ne peut être indiquée que par la connaissance exacte et précise des objets sur lesquels il y a lieu d'opérer. Que, dans le domaine de la spéculation pure, où il ne s'agit, en somme, que des satisfactions recherchées par certains genres d'esprits, on hésite entre des solutions également plausibles mais également indémontrables aussi, cela ne présente, en vérité, aucun inconvénient. Les définitions de rechange y sont de mise. Ce n'est pas là de la science proprement dite, en tous cas, point de la science expérimentale. Celle-ci ne se fonde que sur les faits. Or, la race est un des faits fondamentaux de la zootechnie et c'est pourquoi il importe grandement, pour l'établissement solide de ses méthodes que ce fait soit mis en complète évidence. Mal compris. ou méconnu, il entraine les plus déplorables méprises ayant pour conséquence infaillible la perte du temps et des capitaux. Ces derniers se reconstituent par de nouveaux efforts mieux combinés. Le

temps, lui, une fois perdu, ne se répare plus. C'est l'étoffe dont la vie est faite.

Etudions la race, c'est-à-dire, en prenant ce terme dans sa plus large acception, les rapports des individus avec la nature et entre eux, dans les groupes établis parleur filiation généalogique.

Cette définition de la race implique la descendance et l'on se demandera de quel droit nous l'employons sans avoir prouvé que nous en avions le droit. Nous écarterons, ici, la théorie de la descendance pour considérer la descendance et le problème au point de vue purement zootechnique. Les races sont des formes anormales à caractères mélangés et souvent régressifs, produites par le croisement de formes naturelles et entretenues artificiellement par l'homme. L'influence du croisement est ici tout à fait capitale; les races contiennent toujours le sang de deux ou plusieurs variétés naturelles et ce croisement est la cause des particularités que l'homme entretient et majore par une sélection attentive et des mariages judicieux.

Nous emprunterons à Sanson la définition de la race au point de vue zootechnique tout en nous gardant d'adopter pleinement son hypothèse nullement conforme, sur certains points, à nos opinions biologiques.

Si la notion d'espèce a donné et donne encore lieu à tant d'incertitude, attestée par les si nombreuses définitions qui en ont été proposées, on ne peut guère l'attribuer cependant à une véritable difficulté du sujet. A voir tant de naturalistes éminents échouer, selon la remarque d'Isidore Geoffroy-Saint-Ililaire dans l'éclaircissement de ce sujet, on serait volontiers tenté de qualifier d'outrecuidant celui qui le considérerait comme très clair par lui-même. En vérité, il en est pourtant ainsi. En l'envisageant d'un certain point de vue qui est le bon évidemment, on s'aperçoit qu'il a été obscurci comme à plaisir par des complications tout à fait superflues. La préoccupation des auteurs, depuis Buffon jusqu'à Cuvier, a été de trouver une formule qui fût particulièrement applicable à la notion de l'espèce organique et plus spécialement môme à celle de l'espèce zoologique. Ils ont, avant tout, tenu à y faire intervenir la faculté qu'ont les êtres vivants de se reproduire par génération. Quelques-uns même, entre autres Frédéric Cuvier et Flourens, ce dernier croyant ainsi interpréter la pensée de Buffon, n'y ont envisagé que cette faculté, le reste étant laissé de côté. La propriété de donner, par l'accouplement, des suites indéfiniment fécondes, devait suffire pour caracté-

riser l'espèce. Il n'eût pas été nécessaire que ces suites se ressemblassent entre elles, comme le voulait, d'ailleurs, Billion, comme le voulait aussi Cuvier et tous ceux auxquels sa grande autorité s'est imposée, autant dire presque tous les naturalistes du siècle dernier.

