SCENE PREMIERE
LA BARONNE et ensuite LE BARON.
LA BARONNE, à la cantonnud". à gauche.
Dites à M"^* les filles d'honneur de se réunir ici, chez moi, je les attends. [Ployant entrer le baron au Jond.) O ciel I baron , que venez-vous faire ici?
LE BARON. Vous annoncer une noavcUe à laquelle vous ne serez pas insensible, j'ose m'en flatter... le ministre vient de défendre qu'on plaçât des sentinelles à la terrasse de vos appartemens.
LA BARONNE. Ah î c'ciit été uu Scandale!...
LE BARON. On veut étouffer l'affaire...
LA BARONNE. Plaît-il ?...
LE BARON. A cause du comte Oscar, le cousin, qui prend cela au sérieux... Jugez donc , il refusait la sœur d'un ambassadeur pour rester fidèle à la petite... qui était plus commode!... (// r//.)'Aussi il est furieux , humilié , il n'ose plus se montrer... et il aurait quitté la cour ce soir, ce soir même , si la reine ne l'eût retenu de force pour continuer la négociation dont elle l'a chargé.
LA BARONNE. Ainsi on ne sait pas quel est le séducteur ?
LE BARON. On ne sait rien du tout...
chacun fait des conjectures... on ne s'aborde plus que le sourire sur les lèvres et d'un air qui semble dire : Etes-vous le démon? est-ce vous qui avez passé , vous savez?... Dans chaque groupe on a son héros que l'on montre au doigt , et qui laisse croire, parce que c'est toujours flatteur d'être accusé de ces scélératesses-là!... moi-même , moi qui vous parle , je ne dis
pas non! (Mouvement de la baronne,) Les lioinmcs enragent tous de ne pas avoir eu cette idée-là... les femmes abîment la pauvre Mathilde de dépit de ne pas avoir vu le diable à sa place... On suppose, on soupçonne, on babille... ce sont les caquets les p!us drôles, les récits les plus bizarres, chacun y met "du srén... Enfin, depuis une heure , la cour est devenue l'endroit le plus amusant du royaume...
ça nous change un peu.
LA BARONNE. Mais moi , monsieur , moi... que dit-on de moi ?
LE BARON. Oh!... on donne les plus grands éloges au succès de votre surveillance !
LA BARONNE. C'e.st Une disgrâce î...
LE BARON. Mais non... je vous le répète, on veut étouffer tout cela.
LA BARONNE. C'est impossible*!
LE BAiiON. Il faut que la petite Mathilde reste à la cour !
LA BAROXNn. Elle n'y restera pas... ou j'en sortirai moi-même.
LE BARON. Et voilà l'éclat qu'on veut empêcher; le ministre la protège... sans doute à cause de son cousin qui est favori du prince. Son excellence compte sur moi pour vous calmer.
LA BAUONNE QuC diteS-VOUS?
LE BARON. Il sait que j'ai quelque empire sur votre cœur.
LA B\RONNE. Grand Dieu!. .. vous m'avez compromise...
LE BARON
Ain : Âhl si mn femme me voyait.
Pour ces jeunes Cllcs (flionneur, Baronne , soyez, bienveillante.
LA D4no^^B.
Baron , je suis leur gouvernante ,
LE MAGASIN THEATRAL
Je (lois montrer de la rigueur; {fus.) 11 faut...
Il faut... moi je réclame Vous (IciuandcT au fond du cœur, Ce (jiie vous auriez, fait, madame.
Si VOU8 ctiez GUu d'iionncur ?
LA BARONNE. Y pcnsez-vous?. . la remc se repose sur moi de toute cette affaire , et il m'importe de prouver que je n'ai pas pour vous le faible que l'on croit.
LE BARON. Je prouverai que le faible y VN^->îSt; /
LA BARONNE. Mais non.'
LE BARON. Mais si !
SCEINE II.
Us MC Ml s , CAROLINE , M"" DE LAUS- TEIN, DE BIllNEFF, DERAJNZAU,
entrant à gauche^ et cwswiVcMATHILDE.
LA BARONNE. Approchez , mesdemoiselles , je vous ai fait appeler pour vous rendre témoins d'une réparation que votre lioiMîcnr réclame ici !
LE BARON. Mais, baronne I LA BARONNE. Silence !
MATIULDE , en dehors. Où est-il?... où est-il?... c'est lui.
TOUTES. Mathilde !
MATillLDE , entrant virement du fond en costume négligé. C'est lui!., je l'ai entendu... il m'a parlé.
(fc-Ue se trouve au milieu des jeunes filles sans voirla baronne et le baron , qui sont un pas en arrière.)
CAROLINE. Qu'est-ce donc?
TOUTES. Qu'avez-vous ?
MATHILDE. Oh I VOUS Tavcz VU ici, n'est-ce pas?*..
CAROLINE. Qui donc?...
MATHILDE. Eh bien! lui! lui! si vous saviez... là-bas... sous les arbres, près de la terrasse... vers ces lieux où nous l'avons entendu pour la première fois... et où je vais rêver à lui... Je pleurais , j'étais si malheureuse!... tout-à-coup une voix sortie du feuillage... oh ! je l'ai reconnue... c'était la sienne!... il m'a dit : Mathilde! ne pleure pas! je t'aime, je veille sur toi!... alors j'ai poussé un cri... je me suis élancée vers cette voix... que je n'entendais plus... j'ai suivi les allées du parc... et j'avais cru apercevoir sur la terrasse...
LE BARON. Je ne pense pas qu'un autre que moi.
MATHILDE. Ah î mousieur... [Apercevant la baronne.) Ciel !
I LA BARONNE. Mathilde , vous vous trompez... ou vous cherchez à nous trompcr!...
MATHILDE. Madame !
LA B ABONNE. Elle fait signe aux demoiselles de s'éloigner. Mesdemoiselles... vous seule ici !.. . et ne croyez pas que personne puisse vous sauver!...
MATHILDE. Personne!...
LA BARONNE. Vous avcz manqué à tous vos devoirs... votre conduite est un outrage pour vos compagnes... pour la jeune princesse qui vous avait accueillie... *'et qui par ma voix en ce moment vous ordonne de sortir de ce palais.
MATHILDE , accablée. Ah ! mon Dieu î
LE BARON. Ma foi! à moins que le diable ne s'en mêle !
LA BABONNE. Dès à présent VOUS ne faites plus partie de sa maison , et je vous sépare de ces jeunes filles qui doivent s'affliger de votre présence.
CAROLINE. Mais non , madame.
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