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USAGES RELATIFS AUX DIVERSES CIRCONSTANCES DE LA VIE

Le Mariage, ses préliminaires, les fétes de sa célébration, sont la grande affaire des jeunes gens et surtout des jeunes filles. Aussi, nombreux sont les présages qui indiquent à une jeune fille quand elle se mariera et quel sera son époux. Une épingle jetée dans la fontaine, près de la chapelle Sainte-Sabine annonce, si elle surnage, que celle qui l’a jetée sera mariée dans l’année. Cette consultation ne peut se faire que le jour du pèlerinage de sainte Sabine, le 29 août; mais, en tout temps, les jeunes filles peuvent adresser leurs prières pour savoir si elles seront bientôt mariées, à une Vierge en bois que l’on regarde comme très ancienne et qui se trouve dans une grotte, au pied d’une roche élevée, dans un bois, au lieu dit Hangochet, commune de Plainfaing.

Si, dans un repas, un jeune homme se trouve placé entre deux sœurs, ou une jeune fille entre deux frères, c’est signe que l’un ou l’autre se mariera dans l’année. Sera également mariée dans le même temps la jeunc fille qui met la première épingle à la couronne de la mariée.

Pour connaître le nom de celui qu’elle épousera, elle doit manger en se couchant, la veille de la saint André, une pomme qui aura été placée à son insu dans sa poche ou dans son sac à ouvrage et dire trois fois, avant de s'endormir :

Saint-André, faites-moi voir Celui que je dois avoir.

Son futur mari lui apparaîtra en songe.

Un vieil usage partiellement conservé vient en aide aux amoureux timides qui n’osent pas déclarer leurs sentiments. Le premier dimanche de carèême s’appelait autrefois le dimanche des Brandons ou des Bures. À Epinal, à Saint-Dié et dans beaucoup d’autres lieux, la jeunesse dansait ce jour-là autour d’un immense feu de joie appelé bure et l’assistance proclamait les valentins et valentines par cette interrogation : « Qui dône ? Qui dône ? à M. X... » et cette réponse: « Je dône, je dône Mlle Y... ». Les couples ainsi désignés devaient se donner le bras et se mèler aux danses. On appelait féchenots et f6chenottes, valentins et valentines les jeunes garçons et les jeunes filles ainsi désignés. A Epinal, l’usage était qu’ils échangeassent

comme cadeaux des menus objets de toilette et que le dimanche suivant ils se rendissent au bois de saint Antoine et montassent sur la Pierre danserosse pour y danser et prendre part à un goûter champêtre (1).

Là où des bures n'étaient pas allumées, on se contentait de crier les valentins et valentines devant leur demeure. Un arrêt de la Cour du Parlement de Lorraine, enregistré au greffe de l'Hôtel de Ville d'Epinal, le 13 mars 1776 porte défense de crier ou faire crier, donner ou faire donner, de jour ou de nuit, le premier dimanche de carème, ou autre jour de la semaine, ce qu’on appelle communément des valentins.

Un siècle auparavant, le feu de la bure, loin d’être interdit, était une cérémonie officielle à laquelle présidait l’autorité munici-

pale. Nous voyons, en effet, dans l’Inventaire des Archives d’Epinal (2) que le 1° mars 1694, le maire se plaint de ce que les officiers de l’'Hôtel-de-Ville ne se sont pas rendus au dit Hôtel, à six heures du sir, comme ils y ont été convoqués, pour marcher en corps jusque sur la place et y présider la cérémonie accoutumée (mettre le feu à la

(1) CARTON. Les Vosges pittoresques, p. 70.— Louis Ricuarp. Traditions populaires, ?* édition, p. 61:

PT. II, p. 80:

bure). Malgré les injonctions de l’autorité et Ja disparition des anciennes mœurs, l’usage des valentins a persisté dans un graud nombre de localités et, il y a une vingtaine d’années, il subsistait encore à Epinal.

L'usage de donner un charivari ou {ocsin aux veufs ou veuves qui se remarient trop précipitamment, ou aux vieillards qui épousent des jeunes filles, s'est conservé malgré l’article 479 du Code pénal.