11 faut, pourtant, bien s'apercevoir que la notion d'espèce n'est point particulière aux corps organisés. Elle est universelle. Elle s'applique aux corps bruts comme à ceux-là. Elle est un des premiers besoins de l'esprit humain, sinon le premier de tous. Dès que l'homme se trouve en présence des objets, il éprouve l'insurmontable nécessité de les distinguer, de les rattacher à leur espèce, même pour nier la notion l'on est obligé de s'en servir. Ceux qui croient pouvoir s'en passer sont dupes de leur propre illusion. Dés qu'il commence à fonctionner, l'œil saisit d'abord confusément, puis de plus en plus distinctement, les similitudes et les différences que présentent les corps. 11 arrive ensuite à les reconnaître d'après les propriétés qui ont été ainsi abstraites peu à peu, en commençant par les plus frappantes et les plus facilement saisissables. Les différences d'abord, puis les similitudes. Les corps se groupent par celles-ci précisément en rapprochant tous les similaires. De là, naît la notion d'espèce exprimée en toute langue par un mot appliqué aux objets d'un ordre quelconque, le même pour les corps bruts et pour les corps organisés, pour les minéraux comme pour les végétaux et les animaux. Aucun objet évidemment qui ne soit d'une espèce particulière, c'est-à-dire qui ne présente des caractères à l'aide desquels il puisse être distingué parmi ceux du même genre. La table sur laquelle ceci s'écrit, par exemple, est de l'espèce des tables carrées, qui n'est poiut celle des tables rondes. La plume qui trace sur le papier les caractères de l'écriture est de l'espèce des plumes de fer, qui n'est point celle des plumes d'oie.

Mais tout le monde est d'accord sur cela. La notion vulgaire est une évidence, comme, du reste, toutes les notions vulgaires. C'est en s'appliquant aux corps organisés qu'elle devient moins claire, sinon obscure, sans doute pour cause de moins facile analyse des caractères différentiels. Elle ne change toutefois point, pour cela, de sens. Avec la croyance qui s'imposait de son temps et dont la science s'est depuis affranchie, la laissant en dehors de son domaine, Linné l'a formulée, cette notion, d'une façon dont la netteté ne saurait être surpassée. « Nous comptons autant d'espèces qu'il a été créé de formes diverses à l'origine. » Ce qui revient à dire que la notion d'espèce est identique à celle de formes originelles, d'où que celles-

ci puissent d'ailleurs venir et de quelque façon qu'elles se soient réalisées, même à quelque temps qu'elles remontent. En un mot, la notion d'espèce et la notion de formes distinctes sont, pour Linné, une seule et même chose. On a joint, depuis, pour ce qui concerne les êtres vivants, à cette notion précise celle de la transmission à la descendance qui n'est qu'une complication superflue, ou, pour mieux dire, une cause de confusion.

En effet, l'idée répandue maintenant, au sujet de l'espèce zoologique est que cette espèce est une collection ou une suite d'individus issus les uns des autres et se ressemblant entre eux. Ce qui domine dans une telle définition, c'est la notion de collectivité, n'ayant pourtant rien de nécessairement commun avec celle dont il s'agit. Un objet peut fort bien être seul de son espèce, ou autrement dit n'avoir de caractères communs avec aucun autre. Ce n'est pas le cas parmi les êtres vivants parce qu'ils ont la propriété de se reproduire en transmettant leurs caractères à leur descendance, mais leur qualité spécifique ne change point pour cela. Elle reste, ce qu'elle est dans tous les autres corps, exclusivement une qualité de forme.

En définitive, la notion d'espèce pour tous ceux qui en ont voulu donner une définition objective, n'a jamais été que la notion de type ou de modèle, d'un ensemble de lignes occupant une certaine partie de l'espace. L'accessoire de la reproduction indéfinie devenue pour Flourens le principal sous le nom de fécondité continue n'y pouvait rien ajouter. Considérée en soi, cette faculté de reproduction ne supporte pas un seul instant l'examen comme critérium spécifique. Les espèces notoirement distinctes qui, en s'accouplant, donnent des suites indéfiniment fécondes, ne se comptent plus. C'est donc la notion de type qui subsiste seule, et c'est la vraie pour tout le monde consciemment ou inconsciemment. L'espèce est aux êtres vivants ce que le type d'imprimerie est aux œuvres typographiques, ce que le coin est à la médaille ou à la monnaie. On ne peut pas s'en faire une plus juste idée que par ces comparaisons, qui se suivent même jusqu'à la reproduction par le tirage ou par la frappe en un nombre indéfini d'exemplaires. C'est ce qu'on appelle une parfaite illustration de l'idée.

