QUAI MALAQUAIS
CIIAPITIU: IMîl^MIKP.
l'ohcanisation du dkpautemenf.
le régime révolutionnaire et le clur jacorin
(avril 1793),
En exposant les origines et les destinées aussi troublées qu'éphémères de la République Rauraeienne, nous avons analysé l'influence progressive de la Révolution sur un peuple encore indépendant. Les anciens sujets desprinces-évêques de Baie ont pu facilement appliquer le principe nouveau d' « égalité politique », puisque les privilégiés leur ont eux-mêmes cédé la place, et ils se sont efl'orcés de régénérer leur patrie par la « souveraineté du peuple ». Ils ont tourné leurs regards vers la grande nation qui les avait quelque peu enfantés à la liberté, et ils lui ont demandé avec naïve confiance le bienfait de l'éducation civique ; mais c'était pour assumer à leur tour le gouvernement de leur pays et nullement pour renoncera toute vie nationale dans le sein de la puissante République.
L'annexion violente détruisit ces espérances. Les rau- Caractères âv
riiistoirc (in
raciens ne furent plus que les administrés du plus petit Mont-Terriiiic. département français, et durent se plier à des lois qui violaient sans ménagements leur mentalité particulière.
CIIAPITHE PREMIFH
Paris leur envoya des représentants qui les .( mirent au pas » de la Hévolution, et leur imposa des fonctionnaires qui ne purent qu'employer u la terreur » contre leurs traditions persistantes, obstacles au nivellement jacobin. L'bistoire que nous étudions se rattache donc désormais à celle de la Révolution française : elle est la monographie d'un de ses départements, du plus ignoré, mais non du plus insignifiant. D'une part, en effet, l'exiguïté du Mont-Terrible (et la richesse des archives de la Tour des Prisons) (1) nous ont permis d'en retracer l'organisation et le développement dans un tableau complet, encore que peu étendu ; de l'autre, l'importance de sa situation internationale, la lutte acharnée de la population contre un régime qu'on lui a imposé et l'âpre rivalité des partis, anciens ou nouveaux, laissent un intérêt tout particulier à l'histoire d'un peuple qui venait de montrer, dans l'indépendance, une si profonde vitalité.
Nouvelles Le premier effet de l'annexion fut de briser les cadres
divisions ad- ^
ministratives . historiques de l'ancienne principauté, de supprimer les bailliages qui la fragmentaient comme nos provinces fragmentaient la France. Les difïérences de coutumes, de religion, de langage, pas plus que les barrières monta-
(1) Tour de Berne où les archives de l'ancien évêché de Bâle, de la République Rauracienne et du département du Mont-Terrible ont été transportées en 1899.
L OIIGANISATION DU DEl'ARTKMENT ô
gueuses élevées |)ai- la nature, ne pouvaient entrer en liizne de compte devant les exigences de l'adnfiinistration révolnlionnaire. Si Ton avait créé d'ailleurs, dans ce département de (juarante mille i^mes et d'environ trois mille kilomètres carrés, autant de districts que d'anciens bailliages, chacun d'eux aurait eu à peine la population d'un canton normal. L'x\joie fut donc réunie à la prévôté de Saint-Ursanne et aux P'ranches-Montagnes pour former le district de Porrentruy ; la vallée de la Sorne à celle de la Birse pour former le district de Delémont. Le premier de ces districts fut divisé en huit cantons (1) et cinquantehuit communes ; le second, en cinq cantons (2) et quarante-quatre communes (3).
D'après l'arrêté des commissaires de la Convention, Laurent, Monnotet Ritter, cette organisation n'était que provisoire, attendu que la prévôté de Moutiers-Grand-Val devait être bientôt rattachée au département. Elle resta cependant intacte jusqu'en 1798: à cette époque, grâce à l'annexion de la prévôté, du Val-de-Saint-lmier, de Neuveville, de Bienne et du Montbéliard, les cantons purent être remaniés de façon à correspondre à peu près aux bailliages d'ancien régime, et les deux districts doublèrent d'étendue (4).
