CAROLINE
Du bruit!., encore une vitre brisée !
MATHILDE
Non, il n'en a\ait pas besoin.
CAROLirCE.
Comment?
MATHILDE
Oh ! vois-tu , j'avais soin De ne plus fermer la croisée.
Je ne fermai plus ma croisée.
CAROLINE. C'est juste.
MATHILDE. Et il me disait des choses si tendres... si aimables... que je ne pouvais m 'empêcher de Taimer de tout mon cœur...
CAROLINE. Je l'aurais adoré... est-il bien?..
MATHILDE. Je ne sais pas... car la nuit était sombre... et je ne l'ai pas vu... mais en effleurant sa figure de ma main... j'ai cru sentir qu'il n'était pas mal.
CAROLINE. Comment, vous ne l'avez pas vu?., vous n'avez pas eu la curiosité...
MATHILDE. Non! et je m'en suis bien gardée... il m'avait prévenue que si je n'avais pas confiance en lui... si je cherchais à le voir... il disparaîtrait... il ne reviendrait plus... il ne m'aimejait plus... moi, sa fiancée !.. car , il m'appelait ainsi... (Elle baisse les yeux.)
CAROLINE. Allez toujours...
MATHILDE. Cependant, la nuit dernière, comme il partait. . je voulus l'accompagner; j'espérais le voir., sur la terrasse., à la clarté de la lune... qui par malheur n'était pas
It
claire du tout. . . pour le reconduire, il faisait frais... j'avais jeté ma mante sur mes épaules... et j'avais tournée deux fois autour de mon cou... mon écliarpe. {Prenant Vécharpe.) pareille à celle-ci, que la princesse m'avait envoyée la veille... et qui se trouvait sous ma main., nous avions atteint le grillage qui ferme la terrasse... il venait de disparaître... et moi , j'avançai la tête pour tâcher de le suivre encore dans l'ombre... en me retirant... je me sens comme retenue... arrêtée... ali !.. j'en tremble encore !.. je fis un effort, et je m'échappai... mais, ce matin, en m'éveillant, je me suis aperçue que mon écharpe était déchirée , juste à la hauteur des armes de la princesse...
CAiiOLiNE. Elle se sera attachée au grillage...
MATHILDE. Ou quelqu'un aura voulu me retenir.... et jugez de mon effroi.... quand M*"^ de Grommer , en nous observant d'un air en-dessous , nous a ordonné de nous parer toutes du présent de la printesse.
CAROLINE. Ah!., oui... je commence à comprendre...
MATHILDE. Elle cachait dans sa main quelque chose qui m'a paru semblable à cette broderie... alors , ma tête s'est perdue... je me suis dit : elle veut connaître la coupable... elle va tout savoir... que devenir?., que faire?., et une inspiration du ciel!., ou plutôt, non... c'est lui... c'est le démonde la nuit... qui m'a donné cette idée-là... je me suis glissée tout doucement chez ces demoiselles sans avoir l'air de rien, je prenais le bout de leurs écharpes sans qu'elles s'en aperçussent... je faisais cela... tenez!..
( Tont en parlant ; elle a pris le bout de l'ecliarpe de Caroline et l'a dcchire'e à la hauteur des armes.)
qua-
CAROLINE. Ociel!.. eh! mais.
/ vez-vous fait là ?..
MATHILDE. Oh!., chut!., cliutî.. c'est la dernière... elles sont toutes comme ça., voyez!..
'Elle lai montre ce qu'elle a coupe* aux autres.) CAROLINE , riant. Comment , c'est donc
là le service que vous me demandiez...
MATHILDE. Oui... VOUS voyez qu'il n'est
pas dilficile...
CAROLINE. Mais M'"<= de Grommer!..
MATHILDE. N0U8 aurons toutes perdu nos armes... elle pourra soupçonner tout le monde.... mais elle n'accusera personne,., oh! silence!., et je lui parlerai pour vous... à lui !
Air : Restez, restez^ troupe jolie.
Il a sans doute quelque frère, Comme lui , beau , sensible et bon , Sois discrète : avant peu , j'espère , T'envoyer aussi ton démon.
Du mystère ainsi Ton s'assure :
Entre jeunes filles , vois-tu , Un secret de cette nature N'est bientôt qu'un prête rendu.
CAROLINE, écoutant. Ah!., je crois que c'est la baronne !..
MATHILDE. Mon sort est entre vos mains... ne me perdez pas... oh !.. je vous en prie...
CAROLINE. Rassurez-vous... votre secret est là... je ne dirai pas un mot... pas un seul.