MESDAMES
J’ai voulu vous dédier cet ouvrage parce que , dès long-temps animé du désir d’ètre utile à la plus intéressante portion de l’espèce humaine, je ne pouvais mieux atteindre mon but qu’en vous entretenant d’une des choses les plus essentielles à votre ornement, et surtout à votre santé, sans laquelle toutes les grâces se flétrissent et toutes les prérogatives de la beauté se changent en infirmités repoussantes , en dégoûts de tous lesinstans, en mélancolie permanente : il s’agit du soin de votre BOUCHE , DE l’entretien ET DE LA CONSERN A T ION DE VOS DENTS.
Ce n’est point pour vous que j’écris, femmes qui affectez de l’insouciance , afin de vous dispenser d’applaudir à ce qui peut relever les charmes de vos semblables, et poussez le ridicule jusqu’à blâmer le soin même que l’on prend de conserver la beauté en cachant, par les moyens de l’art, quelques défectuosités physiques ; parce que , incapables d’en apprécier les ressources, vous semblez dédaigner un des plus brillans attributs de votre sexe. J’ambitionnerais donc en vain votre approbation comme une récompense de mes veilles.
Ce n’est point pour vous que j’écris, prudes chagrines et moroses qui me feriez, pour ainsi dire , un crime d’avoir employé quelques expressions indispensables que vous appellerez inconvenantes, et peut-être trop fortes, lorsque, entraîné par l’attrayante idée cl’opérer
quelque bien, je peins avec vigueur et vérité les dangers qui résultent d’une négligence funeste dans les soins journaliers que je recommande.
Mais c’est ii vous que je m’adresse , femmes aimables, sensées, spirituelles et jolies; vous , le plus parfait ouvrage de la nature , qui préférez la beauté , ce don précieux du ciel , à tout autre avantage, et savez l’entretenir avec autant de soin que les vestales entretenaient le feu sacré.
C’est cà vous que j’indique, avec certitude d’en être écouté, les ressources de mon art , femmes aimantes et sensibles aux délices d’une tendre union , parce que votre cœur s’épanouissant à tous les sentimens durables , vous faites tout pour plaire à l’objet de vos fidèles amours, et ne songez «à conserver \os
charmes que pour prolonger ses plus pures jouissances et les vôtres.
Vous toutes à qui j’ose recommander la lecture de cet opuscule , qui n’a de prix à mes yeux que par l’espoir de vous en voir profiter , pénétrez-vous bien de cette vérité :
La beauté en général n’est que la Heur de la santé.
Les femmes ont cependant une toute autre destination, dit M. Boudier de Villeinert, avec beaucoup de raison; elles sont créées pour une fin plus noble que celle d’offrir un vain spectacle; leurs charmes ne sont que l’annonce d’autres qualités plus touchantes : les réduire à la beauté c’est les mettre presque de niveau avec leurs tableaux. « Mais il faut aux femmes plus que de la beauté
pour faire trouver dans leur commerce tous les avantages qu’on est en droit d’en attendre. Il n’en est déjà que trop parmi elles qui, contentes de ce partage, semblent avoir renoncé à tout autre qu’à celui de charmer les sens *. »
Il faut avant tout que leurs dents , quoique belles, pour remplir leur destination , soient saines. La plus belle bouche, dégarnie de ses dents, perd bientôt toutes ses formes gracieuses. Les joues que ces osselets soutiennent, s’affaissent et se creusent; les lèvres perdent leur fermeté et leur relief; le menton s’allonge et se ride; tous les traits s’altèrent. La voix aussi se ressent de l’absence des dents, et la prononciation , que facilite si bien ce rempart naturel, en modérant le j eu de la langue et eu tempérant ses
L‘ Ami îles Femmes , page 8 .
mouvemens, devient gênée et déplaisante; la salive , qui n’a plus de digues pour la contenir, s’échappe et produit des désagréniens qu’on supporte à peine chez les vieillards.
Quoi de plus ravissant qu’une belle bouche , lorsque , s’entr’ouvrant avec une grâce inexprimable, elle sert d’organe à la volupté, qui semble s’en échapper pour s’emparer de tous les sens !
La se module un son plein de douceur,
La sont formés des accens enchanteurs ,
Mots emmiellés , paroles engageantes ,
Appâts des sens et délices des cœurs :
C’est encore la, qu’ennemi des langueurs. S’épanouit le fin et doux sourire :
Tout s’embellit au charme qu’il inspire.
Watelet , traduction d’Ariostc.
Je citerai encore ce qu’on trouve à ce sujet dans la charmante Encyclopédie de la beauté : « Les autres charmes
sont purement matériels; une jolie bouche a quelque chose de divin; elle est l’interprète des âmes , la confidente des cœurs; elle seule peut faire l’aveu d’un tendre amour, en recevoir les hommages , en donner les preuves les plus délicieuses !