(1) Porrenlruy, Cornol, Chevenez, Cœuve, Saint-Ursanne, Epauvillers, Saint-Braix, Saignelégier.
(2) Delémont, Vique, Glovelicr, LaufTon, Reinach.
(3) Voir notre Tableau des communes et Arch. Nat., DIV bis 39, n° 633.
(4) En 1800, ils devinrent les troisièm'î et quatrième arrondissements du département du Haut-Rhin.
4 r.îîAPITHF PREMIER
La population. Ouantà la populaliûii du Mont-Terrible, elle fut essentiellement flottante, la frontière s'oflVantà souhait à ceux qui voulaient échapper aux lois terroristes et surtout aux réquisitions militaires. Si nous nous en tenons au recensement cle l'an VJ (le premier qui ait donné des résultats dignes de foi) (1), le district de Porrentruy comptait 23.050 habitants, et celui de Delémont 16.725, soit une quarantaine de milliers d'habitants pour les territoires primitivement annexés (2). Les cantons possédaient une moyenne de trois mille âmes, mais variaient de 877 (Epauvillers) à 4.906 (Reinach). Les communes étaient des villages de moins de quatre cents habitants, exceptions faites pour dix-sept bourgs qui dépassaient cinq cents, et pour les deux villes de Delémont (1 .062) et de Porrentruy (2.032). Cette statistique fait déjà prévoir les résistances qu'opposeront à la centralisation ces étroites « communautés » d'agriculteurs et de fermiers, et va nous permettre en outre d'apprécier les élections successives qui renouvelleront les autorités révolutionnaires. Les droits La République Rauracienne avait été pleinement « dé-
électoraux :
(1) Les recensomonts de 1793, 1794 et 1797 semblent indiquer un accroissement constant dans la population : pour le district de Delémont, par exemple, ils nous donnent les chiffres de 15.161, 15.694 et 16.721). Or ce district fut particulièrement ravagé par l'émigration, et la natalité n'y atteignait pas 300 âmes par année normale (280 en 1792).
C'est seulement en 1797 que l'administration fit numéroter les maisons pour éviter les oublis plus ou moins volontaires {Bui^eau du commissaire central^ n" 35).
(2) r^a population moyenne de nos déparlements dépassait 300.000.
l'organisation du DÎiPAnTKMENT 5
mocratiaiic », en ce sens (ineles membres de ses nssem- L'absinntionis-
' ' ' iiMî et la
blées, élus i);u- lous les citoyens, éLai(;nl de vérilables j-e- <aii.ii.iat;:ru présenlanls du pcu[)I(i. La Ué|)ubli([ue Française l'élait aussi en principe, surtout depuis le décret du 1 1 décenibie 1792 ({ui avait proclamé le sulï'rai^e universel : mais cela irempcclia point les liauraciens de tomber de la liberté dans la plus absolue des tyrannies. Ils furent en cHct soumis à des lois au vote desquelles nul d'entre eux n'avait participé ; de plus, ils devinrent français juste à l'époque où la Convention nationale invoqua les intérOts supérieurs de la patrie et de la République pour suspendre les garanties constitutionnelles et imposer au pays la dictature lévolutionnaire. Tribunaux d'exception, comités de surveillance, Comité de Salut-Public, représentants en mission, fonctionnaires imposés par le pouvoir central, proscription des suspects, réquisitions et levées militaires : voilà le régime qu'allaient connaître les anciens sujets des princes.
Une satisfaction, à la vérité, leur fut conservée : celle d'être membres des assemblées primaires. La liste des votants comprenait neuf mille inscrits (l). On n'avait même pas eu besoin d'en retrancher les aristocrates, puisqu'ils avaient volontairement émigré, ne laissant dans le pays que des « patriotes » résignés ou convaincus, libéraux ou jacobins. 11 suffisait d'avoir l'âge requis pour exercer les droits électoraux (2). Mais ici encore les
(1) Bureau de police civile, n° 21.
