‹ Le demi-sangChapitre 10 sur 101 · Nouveau Dictionnaire de Médecine vétérinaire · texte numérisé non relu

Nouveau Dictionnaire de Médecine vétérinaire

moins une longue accoutumance, les relations sont tellement étroites qu'il est bien difficile de les rompre sans qu'elles en subissent un dommage plus ou moins grand. Parmi tant de vérités scientifiques ignorées ou méconnues, en ce qui les concerne c'est peut-être celle-là qui l'a été et qui l'est encore le plus souvent, ne voyons-nous pas à chaque instant préconiser ou même pratiquer le déplacement des races sans aucun souci des différences de milieu qui peuvent exister? Il semble que les êtres vivants aient une puissance propre, indépendante de tout ce qui les entoure, qu'ils soient capables de s'approprier un milieu quelconque, en y conservant intacts tous leurs attributs. Rien n'est cependant plus faux, et il faudrait tout un volume pour énumérer seulement les cas dans lesquels l'expérience est venue cruellement démentir les prétentions nées de l'ignorance du fait que nous visons.

Chaque race animale s'est répandue sur le globe autour d'un point qui a été son berceau et c'est l'espace occupé par ses représentants qu'on nomme son aire géographique. Cette aire est entièrement naturelle ou en partie artificielle. Elle est naturelle lorsque le peuplement ne s'est effectué qu'en vertu de la propre loi d'extension de la race; artificielle quand l'homme est intervenu dans les déplacements. Les races sauvages n'ont que des aires géographiques naturelles. Elles les partagent avec d'autres de genres différents : non point, à notre connaissance, avec des races de même genre. Le cas de partage ne se présente que pour les races domestiques auxquelles il a été et est encore imposé ainsi que l'histoire et l'observation nous l'apprennent. La race chevaline asiatique, par exemple, dont l'aire naturelle est relativement restreinte, a été étendue dès les temps préhistoriques et aussi aux premiers temps de l'antiquité, sur la presque totalité de l'ancien continent.

Certes cette notion des aires géographiques n'est pas nouvelle en zoologie. De tout temps, les naturalistes ont constaté que certaines espèces animales avaient ainsi un habitat déterminé, ne les rencontrant nulle part ailleurs. La géographie zoologique a été l'objet de remarquables travaux. Mais elle n'était connue que dans ses grandes lignes, avant que fût établie la caractéristique précise des types naturels, permettant de distinguer nettement les espèces d'un même genre qui avaient été auparavant confondues.

Ne pensant pas sans doute avec raison que la progéniture d'un seul couple put atteindre, quel que soit le temps admis, l'extension

jusqu'aux distances où l'on voit des représentants de ce que l'on croyait une même espèce, Agassiz en était arrive à la conviction que chaque espèce avait dû commencer sur plusieurs points à la fois. Le pin, disait-il, a commencé par la forêt, la bruyère par la lande, l'abeille par l'essaim ou la ruche. Il interprétait ainsi les les actes de ce qu'il nommait l'intelligence créatrice. Si les sujets sur lesquels se fondait sa conviction eussent été, en effet, de même espèce, comme le croyaient à peu près tous les naturalistes avec lui, l'argumentation d'Agassiz serait en effet assez difficile à réfuter. Créées ou non, des populations qui s'étendent de nos rivages occidentaux à ceux de la Chine, ne pouvaient guère être issues d'un couple unique, étant données surtout les nombreuses causes de destruction contre lesquelles elles ont eu toujours à lutter. Que la progéniture d'Adam et d'Eve ait de la sorte, d'après le récit biblique, peuplé le globe, cela n'ayant rien de commun avec la science, peut être admis, pourvu qu'on ne cherche point à le comprendre. De même pour cet autre récit de l'arche de Noé. Mais dans le domaine scientifique on a l'obligation d'être plus exigeant.

La difficulté soulevée par Agassiz disparait dès lors qu'il est constaté que là où il ne voyait qu'une seule espèce il y en a en réalité plusieurs. Les berceaux ont été bien nombreux, comme il le pensait, mais chacun était celui d'une race multipliant sa propre espèce. Avec ce que nous savons maintenant des types et des lois de leur reproduction, il n'y a aucune vraisemblance qu'il y ait eu pour chacun plus d'un berceau. De ce berceau la race s'est irradiée dans toutes les directions et sa population s'est étendue aussi longtemps et aussi loin qu'aucun obstacle ne lui a été opposé. Ainsi s'est formée son aire géographique naturelle. L'extension de cette aire était pour elle une obligation, en raison de la loi du rapport nécessaire entre la population et les subsistances, de cette loi de population que les économistes appellent encore la loi de Malthus, dont Darwin a tiré si grand parti pour l'établissement de sa doctrine sur l'origine des espèces.