Mais pour serrer de plus près notre notion, pour la définir en un mot, où est, chez les animaux, la caractéristique du type spécifique ou type naturel? Car encore une fois, type naturel ou espèce, c'est une seule et même chose pour tout le monde, qu'on s'en rende

compte clairement ou non. Nous ne perdrons pas ici notre temps à nous égarerai! milieu des nébulosités de la prétendue philosophie : à prendre parti entre les doctrines du créationnisme et du tranformisrne ou de L'évolutionnisme. Sur l'origine première des choses, j'avoue pour mon compte, sans le moindre détour, ma complète ignorance. Je m'en tiens à la constatation des faits accessibles à l'observation, comme pouvant seuls fournir à la science des assises

Hadda, jument barbe.

solides. En tout cas, si les types dont nous constatons l'existence ne sont, en réalité, que transitoires, par rapport à l'éternité, le temps qu'ils paraissent avoir duré depuis le moment où leurs premiers restes ont été déposés dans les couches terrestres est plus que suffisant pour nous autoriser à les qualifier de naturels. A plus forte raison si nous nous plaçons au point de vue de nos études spéciales, au sujet desquelles il y aurait presque du ridicule à faire intervenir les hypothèses cosmogoniques. N'oublions pas qu'il s'agit ici simplement d'arriver à l'exacte définition de la race, sur laquelle nos 'méthodes zootechniques doivent s'exercer, non pas d'exécuter

des variations plus ou moins brillantes sur le thème offert aux virtuoses de la pensée. Ceux-là seuls peuvent s'y laisser aller qui ont plus de souci de mettre en évidence leur souplesse desprit que de servir les véritables intérêts de la science.

Où donc, disons-nous, est le type naturel en zoologie? où sont les formes spécifiques ? plutôt où est la caractéristique de l'espèce chez les animaux vertébrés dont nous avons seulement à nous occuper ici ? Il n'est pas, à ma connaissance, que les naturalistes qui ont tant discouru ou disserté sur la notion de l'espèce se soient posé d'une manière suffisamment précise cette question qui est cependant la principale. Indépendamment du principe, à lire les descriptions de la faune, on s'aperçoit sans peine qu'une caractéristique déterminée a toujours fait défaut. Les distinctions spécifiques y ont toujours un caractère flagrant d'arbitraire. Elles sont établies tantôt sur un système organique, tantôt sur un autre. On n'y reconnaît aucun type véritablement naturel. Les formes spécifiques y sont souvent méconnues, alors que de simples caractères de variété sont érigés au rang de caractères d'espèce. Les uns distinguent, dans un même genre, des espèces avec une véritable prodigalité, tandis que les autres les confondent comme à plaisir pour en restreindre le nombre. Les exemples s'offriraient en foule pour le montrer.

L'expérience, qui est le seul juge dans les sciences positives, a fait voir que les types naturels dépendent exclusivement du squelette, dont les formes ne varient point normalement d'une manière durable. Il y a longtemps, d'ailleurs, que les paléontologistes s'en sont aperçus, n'ayant point d'autres bases pour leurs diagnoses. Et dans le squelette, ces formes spécifiques, déterminantes de type, appartiennent surtout au rachis et à la tête, qui en sont les parties évidemment fondamentales et les parties essentielles. Dans rembranchement des vertébrés, toutes les autres ou quelques-unes d'entre elles manquent à des classes entières : celles-là ne font jamais défaut, sauf chez Y Amphyoxits , ce vertébré ambigu, ce vertébré sans vertèbres.

Entre les types naturels ou spécifiques, le nombre des pièces rachidiennes et leur forme diffèrent parfois, mais non pas toujours. Dans chaque genre, il y a des groupes d'espèces se rattachant à un type rachidien, d'autres à un type différent. Chez les chevaux, par exemple on constate un type à trente-six vertèbres vraies, un autre à trente-cinq seulement. À ce dernier appartiennent tous les asiniens sans exception ; à l'autre la plupart des caballins. D'irrégularités

qui se présentent parfois et dont quelques-unes sont facilement attribuables à des conflits d'hérédité, si la condition déterminante des autres nous échappe, on s'est cru autorisé à douter de la valeur caractéristique attribuée à cette partie de squelette. Il faudrait, pour cela, n'avoir guère le sens zoologique, je ne veux pas dire philosophique, à cause de l'abus qui a été fait du terme. Il suffit, en tout cas, de posséder la notion de ce qui est l'état normal, pour reconnaître à ces irrégularités leur signification purement accidentelle, n'altérant en rien la constitution du type naturel. Dira-t-on que la classe des mammifères est établie arbitrairement, parce qu'on y aura rencontré un sujet accidentellement dépourvu de mamelles? Les irrégularités en question appartiennent à la tératologie, non à la zoologie. Elles ne peuvent enlever au type rachidien aucune parcelle de sa valeur.