(2) Dans le district de Delémout, 4335 citoyens avaient le droit de
faits contredisaient la théorie : l'insouciance, le découragement ou la crainte réduisirent l'armée des électeurs à une troupe de plus en ])lus clairsemée d'ambitieux et d'hommes de club.
L' c( abstentionisme )^ fut relativement faible dans les élections municipales qui mettaient surtout en jeu les intérêts locaux et soulTraient peu de la pression gouvernementale : la moitié environ des citoyens y exprimèrent leurs suffrages (1), ce qui amena la nomination de municipalités franchement indépendantes. En mai 1793, par exemple, celle de Porrentruy favorisa Témierration de cent-dix prêtres en leur délivrant secrètement des passeports (2), et celle de Delémont compta les membres les plus marquants de l'ancienne société populaire (3). Dans les élections des juges et des membres de. 1' « assemblée électorale » du second degré, la violence et la candidature oflicielle annihilèrent au contraire la volonté du peuple.
Pour l'élection des juges, celle du premier juge de
suffrage sur 7359 hommes de tout âge ; dans le village de Bourrignou, TO sur 130 ; à Delémont même, 288 sur 400.
(1) Les chiffres que nous donnons résultent de l'examen minutieux d'un grand nombre de procès-verbaux d'élection {Bureau de police
civile, n°« 21 à 28).
(2) Elle était composée d'anciens bourgeois : Fr. J. Guélat, Cl. .1. Béchaux, Ant. Gigandet, J. P. Wautrey, M. Ilans, etc. Ce dernier seul avait signé la déclaration de Boncourt du 24 mai 1792.
(3) Sig. Moreau, élu maire le 11 avril par 129 voix sur 147 suflVages, et remplacé le 4 mai par J. Brodhag ; l'avocat Wicka, procureur ; Pallain, receveur; l'avocat Helg ; le lieutenant Marchand ; Rais.
r. oiu.ANisA I ION i)[: i)i:i'Airn:.Mii;NT 7
paix (!<' Porrenlniy csl rarnclf^rislicuic : rnsscmhlf'îo f)iimairo du cauloii s\Hani n'uinio, \r 11 aviil, dans rancionne éi»lisc des.IrsiiiLes, nomma à la ma jorih'; des voix l'ancien i^rand-maire d'Ajoic, Fr. Tlicuhct ; la minorité jacobine s'éleva aussilol avec un bruit aiïrcux contre le choix de ce magistrat, renversa les corbeilles de bulletins, cria à la lanlerne, se saisit de plusieurs membres de rassemblée qu'elle taxa d'aristocrates et les mena, en compagnie de Theubet, aux prisons du château. Lescabaleurs allèrent ensuite assiéger dans sa maison l'ex-procureur général X. Scheppelin : menacé à son tour d'être « lanterné », celui-ci fut délivré par des officiers français et put s'enfuir à Delémont. Le lendemain, les mômes cabaleurs tinrent un conciliabule dans l'église du collège, renforcés par leurs partisans de Chevenez, de Cornol et des Piquerez : ils nommèrent un juge de leur choix, et notifièrent leur décision aux habitants, « en allant porter l'épouvante dans la ville, en menaçant et en brisant les fenêtres». « Les citoyens libres composant la commune » n'eurent d'autres ressources que celles d'adresser une protestation aux commissaires de la Convention,et de réclamer l'exécution des lois : ils furent d'ailleurs entendus quelques jours après par le commissaire du Directoire exécutif, Théophile Mandar, qui annula l'élection dont nous venons de parler (l).
(1) Adresse de protestalion aux commissaires, 18 avril (Collection particulière). — Extrait des délibér. du déjiart., Arch. ruil.^ F'^' Ili, i, n° 4. — Lettre de Scheppelin au prince, Jicpubl. Raur., il avril
8 CIIAIMTIŒ PrŒMlEn
L'assemblée Pour la nomination des « électeurs » du second deerré,
électorale met ^ "
les partisans à défaut dcs procès-vej'baux d'élections qui n'existent
de Ueiig!;iu'r a '
la t. te (le plus, nous pouvous en jut'er par ses résultats : membres
1 ailmiiiis- ^ '^ j o i
(23 iiviU). ^^* conseil général du département, procureur général syndic, députés à la Convention, tous lurent choisis parmi les fidèles de Ilengguer, devenus les plus sûrs exécuteurs des ordres gouvernementaux. Il est évident qu'une consultation populaire complète et libre n'aurait point abouti à une telle surprise (1).
