SCÈNE PREMIERE
LE MAESTRO, LE MARQUIS; immitui.
LE MAESTRO
C’eel ici! reposes- vous.
Eh bien !
LE MAESTRO
Eh bien?
LE MARQUIS
Eh bien, cher JVaesiro , me direz-vous enfin pourquoi nous avons quitté Milan, et a qui nous venons rendre visite dans cette petite maison des champs ?
LE MAESTRO
Patience donc, signor Marchese! Je vous annonce une surprise, et vous ne vous y prêtez pas du tout ! Asseyez-vous. Vous êtes ici comme qui dirait dans ma famille.
LE MARQUIS
A la bonne heure. Je vous ai donné ma journée; faites de moi ce que vous voudrez. Est-ce que nous sommes chez une femme? Oui ! voilà un vêtement de femme.
LE MAESTRO
Vous êtes cher des femmes.
LE MARQUIS
Tant mieux, si par hasard elles sont jeunes et belles.
LE MAESTRO, avec une inl*irJon comique. (S'*»kcyant.)
Pas du tout. Elles sont vieilles cl laides. Mais, que vous êtes curieux! changeons de propos pour vous faire enrager 1 Vous avez donc été content hier a la Scala?
LE MARQUIS
Dite» ravi, transporté ! Votre opéra est un chef-d'œuvre.
LE MAESTRO
Oh! des chefs-d'œuvre!... On n'en fait plus
LE MARQUIS
On a dit ça de tout temps, cl on en a toujours fait.
LE MAESTRO
Que je suis fâché de n'avoir pas su que vous étiez là ! La re présentation m’eûl intéressé davantage si j’avais scnli dons ta salle un dilettante tel que vous.
LE MARQUIS, lut prenant I» main.
Dites mieux, un ami dévoué.
LE MAESTRO
Ah ! les amis sont si indulgents !
LE MARQUIS
Pas toujours!
LE MAESTRO
Je parle des amis qui nous aiment, et noo pas de ceux qui nous délestent : nous avons beaucoup do ccs derniers, dans les arts !
LE MARQUIS
Mais moi, j’espère que...
Oh vous! jo crois que vous m'aimez, car je sais que je vous aime! Ah çà, vous n'avez donc encore vu personne a Milan, mou Vénitien 7
LE MARQUIS
Ma foi, non! Arrivé à six heures, je n’ai pas mémo pris lo temps de m'habiller pour aller au théâtre. J’avais faim et soif de bonne musique, et j'avais là aussi un intérêt de cœur.
LE MAESTRO
Ah oui-da!
LE MARQUIS
Quoi ? Puis-je, en savourant votre œuvre, ne pas m'enorgueillir de votre succès? Puis-jc oublier que je suis votre compatriote cl que j’ai eu l'honneur d’avoir pour professeur de musique, dans mes jeunes ans, un pauvre artiste, bien longtemps méconnu, qui a été enfin proclamé un des pi entiers compositeurs de l’Italie? Et tenez, Santorclli : je me rappellerai toujours que si vous n'avez pas fait de moi un élève digne de vous... Uèlas! les enfants des riches ne sentent pas toujours le prix des bienfaits qu'on leur prodigue!... Du moins, vous avez ouvert mon âme au sentiment du grand cl du beau. Vous me versiez votre enthousiasme, et je crois que si je suis devenu un homme de cœur, c'est beaucoup a vous que je le dois.
LE MAESTRO, ému.
Cher enfant!... {Se reprenant.) Citer marquis!...
LE MARQUIS, lut dominai U muni.
Ah ! nu vous reprenez pas ! Dites comme autrefois.
LF. MAESTRO.
EU bien, oui, mon cher enfant, mon cher Pauline ! Tenez! ça me fait toujours du bien de vous revoir, ça me rajeunit ! Pourquoi n’étes-vous pas venu me trouver après le spectacle?
LE MARQUIS
J'étais •& habit de voyage, et d'ailleurs je ne voulais pas
mêler mon compliment aux compliments de tout le monde. Mais ce malin, ma première pensée, ma première visite ont été pour vous! Que je vous remercie de m avoir pris pour compagnon de votre promenade ! Je craigftais do vous trouver si occupé...
r LE MAESTRO.
Oh ! il n\ a pas d'occupation qui tienne! Je viens ici tous les jours. C’est si près de la ville, d'ailleurs! {Un ump» bien marque. ) Vous me disiez donc que vous avez été content aussi de la débutante?
LE MARQUIS, avec un* certaine exaltation.
La CorsariT Ah! mon ami! J'en suis charmé, trop charmé,
peut-être !
Alt bah?
LE MAESTRO
LE MARQUIS
Vous savez bien que j'ai la tête vive : vous ine l'avez souvent reproché. Eh bien, celte fois, me blâmez-vous de trouver que le talent et ht voix de ht Corcari sont les plus pénétrants, les plus sympathiques qu’il y ail au inonde 1 Suis-je fou de ‘Bavoir pas doruti de la nuit?
LE MAESTRO
Ma foi, non ! Je suis fier d’elle. C’est mon élève.
On me l’a dit a Venise.
LE MAESTRO
• Parle-t-on déjà un peu d'elle à Venise î 11 n’y a pas plus d'un mois qu'elle est au théâtre.
LE MARQUIS
Encore un mois, et l'on en parlera dans toute l’Italie, n’en doutez pas. C'est un talent vrai, une destinée sûre.