Le Struggle for life est une nécessité fatale. Les êtres vivants se multiplient et les subsistances s'additionnent seulement. Un moment vient fatalement où le sol ne peut plus produire assez de subsistances pour la population. Il faut émigrer ou périr. Tant que l'espace est libre autour du berceau, la lutte pour la vie n'a pas de motif, la race envahit les territoires vacants, et cela se continue

jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle naturel. Jusque-là sa prospérité n'a pas connu de bornes. La natalité a toujours largement surpassé la mortalité. La lutte pour la vie a été nulle ou à peu près. Elle ne commence qu'à partir du moment où, les limites de l'aire étant fixées, la loi de population entre en fonction. A ce moment-là, il n'y aura plus de place pour tous ceux qui naîtront, les subsistances seront seulement pour les plus forts. La mortalité compensera la natalité.

Parmi les obstacles à l'extension des aires géographiques, il va de soi que s'est nécessairement trouvé celui résultant de la rencontre, à un moment donné, des races émigrant en sens inverse. Ce moment ne pouvait pas manquer d'arriver plus tôt ou plus tard, selon la distance à laquelle étaient situés les berceaux. Ce que nous observons sur les confins des aires géographiques actuelles des races porte à penser qu'après un temps de lutte plus ou moins prolongé, sans doute avec des fortunes diverses, il est enfin intervenu entre les deux races voisines un modus vivendi, un véritable traité de frontière. Le plus souvent, toutefois, c'est le climat qui paraît s'être chargé de marquer la limite, rendant ainsi toute dispute de terrain inutile. Mais cela n'a rien à voir dans ce qui concerne les aires des races chevalines, sur lesquelles notre attention doit surtout se porter.

Ces aires-là nous présentent une autre difficulté plus grande, qui est celle de la recherche du lieu de berceau, recherche importante en raison de ce que ce lieu influe nécessairement beaucoup sur l'aptitude plus ou moins étendue de la race au cosmopolitisme. Qu'elle soit due à la constitution originelle ou à l'accoutumance, c'est cette aptitude qu'il faut surtout apprécier exactement pour ne pas s'exposer à tenter avec la race des entreprises dont le succès est impossible. Une suffit pointque l'acclimatement sur un lieu nouveau puisse finalement se réaliser, comme l'histoire des races nous en offre l'exemple, pour qu'il soit sage de le tenter de propos délibéré, s'il ne devait être atteint qu'au prix d'un amoindrissement de la race, mieux vaudrait s'en abstenir. En bien des cas, en outre, ce qui se passe pour des acclimatements effectués n'en a nullement le caractère, la différence étant nulle ou à peu près entre le climat du milieu nouveau et celui du berceau de la race. C'est ce qui rend si utile pour la zootechnie pratique la connaissance aussi exacte que possible des lieux des berceaux des races domestiques et, tout au moins, de leurs aires géographiques naturelles, connais-

sance qui a été durant si longtemps négligée, parce que son importance était absolument méconnue.

La recherche de ces lieux d'apparition ou de formation des types naturels de ce que nous avons nommé l'origine ethnique des espèces, indépendamment de toute conjecture sur les causes mêmes de leur apparition ou de leur formation, n'est vraiment pas au-dessus des ressources de la science actuelle. Elle peut être conduite avec toutes les chances d'aboutir, en n'y faisant intervenir que les faits connus et sans avoir recours aux conceptions hypothétiques dont on abuse tant maintenant en ces matières. Encore une fois, nous nous résignons à ignorer ce que personne ne peut, en vérité, savoir, laissant à leur aise disserter sur ces choses insondables ceux qui s'intitulent ou créationnistes ou évolutionnisles. Nous prenons les faits tels que l'observation nous les offre, parce que les faits sont la seule base solide pour la science, ne nous croyant pas du tout obligé d'opter entre des hypothèses également indémontrables.