Quoi qu'il en soit des opérations préalables, l'Assemblée électorale du Mont-Terrible se réunit à Porrentruy le 22 avril 1793. Sur 74 membres, 37 attribuèrent à Uengguer son poste traditionnel de procureur-général-syndic (2). Le premier président du Directoire fut l'ancien secrétaire de l'Assemblée nationale rauracienne, Ignace KauiTmann (3), remplacé au début de mai par le pasteur protestant Clerget (4). Les autres membres du Directoire furent le perruquier Lémane, frère de l'abbé ; l'imprimeur Gœtschy, le notaire Elsesser, le député de Cheveney Pacifique Laville, l'avoué J. P. ^^'ermeille. Deux modérés devaient leur être adjoints soit par calcul, soit par le
(1) Remarquons que nos commissaires devaient encore employer la violence pour forcer t le vœu » des habitants : ainsi, à Glovelier, le 22 avril, personne n*ayant voulu signer le registre do réunion, ils firent arrêter et conduire dans les prisons de Delémont le curé et douze commissaires (Mémoires de l'avocat Guélat).
(2) Il fut proclamé par Mandar comme plus âgé que son concurrent.
(3) Elu par 41 voix ^Bureau de police civile et militaire, n° 8).
(4) Clerget avait été élu le 23 avril membre du conseil général.
L OUr.ANISM ION Dl, DKI'Ain KMENT
jeu iioriii.il (lu scriiliii, soil, à cause de In (lifficulli'; de IroiivcM' des lioniines compétents ; mais ils refusèrent une telle cliarge : l'un (feux, l'avocat Guélal, prétexta sa nomination à la mairie de Porrentruy ; l'autre, l'avoué Ilel^, l'ut remplacé par l'étranger Bandinelli. Trois jours après, le '^t") avril, Ignace liougemont et l'avocat Antoine Lémane (1) furent députés à la Convention, avec Graizelé pour suppléant (2).
Le Mont-Terrible va donc être gouverné par des jacobins sans scrupules qui exigeront de tous les fonctionnaires subalternes la soumission aveugle qu'ils observeront de leur côté à l'égard du pouvoir central ; ils feront bon marché des Directoires de districts eux-mêmes, dont l'un, celui de Porrentruy, s'effacera complètement devant leur omnipotence, et dont l'autre, celui de Delémont, portera en vain jusqu'au sein de la Convention les plaintes indignées des rauraciens opprimés.
Les règles de conduite qui s'imposaient au Directoire du nouveau département, avant-garde de la France révolutionnaire, lui avaient été tracées déjà par les représentants en mission. Le 11 avril, quatre jours après la publication du décret de réunion, Monnot avait dicté à la municipalité bruntrutaine des mesures préventives contre les ennemis de l'extérieur : toute lettre provenant
(i) Né à Forrenlruy le 2 mars 1749 ; fut envoyé le 3 novembre 1793 en mission à l'armée du Rhin-et-MoselIe ; fut réélu le 21 vendémiaire an IV député au Conseil des Cinq-Cents où il siégea jusqu'en l'an VI. Il s'installa ensuite à Paris comme jurisconsulte.
;^2) Graizelé ne siégea point.
Premières
mesures
contre les
suspects.
10 CHAPiTrŒ pnF:MiEn
de Tétranger devait ôAre interceptée, ouverte et lue à la mairie en présence de deux membres du Conseil. Le 19, était venu le tour des ennemis de l'intérieur : le général Monter reçut l'ordre de désarmer les nobles et leurs domestiques, et Ton dressa une liste des personnes suspectes. Le 25, après bien des difficultés il est vrai, fut afficbée une instruction impérative sur le cours forcé des assignats (1).