Cotte valeur, cependant, pour le motif qui vient d'être dit de la communauté entre plusieurs espèces, n'est pas à mettre en parallèle avec celle du type céphalique en comprenant par là tout l'ensemble de la tète osseuse. Celle-ci fournit, dans tous les cas, les formes véritablement spécifiques, celles qui caractérisent sûrement le type naturel. La caractéristique de celui-ci ressortit donc finalement à la craniologie. Tel crâne, telle espèce de vertébré, peut-on dire. Dans chaque espèce, les formes du crâne encéphalique et celles du crâne facial sont toujours absolument semblables. Les os y ont les mêmes directions de surface, les mêmes contours et les mêmes dimensions proportionnelles. Le crâne cérébral est court ou allongé, ce qui fait que, dans tous les genres, les espèces se groupent en deux types céphaliques. Il y en a aussi de brachycéphales et de dolichocéphales ainsi que Retzius l'a reconnu le premier, pour les crânes humains. Avec chacun de ces types céphaliques, les formes faciales, dépendantes des frontaux, des os du nez, des lacrymaux, des zygomatiques, des grands et des petits sus-maxillaires, sont toujours également typiques ou différentielles, imprimant à chaque espèce sa physionomie propre. Quelques-unes le sont tellement, qu'isolées elles suflisent pour faire reconnaître l'espèce à laquelle elles ont appartenu.

Cette caractéristique craniologique, d'abord contestée chez nous par esprit évident d'opposition, est aujourd'hui admise partout en Europe, mais surtout sous la forme craniométrique qui n'est cependant point la meilleure. Cela est dû principalement à l'autorité de Rùtimeyer, qui l'a saisie à peu près en même temps que nous en

14 THÉORIES GÉPŒRALES

étudiant la faune des habitations lacustres de la Suisse. Dans une certaine mesure, les hippologues l'avaient aperçue bien longtemps auparavant, lorsqu'ils signalaient les diverses formes de tête, dont la signification leur avait toutefois échappé. Tous les connaisseurs en bétail en avaient la notion synthétique et ils s'en servaient pour distinguer les races, non point quand ils avaient à les décrire assurément, mais d'une façon en quelque sorte inconsciente. Ils reconnaissaient les types empiriquement.

En vain essaierait-on, du reste, de nier sa réalité. La pratique de l'enseignement zootechnique permet d'en véritier chaque jour le fondement. Elle est, en effet, véritablement expérimentale car en présence d'un type naturel quelconque, dont l'analyse fait établir la diagnose, la recherche de l'origine ne manque jamais de la confirmer. Ce n'est pas arbitrairement que les caractères craniologiques ont été proclamés typiques ou spéciliques. Ils ont été reconnus tels parce qu'ils se transmettent infailliblement par l'hérédité, dans la suite des générations. Qu'une influence intrinsèque les trouble ou les altère, la réversion ne manque point de les faire réapparaître. Il est sans exemple, quoi qu'on ait pu dire pour les besoins d'une thèse préconçue, qu'aucun type naturel ait été authentiquement altéré d'une façon durable. Les faits cités, comme celui du chien bouledogue entre autres, ne sont que de pures affirmations. Nul n'a jamais pu remonter avec certitude jusqu'à sa première apparition. De même pour celui des bœufs sans cornes, dont l'existence est établie, dès la plus haute antiquité. Les explications qu'on en donne ne sont que des eflbrls d'imagination capables seulement de satisfaire les esprits peu difficiles sur les preuves.

Les seules modifications que le type craniologique puisse subir, comme, du reste, toutes les autres parties du squelette ne sont que des amplifications ou des réductions totales. Dans ces amplifications ou ces réductions, les proportions respectives des parties étant conservées, le type demeure intact, comme il en est de la statuette qui devient statue, ou inversement de la médaille ou de la monnaie qui change de module sans que son effigie soit elle-même changée.