11 est connu d'abord que les espèces dont nous nous occupons appartiennent à la faune de la fin des temps tertiaires du globe, à cette période que Lyell a nommée post-pliocène. Avant la formation des terrains de cette période on n'en retrouve aucune trace. Les restes osseux n'ont été constatés que dans des gisements quaternaires où sans cesse des fouilles nouvelles eu font découvrir. Il est clair, d'après cela, que le berceau d'aucune de leurs races n'a pu être là où ces terrains font défaut. De l'aire géographique actuelle il faut donc éliminer tout ce qui est de formation plus ancienne. Il est certain, par exemple, que pas une des races animales qui peuplent présentement notre Bretagne n'a eu là son berceau. Toutes y sont venues nécessairement d'ailleurs. Elles s'y sont étendues ou elles y ont été transportées ou plutôt conduites par des migrations humaines. C'est du reste ce que nous avons établi pour l'une d'entre elles, la race chevaline venue d'Asie avec les constructeurs de monuments mégalithiques. Si un seul point de l'aire présente la formation géologique dont il s'agit, il ne peut pas y avoir de doute : là est le berceau; c'est de là que la race s'est irradiée. Les meilleures conditions de vie pour la race s'y trouvent d'ailleurs réunies. Les sujets encore aujourd'hui, dans les conditions naturelles, y atteignent le développement le plus complet.

Mais le cas ne se montre maintenant que d'une façon exceptionnelle et pour les races dont l'extension a été exclusivement natu-

relie, par conséquent en général assez limitée. Le plus souvent, la formation se trouve sur deux ou plusieurs points de Taire actuelle, qui alors n'est plus continue. Il arrrive que ses portions sont séparées par la mer et alors on constate que la séparation est due à un phénomène géologique postérieur à l'extension naturelle de la race. C'est ce que nous voyons notamment pour les Iles Britanniques. Sur des aires exclusivement continentales, les espaces intermédiaires plus ou moins nombreux et plus ou moins étendus sont occupés par d'autres races. En ce dernier cas, l'histoire des migrations et des invasions humaines est un guide sûr pour conduire au berceau. C'est ainsi que nous voyons la race chevaline germanique sur tous les points où les envahisseurs germains se sont établis dans les premiers siècles de notre ère. L'ethnogéuie animale et l'ethnogénie humaine marchent à peu près toujours de front. En l'absence de faits historiques, reste notre première donnée. Entre deux lieux possibles sur la même aire géographique, les plus grandes probabilités sont évidemment en faveur de celui qui présente pour la race les meilleures conditions de vie. On se rattache de plus en plus dans les sciences naturelles, en géologie surtout, à ce qu'on nomme la doctrine des causes actuelles. On pense que les phénomènes se sont toujours passés comme ils se passent à présent et c'est en ce sens que la théorie de l'évolution prenant la place de celle des révolutions et des cataclysmes est celle qui a le plus de chances d'être vraie. Là où la race vit le mieux dans ses conditions naturelles, là a dû être son berceau. En la prenant vers un point quelconque de la périphérie et la suivant vers l'intérieur de son aire, on la voit toujours aller s'améliorant jusqu'à un point culminant qui se montre sur le lieu même du berceau. Cela, bien entendu, ne s'applique qu'à l'aire naturelle et reste en dehors de l'intervention des méthodes zootechniques.

En s'irradiant à partir du berceau, à la recherche des subsistances, les races n'ont pu manquer de rencontrer des conditions variées, dilîérentes de celles de leur point de départ, les plus favorables nécessairement. A ces conditions variées il leur a fallu s'accommoder. L'étude des limites de l'accommodation à des milieux nouveaux nous intéresse au plus haut point. C'est encore là des données fondamentales de la zootechnie scientifique, dontnos devanciers ne se sont pas suffisamment occupés. Il serait plus exact de dire qu'ils ne s'en préoccupaient à aucun degré. Le cosmopolitisme absolu des races semblait être pour eux une sorte d'article de foi.

A leurs yeux, les agents d'amélioration héréditaire pouvaient être pris n'importe où. Les considérations de sol et de climat ne comptaient pas. C'était, du reste, la conséquence obligée de l'absence de notion des aires géographiques. L'observation des races en partant, au contraire, de cette notion va nous permettre de déterminer avec une grande précision les limites de l'accommodation et de donner ainsi de ce chef aux opérations zootechniques des bases certaines.

L'accommodation concerne à la fois les fonctions de relation et les fonctions dénutrition. Celle des premières est certainement intéressante à étudier, mais seulement à l'égard des animaux sauvages. Nous nous en tiendrons ici aux fonctions de nutrition plus spécialement zootechniques. Ces fonctions sont influencées par la puissance productive du sol qui règle les subsistances et par les conditions atmosphériques de température, de pression et d'hygrométricité.