Nous ne pouvons entrer dans tous les détails des usages particuliers à certains villages relativement aux demandes en mariage et aux cérémonies de la célébration ; citons seulement quelques coutumes propres à la commune de La Bresse : les jeunes filles conduisent la future mariée, huit jours avant la célébration de son hymen, devant l’autel de la Sainte Vierge et y chantent des cantiques. La veille du jour fixé pour la célébration du mariage, la mère et la marraine, et à leur défaut, les deux plus proches parents de la jeune future vont conduire sur un cher, ses effets et ses meubles au domicile du futur et y préparent le lit nuptial qu'on avait autrefois la coutume de bénir ce jour-là. Quand le prètre a béni l’anneau nuptial, la sœur du marié ou une de ses jeunes parentes le reçoit des mains de celui-ci, passe un large ruban noir au travers et l’attache avec un gros nœud au doigt de la mariée en lui disant : « Je vous donne cet anneau au nom de mon frère, souvenez-vous, ma chère sœur, que vous lui devez amour et fidélité. » La jeune épouse doit conserver le nœud de ruban noir, qu’on accorde aussi aux veuves qui se remarient, jusqu'après l’offrande de la messe paroissiale du dimanche qui suit la célébration de son mariage, à laquelle elle est conduite par sa belle-mère.

Partout, les noces sont l’occasion de grandes bombances et de dépenses considérables ; à la campagne, principalement, elles comprennent un grand nombre d'invités et durent plusieurs jours. I ne s’agit pas seulement de se réjouir, mais d’éblouir ses voisins ou de faire montre de sa fortune et de ses ressources, au risque de les amoindrir. Songeons aussi à la vie dure et laborieuse de la plupart de nos paysans Vosgiens et nous trouverons tout naturel qu’à de rares intervalles, aux fêtes et aux noces, ils aiment à s’asseoir devant une table largement garnie de victuailles et de vin, et à oublier la sobriété de leurs repas habituels.

La naissance d’un enfant donne lieu à des réjouissances plus modestes et plus intimes; le baptème est toujours suivi d’une distribution de dragées et d’un repas de famille. On a décrit cent fois le cortège du baptême qui est le même, à peu près, dans les Vosges que

partout ailleurs : derrière le parrain et la marraine se presse une foule de gamins prêts à s’élancer sur les dragées qu’on leur jette, ou sur Îles sous qu’un parrain généreux leur lance à la volée.

La première fois qu’une nouvelle accouchée sort de la maison, elle se rend à l’église pour recevoir la bénédiction des relevailles. La sage-femme qui l'accompagne porte un gâteau que le prêtre bénit et qui est partagé entre les personnes de la famille et les voisins. Si la jeune mère mange de ce gâteau, elle aura un autre enfant dans l’année. Un homme ne doit pas se permettre d’entrer dans la chambre d’une femme avant les trois jours qui suivent l'accouchement, autrement la personne qui garde l’accouchée lui prendrait son chapeau et le jetterait sous le lit.

À Gerbamont et à Cornimont, on croit que l’enfant qui naît entre onze heures et minuit est exposé à être malheureux et à devenir un mauvais sujet ; celui qui vient au monde le jour du vendredi saint sera toujours pauvre el misérable.

Quand un enfant est présenté pour la première fois dans une maison, on lui donne des œufs, cela lui portera bonheur.

Il ne faut pas prendre pour marraine une femme enceinte : ‘ellemême ou l'enfant qu’elle porte mourra dans l’année.

Quelques personnes vouent à la Vierge un enfant malingre qu’elles craignent de perdre. L’accomplissement de ce vœu consiste à le tenir constamment vêtu de blanc ou quelquefois de bleu pendant un certain nombre d’années. C’est un reste de superstition païenne qui subsiste sous une forme chrétienne. Les prénoms donnés aux jeunes enfants sont ceux des aïeuls et autres parents, et souvent le nom du patron de la paroisse. C’est ainsi que les prénoms d’Evre, Gorgon, Nabord, se perpétuent dans les familles.