Ce qu'il faut donc retenir de tout ce qui précède c'est que l'espèce est purement et simplement le type morphologique naturel que présentent chez les animaux vertébrés tous les individus de même origine. Aussi loin que nos observations puissent remonter (et cela Va jusque par delà les temps quaternaires pour la faune qui nous

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intéresse directement), nous constatons que ce type se transmet sans changement de génération en génération, qu'il jouit, par conséquent, d'une fixité contre laquelle il n'y a aucun argument scientifique à opposer. Mais il importe surtout, l'espèce étant ainsi définie comme type morphologique, d'affranchir sa définition de toute idée de collectivité. La notion d'espèce en est absolument indépendante. Chaque espèce animale est, en fait, représentée, au moment actuel et dans la suite du temps, par une collection plus ou moins nombreuse d'individus, dont chacun reproduit son type ou en est un exemplaire, mais encore un coup elle le serait tout aussi bien et tout autant par un seul. Cette collection se rapporte à la notion de la race, que nous pouvons maintenant aborder avec tous les moyens de la rendre aussi claire qu'il est permis de le désirer.

Après ce qui vient d'être dit, il est à peine besoin d'ajouter que l'ensemble des individus de même type naturel ou de même espèce, forme la race de cette espèce. Chaque espèce a ainsi naturellement sa race plus ou moins nombreuse, considérée au moment actuel ou dans le passé, en voie de prospérité ou de décadence selon que les circonstances lui ont été plus ou moins favorables de même que chaque race est d'une espèce particulière. Il y a des espèces de races, comme il y a des espèces de cannes ou de chapeaux. Dans chaque genre d'animaux, nous comptons tout autant de races que d'espèces, ni plus ni moins.

Par cela seul que les vertébrés mammifères jouissentde la faculté de se reproduire et d'augmenter de nombre avec le temps, suivant une progression géométrique, c'est-à-dire de se multiplier; par cela seul aussi qu'en se reproduisant ils transmettent infailliblement leur type spécifique, comme nous l'avons vu, il nous est possible par le raisonnement de remonter avec certitude jusqu'à la première manifestation de ce type de race et de savoir sous quel état il n'a pu manquer de se manifester. De son origine propre nous ignorons tout, et dans l'état actuel de la science, on doit considérer comme sage de s'abstenir de la rechercher. Sur un tel sujet aucune hypothèse n'est vériliable et, par conséquent, légitime. Des doctrines en présence, aucune ne dépasse les limites de la vraisemblance. Ce n'est pas assez pour l'esprit scientifique auquel la probabilité ne suffit même point. Laissons donc ce problème insondable à ceux qui se croient plus avancés parce qu'ils se leurrent de solutions hypothétiques. Chacun a, du reste, pour ce qui le concerne personnellement, sur ce sujet, pleine liberté.

La raison do la progression d'après laquelle les types naturels de mammifères se sont multipliés a été nécessairement variable puisque, d'une part, les générations s'y succèdent à des intervalles inégaux et que, de l'autre, le nombre d'individus produits à chaque génération est très différent. Les uns n'en font qu'un par gestation, les autres en font dix et au delà. Peu importe étant donné le nombre des représentants delà race au moment présent, il est évident parce que cela est nécessaire que ce nombre ne peut être autre chose que le résultat d'une progression géométrique ascendante. Celle-ci implique, par son caractère même, conséquence d'une propriété naturelle, une série descendante de même ordre, qui lui correspond nécessairement. Le plus grand nombre actuel, si l'on fait fonctionner en sens inverse les éléments qui l'ont formé conduit forcément jusqu'au plus petit. Ce plus petit nombre ici ne peut pas être moindre que deux, pour la raison que deux individus de sexe différent sont nécessaires pour la reproduction. Il est donc clair, d'après cela, que la race considérée a commencé par le couple et qu'elle n'a pu commencer autrement. En raison, d'ailleurs, des lois de l'hérédité, déjà visées, l'identité de type à tous les moments en est, elle aussi, une preuve irrécusable.