L'observation des races sur les différents points de leur aire géographique montre que l'organisme jouit, sous le rapport des besoins alimentaires, d'une grande élasticité. Les jeunes qui se développent avec une alimentation restreinte, en quantité ou en qualité, eu égard aux ressources du berceau de leur race, subissent tout simplement une réduction de taille et de volume proportionnelle à la restriction. Les exemples sont nombreux qui montrent que celte réduction peut aller fort loin. En comparant notamment les poneys des îles Shetland à ceux du pays de Galles, qui sont les uns et les autres de la môme race irlandaise, ou encore les vaches de la Fionie à celles de la Frise néerlandaise de la race des Pays-Bas, mieux encore certains chevaux d'Andalousie et des Maremmes de la Toscane à ceux du Holstein, ou les bœufs des vallées des Hautes- Pyrénées à ceux du pays garonnais, on constate des écarts qui vont parfois du simple au double. Dans tous les cas, il est clair qu'en cbangeant de milieu la race s'est accommodée à une alimentation moins riche et que ses besoins nutritifs se sont réduits. Entre ies extrêmes comme ceux que nous venons de citer pour rendre le fait plus frappant, on observe toutes les transitions intermédiaires, montrant que le phénomène s'est accompli lentement et progressivement à mesure que l'extension de la race se faisait. En ce sens il est permis de penser que la limite d'accommodation n'est guère posée que par la complète stérilité du sol. Le passage brusque de l'abondance à la disette met à coup sur l'organisme à une

épreuve difficile, sinon impossible à supporter. Mais pourvu que les transitions soient ménagées durant une suite suffisamment longue de générations il est évident qu'il n'y a point là d'obstacle insurmontable à l'extension des races. L'appareil digestif essentiellement actif jouit au plus haut degré de la faculté de s'accommoder. La race s'amoindrit jusqu'aux dernières limites, à mesure que les subsistances diminuent, mais tant qu'il en reste, si peu que ce soit, elle ne périt point. Le fait est certain. Le squelette n'acquiert que le développement proportionné à la riebesse du sol en acide phospborique et en chaux et c'est lui qui commande tout le reste de l'organisme, dont il forme la base. Etant donnée la composition d'un sol on en peut conclure à coup sûr la taille des animaux qui l'habitent et jusqu'à un certain point leurs aptitudes. En ce sens la géographie physique est donc une des connaissances les plus précieuses pour les études zoologiques. Elle doit être considérée comme un des éléments indispensables pour l'appréciation complète des races.

Quand on envisage les écarts de température atmosphérique comme ceux qui existent entre les régions tropicales et les boréales ou les australes, même seulement celles dites tempérées, on est conduit par les faits à reconnaître que les races de l'une de ces régions sont dans l'impossibilité d'accommoder leur organisme aux conditions de l'autre. Il ne peut pas se pliera des écarts si grands. Les animaux des pays tropicaux meurent de consomption dans les régions froides. Ils ne peuvent pas davantage supporter les hivers des climats tempérés. Leur organisme s'use à dégager de la chaleur. Ceuxdes pays froids succombent dans les régions tropicales à la nutrition insuffisante qu'occasionnent les troubles intestinaux. Il n'y a pas, croyons-nous, d'exemple d'une accommodation de ce genre, même à la suite de transitions ménagées par un long temps et de lentes migrations.

Mais en deçà de ces écarts extrêmes il n'en est plus ainsi. Quelques degrés de différence dans la température moyenne du lieu ne paraissent pas être pour l'accommodation un obstacle insurmontable. Nous voyons entre autres la race bovine des steppes supporter les hivers longs et rigoureux de la Russie méridionale et vivre également depuis l'antiquité en Egypte et dans l'Italie centrale. Elle est, selon toutes les probabilités, originaire de l'Extrême-Orient, parconséquent d'un climat chaud. Elle a donc dû s'accommoder aux hivers russes. Les rennes qui, dans les temps quaternaires, étaient

abondants au Sud delà Gaule comme en témoignent les nombreux restes qu'ils y ont laissés ne se trouvent plus que vers les régions boréales.

On croit communément qu'ils y ont émigré pour la raison d'un changement dans le climat. C'est possible, mais bien d'autres motifs peuvent aussi avoir contribué à les faire disparaître de leur ancien habitat. Le peu de difficulté qu'ils éprouvent à se maintenir dans nos ménageries, semble prouver que l'élévation de la température n'aurait pas suffi pour les faire disparaître. Quoi qu'il en soit il est bien certain que les faibles écarts se présentent assez fréquemment.