La municipalité de Delémonteut, elle aussi, à exécuter ces ordres : seulement les commissaires nommés à cet effet rapportèrent qu'ils n'avaient découvert aucune arme, et les communes déclarèrent qu'elles ne connaissaient aucun suspect... (2).
Rengguer revint à point au pouvoir pour mettre ordre à ce coupable modérantisme ; dès la première séance du Directoire départemental, il demanda le rappel à Porrentruy du seul sauveur possible, du général Dcmars, toujours investi « de la confiance du peuple ». Le conseil décida que des démarches seraient faites en ce sens auprès de la Convention, puis délibéra sur la nécessité d'assurer les frontières par la réunion de la partie helvétique de l'ancienne principauté : le Comité de Salut-Public serait instruit en particulier qu'on l'avait « induit en erreur » au sujet du repaire de moines fanatiques qu'était l'Abbaye de Bellelay (3).
(1) Arch. de la municipalité, Registre du magistrat, n° 71
(2) Actes du District de Delénwnt, n° 14.
(3) Voir plus loin, pp. ir> et IG.
l/OHGANISATION OU DKPABTEMENT 11
l']n nllnulnnl, rndiiiinislralioii du Monl-Torrihlf; f'nl ori;nnis('o rorl(Mneiil : I. émane fui chargé du hiu-eau du bien public ; Lavillc et Ikindinelli, du hui-eau des contrihiilions ; lûiuiïniann el Erard, du bureau des domaines nationaux ; Moser el \'ermeille, du secrétariat central. Clerget et Gœtschy allèrent à Colmar établir avec le Directoire du Ilaut-Hliin « des rapports de fraternité et une communication de lumières et de moyens n qui devaient mettre ces administrateurs inexpérimentés à même de travailler plus efficacement au salut de la patrie. Tout Tarsenal des lois révolutionnaires fut mis en vigueur, et déclaré applicable comme si la réunion datait du 15 décembre 1792. « Pour maintenir, enfin, les ennemis de la patrie qui levaient un front astucieux », une guillotine fut réclamée d'urgence au ministre de l'intérieur : (( C'est un instrument nécessaire ici où nous avons des agitateurs, expliquait-on. Donnez des ordres pour nous faire expédier cet instrument de justice et de terreur (1). »
Avec la terreur, commençait en effet dans les cam- Rf^sistancos
, (lu ])0Upl0.
pagnes rauraciennes une résistance que les mesures les plus draconiennes ne feront qu'exaspérer, résistance qui fut encouragée par les municipalités. Tandis que Rcngguer requérait l'arrestation des aristocrates, a hommes pervers, barbares, qui avaient osé abuser de leur autorité,... el dont il était urgent de saisir et annoter les
(1) Procps-verhnl de In conr., Il juin 1793, p. 222.
biens » (1) ; tandis ([ue le Directoire poursuivait les pic^tres u fanatiques » et ordonnait aux communes de les remplacer par des assermentés, « vu qu'il importait de s'assurer au plus tôt des moyens nécessaires pour continuer dans toutes les paroisses le service divin, et faire cesser l'agitation et les troubles que son interruption momentanée avait pu causer dans les âmes faibles et peu instruites » (2) ; tandis qu'on arrêtait les gens qui étaient accusés d'avoir tenu des « propos séditieux » ou de « s'être servi dans leurs lettres de propos inciviques » (3), le peuple tout entier semblait faire cause commune avec les proscrits.
Les violences de Glovelier contre les non-unionistes s'étaient du reste perpétrées dans d'autres villages : à Bassecourt et à Montfaucon, la soldatesque avait été chargée de réduire les récalcitrants ; à Saulcy, le maire avait été emprisonné ; à Vendelincourt, le maire Christ ayant refusé de faire prêter serment à deux vieux serviteurs du
(l) Républ. Raui'j I, 4 mai.