Il est donc facile de définir très simplement la race en disant que c'est la descendance d'un couple primitif. Sachant que ce couple primitif est d'un type naturel quelconque, on ne peut être surpris que celui-ci se perpétue dans sa descendance. 11 en est ainsi pour l'excellente raison qu'il n'en peut être autrement. Le couple adonné une première famille qui est allée grandissant avec le temps d'après sa loi naturelle jusqu'à constituer la race à son état actuel. Et c'est ainsi que la notion réelle de race n'est pas autre chose que l'extension de celle de famille. La race est, en somme, un groupe de familles d'une même espèce, dont la population est d'importance essentiellement variable, selon qu'elle a rencontré pour se propager des conditions plus ou moins favorables, selon que le rapport entre la natalité et la mortalité a été dans un sens ou dans l'autre. JNous observons, au moment présent, des races en décadence et d'autres qui vont sans cesse prospérant. Il y en a qui sont complètement éteintes depuis longtemps, moins toutefois qu'on ne le croit en général, la connaissance exacte des types naturels comme nous les avons définis ayant montré parfaitement vivants encore plusieurs d'entre eux qui étaient considérés comme n'existant plus qu'à l'état fossile.

Mais telle n'est point l'opinion commune, au sujet de la notion de race. On ne songe pas, en général, que cette notion et celle de l'espèce se rapportent, en réalité, aux mômes objets envisagés seulement à des points de vue différents l'un étant le point de vue morphologique, le point de vue du type naturel ou spécifique, l'autre, celui de la succession des générations qui le représentent dans le temps. Pour l'espèce, c'est exclusivement une question de forme; pour la race, une question de nombre. La première notion est concrète; la seconde est purement abstraite. Dans l'opinion commune, l'espèce, si confusément définie, est prise pour une collectivité d'individus, ce qui est, ainsi que nous venons de le voir, le propre de la race véritable, l'espèce, au contraire, se divise en races plus ou moins nombreuses plutôt plus que moins, car il semble y avoirune tendance insurmontable à en grossir le nombre. L'espèce et la race deviennent ainsi des choses de même ordre ; l'une et l'autre des catégories morphologiques.

Des naturalistes contemporains, M. de Quatrefages paraît être le seul qui ait donné de la race ainsi comprise une définition claire. C'est sans doute à cause des besoins de sa spécialité anthropologique. Tous, pour des raisons difficiles à dégager répugnent à augmenter le nombre des espèces animales admises et semblent, au contraire, disposés à ne jamais trouver trop grand celui des races auxquelles, d'ailleurs, ils ne s'intéressent guère. 11 n'en est pas de môme, on le comprend sans peine, au sujet des races humaines dont l'étude est pleine d'intérêt. Les anthropologistes se divisent en deux groupes nettement distincts dont l'un n'admet qu'une seule espèce d'hommes, tandis que l'autre en reconnaît plusieurs. Dans notre champ particulier, où le nombre des races cataloguées va s'augmentant sans cesse, on dit aussi volontiers l'espèce chevaline, bovine, ovine, caprine et porcine que les anthropologistes du premier groupe disent, avec M. de Quatrefages, l'espèce humaine.

Pour lui, la race est une variété constante de l'espèce, ou encore une variété de l'espèce devenue héréditaire. Ce qui donc distingue la race de la simple variété c'est la fixité ou constance acquise, par transmission héréditaire, des caractères variables. Dans la variété, ces caractères sont instables, dans la race, ils sont devenus constants.

La valeur de cette définition est tout entière subordonnée à la question de savoir s'il y a, en fait, des caractères variables, des caractères de variété qui puissent ainsi acquérir la constance. Il ne

LE DBMI-SAKG.

suffit point de l'affirmer il faut le prouver. Or, je ne crains pas d'avancer qu'aucune observation valable ne pourrait être invoquée à l'appui d'une telle affirmation. Celles que l'auteur a tant de fois citées, sur la foi d'anciennes assertions, ne supportent pas un examen tant soit peu approfondi. La plus topique de toutes, à ses yeux, concernant la création de la prétendue race de mérinos à laine soyeuse de Mauchamp, peut donner une idée des autres. On sait que sa caractéristique consistait en ce que, au début, les sujets au lieu d'avoir la toison normale des mérinos formée de brins à courbures alternes, opposées et rapprochées en mèches denses et carrées, l'avaient en mèches pointues etconstituées par des brins faiblement onduleux et à éclat soyeux. Le laboratoire de zootechnie de l'Ecole de Grignon possède deux échantillons de laine, pris il y a longtemps sur le troupeau de la bergerie de Gevrolles, où était entretenue par l'Etat la prétendue race de Mauchamp. L'un de ces échantillons présente tous les caractères de la toison normale du mérinos. Ils sont là précisément pour montrer aux élèves le défaut de constance du caractère en question.

