SCÈNE XII
INIATMILDE, CAllOhllNE.
CAROLINE. Et lui aussi I... il est singulier , IM. Osiar.... à peine s'il me regarde en me parlant.
MATIIILDE , entrant à droite ^ au ha s de la terrasse^ à part. Ah l la voici... elle a son écharpe...
CAROLINE, fl n'est pas mal... Malhilde est bien heureuse!... {L'apercevant.) Ah I c'est vous!...
MATHILDE, occupee de Vécharpc de Caroline. A quoi pensiez-vous donc, Caroline?..
CAROLINE. Je pensais que ce matin encore...
Air du Pic'ge.
Moi , j'espérais la première , entre nous , Me riiarier .. Mais ii ce qui se pas«e , Je le vois trop , j'avais tort, et c'est vous, Malhilde, qui prenez ma place.
MATHILDE
Ça ▼ons chagrine !
CAROLIKB.
Oui , j'en conviens tout bas. . .
Le plus terrible... et l.\ chose est connue... C'est qu'à la cour on ne retrouve pas
Sa place quand on l'a perdue ,
Et la mienne je Tai perdue.
MATHILDE. C'est à. cause démon cousin Oscar que vous dites cela?...
CAROLINE. Ce sera un charmant mari...
MATHILDE , prenant Vextrémité de fccharpe de Caroline. Pas pour moi î...
CAROLINE , //// retirant Vèchurpr. Ah î mon Dieu!.!, vous aussi , vous avez l'air triste... inquiète... comme IM™°deGrommer qui paraît irrtée contre nous... pourquoi? je vous le demande ?...
MATHILDE. Caroline... je vous le dirai si vous voulez me rendre un service... un grand service ..
CAROLINE. Et lequel?... parlez!..,
BIATHILDE. Yous me le rendrez...
CAROLINE. Je vousle promets. Maisquel air njystérieux !.. vous me faites peur... c'est donc un grand secret?...
MVTiiir.DE. Enorme. .
CAROLINE. Yrni!... oh! ma petite...
dites-moi donc cela...
MATHILDE. Caroline... vous êtes mon amie... ma seule amie dans ce palais... et si mon honneur dépendait du service que je vous demande...
CAROLINE. Oh! parlez!... j'écoute...
MATHILDE. Et ce sccrct... vous îne le garderez ?..
CAROLINE. Je vous le jure... je n'en ai jamais trahi... il est vrai qu'on ne m'en a pas encore confié...
LB MAGASIN THEATRAL
MATHILDC. Je ne sais si je puis... (JMouoement de Caroline.) Eli bien ! oui... je vous crois... et la preuve... je vais tout vous dire
CAROLINE, l'écoutant. Mathilde se tait.
Eh bien?
MATHILDE. C'est quc , voycz-vous. . . il y a des choses bien étranges à raconter.
CAROLINE. Je vous aiderai.
MATHILDE. J'aîuie uiieux ça... Yous vous rappelez , Caroline , notre conversation dans les bosquets du parc.?...
CAROLINE. Oui... quand nous parUons du démon de la nuit... des plaisirs de la cour... et surtout du prince que vous trouviez si bien!...
MATHILDE. Je Die retirai de bonne heure dans mon appartement... car vos regards me faisaient rougir... vous me supposiez des idées que je n'avais pas... Je me couchai... et je ne tardai pas à m'endormir... pas tout à fait pojirtant... j'étais dans cet état si doux, vous savez., quand on ne dort pas encore... et que déjà l'on ne veille plus...
CAROLINE. Quand on se sent dormir ?...
MATHILDE. Justeî...
CAROLINE. J'adore ça...
MATHILDE. Et moi aussi... Je ne sais quels rêves s'emparaient de mon esprit... c'était un mélange de plaisir et d'effroi... devant moi... j'apercevais une figure charmante que je ne pouvais atteindre... et je sentais en même lems une main de feu qui me serrait le cœur à étouffer... je ne respirais plus... je voulais fuir... et je ne pouvais pas... c'était...
CAROLINE. Oui... ce que nous appelons un cauchemar...
MATHILDE. Oh ! bien mieux.. . tout-àcoup je fus réveillée en sursaut comme par un bruit qui avait cessé... mais je sentis une main qui pressait la mienne... je voulus pousser un cri., elle se plaça sur mes lèvres...
CAROLINE. Ahî mais ça devient trèsgentil...
MATHILDE. Je ne criai pas... et j'entendis une voix douce, douce... à faire battre le cœur... qui me disait ; Tais-toi! taistoi!.. c*est moi qui t'écoutais ce soir dans le feuillage quand tu disais tes secrets à tesconipagnes... Ah ! démon de la nuit, lui dis-je! . . grâce ! grâce !.. et il se prit à sourire doucement... et il me dit : Oui, c'est moi !.. ue
^ ko. i'o;.v.o et \\ gg pencha vers moi... et...
(Elle baisse les yeux.)
CAROLINE. Je devine... il vous embrassa...
MATHILDE. Oui...
CAROLINE. Il n'y a pas de mal... continuez donc!., c'est fort intéressant..
MATHILDE. Le lendemain. ..
CAROLINE. Ah!., nous sommes au lendemain ?..
MATHILDE. C'était hier, il revint encore., toujours le soir... bien tard... à la même heure...
CAROLINE. Il paraît qu'il est trèsexact...
MATHILDE
XiK de Tu renne.
Le premier jour il venait par surprise : Je m'endormais... jugez de ma terreur, Quand tout-à-coup une vitre se brise !
D'effroi je sens battre mon cœur.
Le lendemain j'eus bien moins de frayeur.