NINA, LE MAESTRO. CAMILLE, FLORA
LE MARQUIS
LE MAESTRO
Allons donc, marquis, que devenez -vous?
LE MARQUIS
Mais, rien... (d part) pas même amoureux. (/< salue Camille. Signera ..
LE MAESTRO, bas au marquis.
Ne lui dites-vous rien?
LE MARQUIS, de même.
Ah! c'est l'autre!... Je ne sais que lui dire!... (Haut.) Signora, j’ai eu le plaisir de vous entendre hier... vous avez votre part... vous contribuez certainement au grand succès du chef-d'œuvre.. .
LE MAESTRO, à part.
Que diable lui chanlo-t-il là?
CAMILLE, avec sincérité.
Epargnez-moi les conif liment» d’usage, monsieur le marquis. Quand on parle d : l’œuvre du maître, les artistes ne comptent guère, et rougissent presque d’ôtre cités après lui.
LE MARQUIS
Vous êtes extrêmement modeste, sipnora. C’est une rare qualité... tà part) que n’a pas sa sœur! (Au Maestro, montrant Camille.) Eli bien, sa figure cl «a voix sont très-sympathique. File a l’air d'une bonne fille.
LE MAESTRO, à part.
Une bonne fille! une bonne fille! Ah çà, mais...
CAMILLE
Vous allez nous faire le plaisir de prendre le chocolat avec ' nous, n’cst-ce pas, monsieur le marquis?
NINA
Ah! oui, par exemple! C’est moi qui le fais, et le Maestro j peut vous en donner des nouvelles. Je vais le servir.
(Elle sort.)
FLORA
Apportez-le • i, la salle à manger est si petite et si laide!...
LE MAF.STRO, pHidunt que Nina sort par la gauche el que Flora •'étend nonchalamment sur la causeuse.
Bah ! qu est-ce que ça fait au marquis que la salle àmangn ne soit pas belle ! Il sait bien que vous ne gagnez pas encore trente mille francs par saison !
FLORA, nu marquis, qui parait rêveur.
Est-ce que vous ôtes triste, marquis?
LE MARQUIS, se réveillant Triste, moi? pourquoi donc?
. (Il s'approcha d'elle '
FLORA
Alors, vous êtes gai. Tant mieux; car je ne puis souffrir laréflexion et la mélancolie. Je voudrais voir tout en rose, vivre de rêves et d'illusions!...
LE MARQUIS
Moi aussi. Malheureusement, toutes choses ne s'arrangent pas au gré de notre fantaisie, el l'esprit le plus riant voit ses illusions lui échapper...
FLORA, baissant la voix» (Lé Maestro qui l'observe va doucement placer derrière la causeuse pour écouter. Pendant c« temps. Camille essuie les tasses avec soin el prépare la table.)
On dirait que c’est à cause de moi que celte idée voua vient ! Tenez, vous êtes soucieux, convenez-en ! Est-ce que j’ai dit quelque chose, dans le jardin, qui vous ait attristé?
LE MARQUIS
Oui, plusieurs choses qui m’ont étonné au point que...
LE MAESTRO
Elle a dil dire mille sottises!
FLORA
Ah ! vous nous écoutiez ?
LE MAESTRO
Eh bien, pourquoi pas? avez vous des secrets à lui confier?
LE MARQUIS, étonné.
Oh! non, certes ! Lasignora prétendait qu’elle n’aimait pas énormément la musique et voulait me faire dire que je n’y tenais pas non plus. Quelle me pardonne ma franchise, mais j’ai cru voir là une affectation...
Ma foi, non ! Elle vous a dit ce qu’elle pense. Elle n’aimeque le caquetage et les chiffons.
LE MARQUIS, stupéfait Ah! vraiment! est-ce possible?
(Flora s’évente avec dédain.)
LE MAESTRO, apercevant Camille qui met le couvert Eh bien. quVst-cc que tu fais doac là, toi?
CAMILLE
Je suis sûre que vous avez faim, el je me dépêche..
LE MAESTRO, lui étant la serviette des main».
Tu sais que je ne veux plus que tu t’occupes du ménage. C’était bon avant le succès, tout ça! on pouvait douter de l’avenir, et se tenir prêle à rentrer modestement dans la médiocrité. Mais à présent, ces soins-là ne lo conviennent plus. Estce que tu en as le temps? est-ce que ces mains-là sont faites pour esanver la vaisselle !