Quelque soin de sélection qu'on ait pris durant de longues années, pour maintenir le lainage soyeux, il a été impossible de s'opposer au fonctionnement de la loi de réversion. Du reste, les mérinos de Mauchamp n'existent plus, ce qui n'a pas empêché notre auteur d'en parler dans son dernier ouvrage comme s'il s'agissait d'une race parfaitement acquise et en pleine prospérité. Ne présente-t-on pas de même sur la foi de Darwin, la race des bœufs natos des Pampas de Buenos-Ayres, qui n'a jamais été représentée que par quelques sujets très accidentellement dans les troupeaux là comme en Europe, particulièrement en Normandie.

Ilerm von Nalhusius, le zootechniste le plus renommé de l'Allemagne, a consacré tout un long mémoire à nier la constance dans les races comprises à la façon commune dans le sens de variété. Elles sont, selon lui, essentiellement variables; et de fait il y a quelque chose de contradictoire dans l'association des deux idées de constance et de variété. Il n'y a, en réalité, point de variété qui ne soit susceptible de varier encore. Je n'en connais, pour ma part, aucune qui se soit montrée fixe, depuis que je l'observe, de quelque sorte qu'elle soit; on voit varier sans cesse tous les caractères des animaux, sauf ceux que nous avons qualifiés de spécifiques, sauf les traits fondamentaux du squelette. Sauf cela, rien n'est constant, tout est variable. Je ne pense

pas qu'un seul zootcchniste digne du nom, en Europe, s'inscrive contre l'assertion. Il y aurait plutôt tendance à renchérir, à y comprendre ce que nous exceptons. Comment admettre, après cela, que la définition puisse être acceptée?

Sans doute, on constate l'hérédité de certains efTets de variation. Les cas en sont même nombreux ; et cela est, en vérité, fort heureux pour la pratique zootechnique. C'est ainsi que nous pouvons créer des variétés de plus en plus aptes à satisfaire nos besoins. Mais il ne s'agit là malheureusement que d'une hérédité toujours précaire et momentanée donnant large prise à la réversion contre laquelle il faut sans cesse lutter. Ce n'est point cette hérédité naturelle de race, cet atavisme qui maintient imperturbablement le type spécifique, ou le rétablit quand des influences extrinsèques l'ont troublé ou altéré. En ce sens de la conservation indéfinie ou même seulement très prolongée, les variétés ne deviennent donc point héréditaires. Elles restent seulement temporaires et, par conséquent, de simples variétés, dont le maintien est toujours subordonné à la continuité des influences qui les ont formées, influences d'ailleurs parfaitement déterminées pour la plupart.

En vérité, l'on peut conclure d'après tout ce que nous savons en zootechnie que les prétendues variétés réellement constantes de M. de Quatrefages sont de véritables espèces, ainsi que le reconnaissent maintenant les anthropologistes affranchis du préjugé monogéniste, et que les prétendues races animales de la plupart des auteurs, dont la variabilité est notoire sont purement et simplement des variétés d'un nombre déterminé de types naturels ou spécifiques de race.

On conçoit difficilement que de bons esprits qu'aucun préjugé doctrinal n'engage, puissent résistera l'évidence de tels faits ; que des définitions si claires et si simples de l'espèce et de la race, si manifestement conformes à l'état naturel des choses, qu'elles se bornent à traduire au profit incontestable de La pratique zootechnique aussi bien que de la vérité scientifique, n'aient pas depuis longtemps pris la place de la confusion commune. Cela n'est vraiment explicable que parla puissance de l'habitude qui dispense d'examiner ce qui est généralement admis. Je ne doute toutefois pas que l'avenir leur soit assuré. La vérité finit toujours par prévaloir; c'est pourquoi l'on ne doit point se lasser de la mettre en évidence par tous les moyens qui nous sont offerts. Celles en question ici peuvent être tenues pour incontestables puisqu'elles n'ont encore,

à ma connaissance, rencontré aucune objection fondée sur un fait réel.

Il y a donc, dans chaque genre d'animaux, des races de diverses espèces, en plusou moinsgrand nombre formant ou non des groupes secondaires, comme ceux, par exemple, des ânes, des chevaux, des hémiones et des zèbres dans le genre des équidés; des taureaux ou bœufs, des buffles, des zèbres et des yacks dans celui des bovidés ; des brebis et des chèvres dans celui des ovidés. Ces races, dont chacune est d'un type déterminé et ainsi caractérisée en son espèce, se divisent en variétésqui sont dites naturelles ou artificielles ou encore zoologiques ou zootechniques.