('2) Arrêté du dép., Bur. de police civile^ n° 25, 3 juin.
(3) Le 8 juin, le procureur-g-énéral fit emprisonner au château cinq habitants des Franches-Montagnes pour les motifs suivants : « Le conseil général, considérant que les prêtres fanatiques soufflèrent depuis leur repaire de Bellelay et autres lieux le feu de la révolte que les aristocrates de Tinlérieur du département tâchent d'allumer encore davantage ;... après avoir vu une lettre que les commissaires établis ont trouvée à la porte, écrite par le percepteur L'Hoste à un prêtre émigré dans laquelle il s'est servi d'expressions inciviques ; vu le procès-verbal du juge de paix Copin par lequel il constate que cinq autres personnes ont tenu des propos séditieux : arrête qu'elles seront appréhendées au corps. »
l'ohcanisatiox du dkpartkmknt 13
princc-évtHjiic, sui'veillanls des étangs et forcîts, lo Direcloiic avnil niissiloL envoyé Léniane, « accompagné de la force armée », pour procéder à réleclion d'un nouveau maire ; mais il ne put qu'en nommer un d'office, car « la municipalité et toute la commune » protestèrent de Tinnocence de Christ et déclarèrent ne pas vouloir d'autre clief(l).
Dans les villages allemands surtout la révolte éclata irréductible. Le 13 juin, à Brislacb, sur la réquisition du district de Delémont, le général Vieusseux dut faire enfoncer la porte de Téglise où s'étaient réfugiés les habitants pour ne point recevoir les lois : l'église se trouvant construite en partie sur le territoire soleurois, ces derniers s'étaient crus protégés parla neutralité helvétique. A Laufon, le 17 juin, des « patriotes » s'étant plaint d'avoir été insultés, « scène sanglante que le maire semblait avoir provoquée et applaudie », la municipalité toute entière fut suspendue, le maire et dix autres citoyens arrêtés comme suspects, les villages des environs désarmés avec un soin minutieux (2).
Remarquons que tout cela ne se fût peut-être pas pro- Les prêtres
. , . , insermentés
duit SI 1 on s était borné à enlever à la Rauracie son indé- conservent
tout leur
pendance nationale : la commune de Saulcy, par exemple, crédit, affirma, en réclamant la liberté de son maire, qu' « elle désirait avec empressement se former sous les lois de la
(1) Arrêtés du dép., I, 3 juin.
(2) Les dernières familles attachées au prince, réfugiées à Arlesheim, passèrent alors en Suisse.
République française » (1). Ce qu'on ne [)ouvaita(inietlre, c'étaient les atteintes portées à la liberté de conscience, à la liberté religieuse en particulier. Avant tout catholiques, les rauraciens devaient obéir à leurs prêtres plutôt qu'au gouvernement ; or, sur deux cents prêtres, cent dix s'étaient exilés pour échapper au serment de fidélité à la loi schismatique du 12 juillet 1790, et dix-sept seulement le prêtèrent, dont six ciirés de villages (2). En vain les arrêtés du Directoire départemental aflirmaient-ils que « le serment ne portait aucune atteinte à la liberté religieuse, et qu'on ne pouvait le refuser sans devenir perturbateur du repos public et mauvais citoyen » : les (( jureurs » voyaient se faire le vide autour d'eux comme des pestiférés ou des excommuniés, et n'avaient que la satisfaction de multiplier leurs revenus avec leurs sinécures (3) ; les « insermentés », au contraire, sentaient
(1) Kaulek, II, p. 266.
(2) Wermeille (Courtedoux), Berg'eret (Grandfontaine), Hassel (Charmoille), Copin (Noirmont), Brossard (Lamotte), Valet (Bourrignon).
Il faut y ajouter deux anciens Jésuites, professeurs au collège de Porrentruy ; deux bernardins de Lucelle, le promoteur Voisard et quatre chanoines : Berger, archidiacre, et Keller, prévôt du chapitre de Saint-Ursanne ; Priqueler, chanoine du même chapitre et vicaire de Gobel à Paris, comme Voisard ; Lémane, chanoine de Saint- Michel.