« C’est encore sur la bouche que se forme l’aimable sourire. Le sourire est un des charmes les plus puissans des belles. C’est leur langage le plus expressif; langage muet qui dit tant de choses!
« Le dessin exact et précis de la lèvre supérieure a fourni aux peintres et aux sculpteurs de l’antiquité le dessin de l’arc du fils de Vénus , dessin qui a passé jusqu’à nous. La bouche d’une jolie femme n’est-elle pas en effet l’arme la plus puissante de ce dieu malin qui , comme le disait une dame de beaucoup
d’esprit , sait soumettre le sexe le plus fort à l’empire du plus faible ? Oui , la bouche est véritablement l’arc de l’amour; et de tous les traits que décoche cet être divin , le sourire n’est-il pas le plus pénétrant ? »
Puisse, mesdames, ce petit ouvrage , servir à vous convaincre de tous les avantages de la beauté , des devoirs qu’elle impose et des soins auxquels elle assujettit, précisément parce qu’elle est l’indice de toutes les perfections. Eh ! comment sans ces perfections la beauté pourrait - elle exister , puisqu’elles sont un de ses premiers, comme un de ses plus utiles attributs ?
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Beautés que la nature enfanta pour sa gloire ,
Sans ce bel ornement Je corail et d’ivoire ,
Où folâtrent les jeux , le plaisir et l’amour , Charmeriez-vous les yeux et les cœurs tour à tour ? Ces perles , qu’arrangea dans une bouche aimable Le petit dieu malin qui commande en vainqueur , Trouveront dans mon art un secours favorable,
Si jamais quelque tache en ternit la blancheur.
On a beaucoup écrit sur le chapitre des Dents , soit comme ornement naturel inséparable de la beauté, soit comme premier instrument de notre entretien nourricier.
Mais ce n’est point avec des ouvrages volumineux qu’on peut réveiller l’attention des hommes sur un de leurs plus précieux avantages , tandis que , pour le conserver , ils
montrent une indifférence inconcevable. Cependant, cet objet intéresse à la fois la propreté', la santé', le repos qu’on n’obtient que par l’absence de la douleur et les soins les plus assidus.
On ne saurait donc y revenir trop souvent. Mais ceux qui , par e'tat , s’en occupent avec le de'sir ardent d’étre utiles à l’humanité, doivent , en traitant ce sujet , être brefs et concis , pour ne pas courir le risque d’effrayer la paresse de ceux qui ont le plus besoin d’instruction à cet égard, et d’étre, presque à leur insu, bien guidés dans ce qu’ils veulent faire. On ne s’est point, je le pense , encore accordé sur ce qui constitue véritablement la beauté. Les diverses manières de voir et de sentir doivent en rendre la définition exacte très difficile à donner. Toutes les parties qui composent le visage varient à l’infini dans leurs formes : ce qui empêche de croire qu’on ait encore pu clairement expliquer , définir et décrire comment leur assemblage produit ce qu’on est convenu d’appeler une belle ou une
laide figure ; de sorte qu’on serait presque tente de dire que la beauté n’est proprement regardée, déterminée comme telle, que par une sorte de convention générale tacite, mais vague, selon les divers climats ; car un front étroit, de grosses lèvres, un nez épaté , qui sont chez les Africains, dont presque tous ont de la laine à la place de cheveux , des signes de beauté , sont chez nous des signes de laideur. Mais les dents, chez tous les peuples de la terre , sont réputées belles , lorsqu’elles sont blanches, bien rangées, complètes et solides. Leur beauté, dans tous les pays , n est point une affaire de convenance, d’opinion , de caprices ou de coquetterie.
La nature, lorsqu’elle les fait belles, a pris partout le meme soin de les enchâsser dans des gencives couleur de rose; et le vermillon des lèvres, chez la plus grande partie des individus, en rehausse, en fait ressortir encore la blancheur.
Non-seulement elles sont un ornement,
mais encore un instrument de la sanie. La plupart des hommes semblent pourtant ignorer cette incontestable vérité' !
Cependant, en y apportant la plus légère attention , ils se convaincraient que les dents sont absolument necessaires à l’entretien de l’économie animale, puisqu’elles sont destinées il l’une de nos principales fonctions. On n attache pas assez d’importance aux trente-deux instrumens solides qui forment ce que j appelle , quoiqu’on puisse en dire , le moulin de la vie. Combien de dents rompues par des imprudences ! On s’amuse à casser jusqu’à des noyaux de pèches avec les dents * ; et l’on