De même pour les écarts dans la pression atmosphérique, si la différence d'altitude dépasse 2.000 mètres, on observe des phénomènes que Jourdanet d'abord, puis Paul Bert ont bien étudiés sous le nom d'anoxyhémie. L'air raréfié n'alimente plus suffisamment en oxygène l'hémoglobine du sang habitué à une ration plus forte. L'organisme lutte durant un certain temps, mais il finit toujours par succomber. On en connaît, au contraire, plusieurs qui ?e sont accommodées de différences d'altitude d'un millier de mètres environ. Nous avons une race en France qui est dans ce cas, celle de nos monts d'Auvergne. Il y en a aussi en Suisse, celles des Alpes et du Jura. La première vit également sur les plaines du Languedoc et sur les Pyrénées ariégcoises : la seconde sur l'Oberland bernois et sur la vallée de la Saône ou les herbages du Nivernais.

L'expérience montre qu'entre ces limites les transitions ne sont même point indispensables. L'accommodation si elle est nécessaire n'est toutefois pas sensible. On voit à chaque instant des sujets transportés brusquement de la montagne sur la plaine y conserver la plénitude de leurs attributs.

Bien différentes sont, au contraire, les conditions à l'égard de l'état hygrométrique de l'atmosphère. Le moindre écart suffit pour que l'accommodation paraisse impossible, aussi bien dans un sens que dans l'autre. Les races originaires des climats humides périclitent sous les climats secs; celles dont le berceau est un climat sec, périssent encore plus vite quand on les transporte en un lieu saturé d'humidité. Ici rien en effet ne les met en mesure de réagir. Contre de telles influences, l'organisme est absolument passif, accoutumé à une certaine diffusion de son eau dans l'atmosphère par les poumons et par la peau, dépendante de la qualité de l'air qui l'entoure, il ne peut rien contre les changements qui se produisent

30 ÏHÉORIES GÉNÉRALES

dans le milieu intérieur par suite de la rupture de son équilibre normal. L'histoire de L'extension des races ovines dans le courant de ce siècle, particulièrement de celle des mérinos nous en fournit des preuves frappantes.

En présence des avantages considérables obtenus par l'introduction en France des bètes à laine d'Espagne, vers la fin du xvme siècle, le Premier Consul voulut que notre pays en fût doté dans toutes ses régions.

Par son ordre des bergeries nationales furent à cet effet établies en grand nombre, en vue de leur propagation. Pour des causes diverses certaines ne prospérèrent pas, mais le point intéressant, que nous visons, c'est que du côté de l'ouest on vit bientôt périr tous les mérinos établis au delà de la ligne où commence le climat océanien. Celle ligne bien connue des météorologistes marque la limite infranchissable (région septentrionale des mérinos français). Toutes les tentatives depuis lors ont échoué pour la leur faire franchir. Sous le climat océanien les mérinos originaires des régions méditerranéennes succombent infailliblement à l'hydrohémie. Ils ne peuvent s'accommoder à une atmosphère saturée (Sanson).

En somme, on voit qu'au point de vue de l'histoire naturelle pure, les races n'onl rencontré dans leur extension que des obstacles peu nombreux. La grande étendue de leur aire géographique en fait foi. Les variétés qu'elle présente montrent en outre les modifications auxquelles elles se sont prêtées pour s'accommoder aux conditions nouvelles. Si le cosmopolitisme n'est pas absolu, l'élude des. types et l'histoire des migrations de bon nombre d'entre eux nous apprennent qu'il reste toutefois une grande marge. On se tromperait fort cependant et l'on commettrait une grave faute, si l'on déduisait du fait ainsi constaté la conclusion zootechnique qu'il semblerait comporter. Tout ce qui est possible en effet n'est pas nécessairement possible. En zootechnie comme en toute chose industrielle l'utile seul doit être entrepris. Le succès final ne suffit pas : il faut se demander à quel prix il pourra être obtenu. L'accommodation à un milieu nouveau est toujours le résultat d'une lutte dont nous devons payer les frais, dans la plupart des cas, sinon toujours, ces frais dépassent la valeur du bénéfice qui peut être tiré du résultat acquis. L'histoire delà zootechnie nous en fournirait de nombreux exemples au besoin. Tant que dure la lutte pour l'accommodation, qu'on appelle plus volontiers l'acclimatement bien

Page 1