La mort d'un membre de la famille est annoncée par de nombreux présages. C'est un chien perdu qui vient aboyer près de la maison» ou bien le craquement des meubles dans le silence de la nuit. Ce dernier bruit est attribué aussi à une âme qui souffre dans le purgatoire et qui demande des prières. On croit à Cornimont que quand un pot bout sur le feu sans qu’il y ait rien autre chose que de l’eau, les âmes du purgatoire viennent s’y plonger; aussi, pour leur épargner des souffrances, s’empresse-t-on de retirer ce vase du feu. Comme partout, les chouettes et autres nocturnes sont des oiseaux de mauvais présage ; ils partagent cette réputation avec l’atropos ou papillon à tête de mort que la culture de la pomme de terre a propagé dans le département. Dès qu’une personne de la maison est morte, il

est d’usage à La Bresse d’arrèter les pendules et les horloges, et de couvrir les glaces d'un voile. A Plainfaing, on jetie l’eau qui se trouve dans les vases, de peur que l’âme du défunt ne vienne s’y noyer. Dans ce mème village, ainsi qu’à La Bresse, à Saulxures, à Haillainville, une personne de la maison prend une poignée de paille de la paillasse du défunt, va la brûler à l’embranchement de plusieurs chemins et reste à genoux jusqu’à ce que toute cette paille soit consumée.

On doit annoncer aux abeilles le malheur qui atteint la famille et leur faire porter le deuil en recouvrant leurs ruches d’un morceau d’étoffe noir.

Un grand nombre de parents, d'amis, de voisins, viennent pour veiller le mort. On leur offre du vin, de l'eau-de-vie, avec du pain grillé, et, souvent, il faut le reconnaitre, sous l'influence de ces hoissons, l’assemblée s’écarte du respect et de la décence qui sont commandés en pareille circonstance.

Au retour de l'enterrement, les personnes qui sont venues y assister, des fermes, des hameaux et villages voisins, sont conviées à un repas avec les parents; quelquefois plus de cent personnes y prennent part. Si la maison mortuaire est située loin du centre du village, ce repas a lieu dans une auberge, aux environs de l’église et, comme dans toutes les réunions campagnardes, les conversations bruyantes et gaies ne tardent pas à s'engager, si bien que souvent on ne saurait dire si c’est à un festin de noces que l’on assiste ou à un banquet de funérailles, Ne voyons pas là une offense quelconque pour le mort ou sa famille ; il n’est pas rare, en effet, qu’un mourant se préoccupe de ce repas qui suivra son enterrement et pousse à ce sujet le soin jusqu’à en indiquer le menu et dire quelles personnes devront ètre invitées. C’est que la mort à la campagne n’a pas le caractère abso- Jument lugubre qu’elle revêt à la ville. Buffon l'avait déjà remarqué : « Les terribles alarmes que cause la frayeur de la mort semblent n'être faites que pour des personnes élevées et devenues par leur éducation plus sensibles que les autres, car le commun des hommes, surtout ceux de la campagne, voient la mort sans effroi. »

La terreur des revenants a complétement disparu, mais le culte des morts est partout fidèlement observé. Quand le cimetière entoure l'église, les parents, en allant à la messe ou en sortant, disent une prière sur les tombes de la famille. Quarante jours après le décès on fait célébrer un service religieux pour le repos de l’âme du défunt, ee service est renouvelé au bout de l’année,

Les fondations pour assurer la perpétuité de services religieux pour les morts sont très nombreuses, principalement dans les grosses paroisses de la montagne.

Les règles du deuil ne sont plus guère fidèlement observées que par les femmes ; le deuil d’un époux se porte deux ans, celui des père et mère, un an et six semaines; d’un oncle ou d’un frère, six mois.

L'usage n’impose pas aux père et mère l'obligation de porter le deuil de leurs enfants, mais il n’est guère de mère qui ne tienne à donner ce dernier témoignage d’affection à celui qu’elle pleure.

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