Les premières se montrent chez les animaux sauvages comme chez les domestiques. Ce sont principalement des variétés détaille, dues à l'influence des variations dans la richesse du sol. Il y en a aussi de pelage, auxquelles le climat n'est pas sans doute étranger. Les secondes, les variétés artificielles résultent exclusivement de l'application des méthodes zootechniques. Ce sontdes variétés d'aptitudes. Ces dernières variétés, à leur tour, se subdivisent en familles distinguées par les mérites particuliers de leur chef et établies à l'aide des livres généalogiques. Dans le langage des éleveurs, on dit que les membres de ces familles sont du sang de celui-là.

De la sorte, on voit que la race est, comme nous l'avons dit en commençant, un ensemble de familles distinctes ou non selon qu'on a pris le soin de leur dresser un état ou qu'on l'a négligé (ce qui est le cas le plus général] mais se groupant d'abord en variétés d'après leurs caractères de taille, de conformation corporelle, de couleur ou d'aptitude, toutes choses indilîérentes pour la morphologie spécifique constituante du type naturel de la race. C'est d'après ce type que sont construits tous les descendants du couple primitif qui a été le point de départ de la population dont chaque individu n'est, selon une élégante formule de Baudement, qu'un exemplaire, tiré une fois de plus, d'une page une fois pour toutes stéréotypée.

Dans la nomenclature zootechnique, les races sont nommées en langue française, ainsi que les variétés, et autant que possible en conservant, pour celles-ci surtout, abusivement considérées d'ordinaire comme des races, les noms adoptés par l'usage. En fait de langage, il convient de ne rompre avec la tradition que quand cela est absolument nécessaire. Les objets restant les mêmes, les noms peuvent demeurer, tout en désignant des valeurs différentes, sur lesquelles il suffit de s'être au préalable entendu. Les espèces, dont

la notion est purement zoologique, sur lesquelles nos méthodes n'ont aucune prise et dont elles subissent au contraire la loi, reçoivent des noms latins, conformément à l'usage universel. Etant aussi nombreuses que les races, puisque nous avons vu que chacune de celles-ci est d'une espèce particulière que l'espèce et le type d'après lequel sont construits tous les individus de la même race, il va de soi que les noms admis en zoologie pour les genres dont nous nous occupons ne pouvaient pas être suffisants. Dans le genre des équidés, par exemple, où ne figure qu'une seule espèce chevaline appelée E. caballus, il y en a en réalité huit parfaitement caractérisées. Il a bien fallu les nommer. De même pour les autres. Lorsque nous nous servons du nom latin, nous sommes dans le domaine de la zoologie pure, nous n'entendons désigner que le type naturel, que l'espèce, comme s'il s'agissait d'un animal sauvage. Ce nom correspond aux seuls caractères distinctifs du type de race. Le nom français, au contraire, désigne l'ensemble de la population de ce type avec toutes les variétés sous lesquelles il se présente.

Aire géographique de la race. — Piètrement, dans les savantes recherches préhistoriques et historiques où il a magistralement établi les rapports des chevaux avec les mouvements des populations humaines, a reconnu combien ces recherches lui avaient été facilitées par la découverte des types naturels et des aires géographiques do leurs races. Ne l'eût-il pas avoué avec sa loyauté bien connue, il suffirait pour s'en apercevoir de comparer son premier ouvrage sur le sujet avec le second, véritable monument d'érudition où l'histoire est venue confirmer tout ce que la zoologie des espèces chevalines nous avait faitconjeclurer deleursmigrations. Il n'apasété le seul a rendre sur ce point justice à nos elforts. Nombre de fois à la Société d'anthropologie de Paris, notamment, ont éclaté les concordances entre les migrations des races animales et celles des populations humaines, les deux ordres d'études se prêtant un mutuel concours (Sanson)1.

Ce n'est pas uniquement à ces points de vue élevés de l'ethnogénie des nations que la connaissance des aires géographiques des races animales a de l'intérêt. La pratique zootechnique y est, elle aussi, grandement intéressée. Entre ces races et le lieu d'habitat qui leur est en quelque sorte naturel, pour lequel elles ont du

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