SCÈNE VI
NINA, LE MAESTRO, CAMILLE CORSARI. Ils entrent
par lu gauche ; Camille est mise avec uue simplicité extrême
LE MAESTRO
LU bien ? où csi-il donc passé, mon marquis *
NINA
Ali ! ma foi, Flora la déjà déniché. Voyez ! elle l’emmène au jardin !
CAMILLE
Eli bien? qu'cst-ce que ça fait, bonne sœur! le marquis est un homme de bonne compagnie, et puisque le maître noirs dit que nous pouvons agir avec lui comme avec un ami...
LE MAESTRO, prenunt le bras de Camille.
Oui, oui l Allons les rejoindre.
NINA, travaillant toujours.
Pourvu que ça ne la mette pas de mauvaise humeur pour toute la journée!
LE MAESTRO, s'arrêtant.
Pourquoi donc ça?
NINA
Parce que votre marquis lui en conte déjà. 11 lui parlait avec (eu quand je suis entrée; il lui baisait la main, et crac! clic a tourné les talons, comme clic fait toujours, quand ou dérange ses coquetteries!
LE MAESTRO
Ah ça, elle est donc toujours d'une coquetterie v." ' !c, la
petite sœur? (A Camille.) Tu médisais quo ça sc corrigeait! son fiasco sur la scène aurait dû pourtant lui prouver que la beauté sa.nj le talent...
NINA
liait! elle dit quo le talent sans Ta beauté est moins encore.
LE MAESTRO, piqué, sc retournant ver» CuniUe. Prétcnd-cIIc que sa sœur soit laide.*
Elle prétend être plus belle cl se dédommager dans le monde des succès que Cainillo lui enlève au théâtre.
LE MAESTRO
bans quel momie ? Sc croit-elle une grande dame, par basardT NINA.
Les grands seigneurs lui fout croire quelle est quoique chose !
LE MAESTRO
Qui ça?
NINA
Tous ceux qui viennent flâner dans les coulisses.
LE MAESTRO
Dilcs-moi, avez vous remarqué que le prince de Valdimomé s'occupât d'elle?
Oh! celui-là ne lui dit rien de trop.
LE MAESTRO
Faites-y allcnlion, à ce fameux ami de l'art qui n’entend rien à la musique! À ce protecteur désintéressé des cantatrices, dont Tunique passion est de compromettre celles qui sont encore pures, et dont tout le système consiste i ne leur inspirer
aucune méfiance! si Flora l'écoutait
NINA
Elle n’écoute personne, mais elle sc vante de charmer tout le monde !
LE MAESTRO
Eh bien, moi... je finirai par lui dire, à celte péronnelle...
CAMILLE
Ah ! mon ami, n'cst-ce (tas son droit de sc consoler un peu, j par scs charmes, des froideurs du public pour son talent?
LE MAESTRO
Son talent! Comme si elle en avait!
CAMILLE
I Raison de plus pour ne pas lui reprocher les innocentes compensations de la coquetterie.
LE MAESTRO
Tiens, Camille, tu la gâtes, que c'est ridicule!
NINA
I Oh ! oui, par exemple !
CAMILLE
Parle donc, toi, gâteuse d’enfants, qui nous a élevées toutes | deux, avec quelle douceur, quelle tendresse, quelle patience 1
NINA, pleurant.
Toi... tu m'en as récompensée!... Mais elle! elle me fera mourir de colère et de chagrin !
LE MAESTRO
Allons, allons ! la soeur aînée ! ne vous montez pas la tête, à présent! Elle se corrigera... nous la corrigerons, que diable! 11 ne faut pas pleurer comme ça à tout propos ! Ça peut faire du inal à Camille, vos petites querelles d'intérieur. Songez qu'elle chante pour le public, ù présent, et qu'il ne faut pas qu'une cantatrice ail dos émotions en dehors du théâtre.
NINA, essayant *c» yeux.
C'est vrai... Mais si vous saviez de quoi Flora nous menace !
Eh bien, qu’e«t-cc qu’il y a? Me cache-t-on quelque chose ici? Je veux tout savoir, moi!
NINA s’est levée.
I Non, rien, des enfantillages ! Elle ne pense pas à ce quelle i dit!
LE MAESTRO
Si fait! Il y a quelque chose... que tu me diras, loi... Mais, pour le moment... (se retournant vers Camille } allons donc rejoindre mon marquis. 11 paraît nous avoir oubliés.
CAMILLE
Rieu ne presse, maître.
LE MAESTRO
Pourquoi donc? Je suis pressé, moi, de le présenter uu de I mes meilleurs amis, un homme dont je fais le plus grand cas, et dont je l ai souvent parlé.
CAMILLE
Eh mon Dieu! est-il convenable que je montre plus d’impalicnce qu'il n’eu fait voir lui-mémc?...
(Nina a fait des signes au Maestro pour l'engager h persister dans son intention d’aller au jardin. Camille s’interrompt en vojunl ces signes.)
LE DEMON ÏMi rUY ED.
Allons, allons ? je comprend)» que la Florine commence à trop prendre sa volée 1
CAMILLE
Eh non, maître! c'est une enfant!
LE MAESTRO
Tu la vois à travers loi-même... Et moi, je me méfie de sa légèreté... Je n entends pas quelle s'émancipe comme çal Ça n’est pas à cause d'elle, je m’en moque.
Oh ! mon ami!
CAMILLE
LE MAESTRO, fiché.
Oui, je m’en moque! Mais c'est & cause de toi. Je ne veux pas que Camille ait une soeur qui se conduise mal sous ses yeux... ça retomberait sur toi... et sur Nina! N'cst-ce pas, Nina? Allons, parle, qu’est -ce qu'il y a de nouveau?
CAMILLE, qui a passé près de Nina.
Non, non, pas encore. Tu sais comme il la gronde quelquefois...
NINA, au Maestro.
Un autre jour ! Ce n’est peut être pas ce que je m’imaginais.
LE MAESTRO
Aller toutes les trois au diable! Ah ! les fpmmcs! J’aimerais autant me faire un archet d’une toile d araignée que de compter sur un brin de franchise ou de raison de leur part!
CAMILLE, triste et tendre.
Allons!... voilà que vous vous fâchez contre moi, à présent !
LE MAESTRO
Et loi, voilà que tu as les yeux pleins de larmes! (Test ça, lettre, je te le conseille! Serre-toi le gosier, éraille-toi la voix... S'il n’y a pas de quoi se damner!...