Les religieuses étaient restées et touchaient les pensions que la loi leur accordait à titre d'indemnité : 10.633 livres pour 23 ursulines ; 15.533 livres pour 23 annonciades et 5 sœurs converses.
(3) Ils étaient en effet censés remplacer dans leurs fonctions leurs collègues des environs, ce qui valait au citoyen Wermeille, par exemple, 1.200 livres pour sa paroisse de Courtedoux, plus 700 pour
l'okganisation du I)Î;i»arïemi:nt 15
tlaiis la perscc'ulioii croilre raltnclicmcnL de leurs ouailles.
Le 1)011 curé du \oirmonl avait hieu essayé de prouver la légitimité du serment dans une '< Adresse au [)eu|)le du Mont-Terrible », signée d' « V.n ami du genre humain » ; cela ne servit qu'à amener la dilTusion d'un « Hntretien entre le maire municipal et le maître d'école d'une commune du département » (1), entretien où les réfractaires exposaient leurs arguments contre (( la honteuse prévarication » des prêtres constitutionnels : « Tous les vrais catholiques les fuient, y lisait-on.... C'est une gloire aux yeux de la religion d'être couverte d'ignominie par des apostats. Ce n'est qu'aux prières des municipalités (2) et même des districts que les religieux de Bellelay ont prêté au peuple leur ministère... Si lesjureurs croyent que tous ceux qui les méprisent sont des bigots et des bigottes, ils peuvent appeler leur ridicule Mont-Terrible le département des bigots». La liberté religieuse était ensuite défendue au nom de la liberté civile : « Cette liberté dont on nous a fait cadeau n'est que le droit de faire tout ce que l'on veut, excepté de parler ou d'agir contre les tyrans qui nous oppriment... Ne devons-nous pas être convaincus qu'on nous dupe avec ce grand mot ?
chacune des quatre autres qu'on confia à son zèle, soiL au total 4.000 livres (Arrêtés du département, I, H juillet 1793),
(1) ln-12 de 39 p. (Collection particulière).
(2) Le 30 juin, la municipalité de Saint-Braix fut, en effet, sommée de justifier l'autorisation qu'elle avait accordée à un moine de Bellelay de dire la messe.
Si nous étions libres, serions-nous nujourd'luii français? Notre réunion à la République ne s'est-elle pas opérée contre le vœu presqu'unanime des babitants?.... On nous a donc trompés. »
Un langage aussi hardi et aussi conforme aux sentiments secrets de la masse du peuple (( alluma partout les torches du fanatisme » (1). Beaucoup de prêtres purent continuer le service divin, comme à Miécourt et à Damvant, sous la protection de leurs paroissiens (2) ; les habitants des Franches-Montagnes allèrent en foule à Bellelay entendre des messes antipatriotes, malgré les patrouilles du général Vieusseux; on invoqua les promesses de Laurent, Monnot et Ritter sur le maintien de la religion, et le District de Delémont lui-même approuva une adresse apportée à sa barre par dix-neuf députés de la vallée de la Birse représentant vingt-deux communes, adresse où les habitants déclaraient qu' « il n'était pas possible à leurs âmes de vivre un instant sans guide et sans garde », attestaient que leur clergé était resté en dehors de la politique et n'avait rien fait contre la République.
Le Comitt^ de En présence de ce souffle d'indépendance qui ani-
Salut public . .in#.rri «ii ir\- 1- 1
départemental malt encore tout le Mont-lerrible, le Directoire bruntrutain s'employa à planter plus haut et plus solidement que jamais l'u arbre de la liberté «jc'est-à-direl'arbreétranger qui ne puisait point sa sève dans le terroir rauracien.
(1) Arrêtés du dép., 13 juin.
(2) I/)ù/.,13 et 21 juin.
I, (HU;ANISArioN 1)1 I)i;i>Al;l li.MKNT
Au soimnel do la inonLagnc syinl)oli([ue, — nous voulons diro à la [r\v de la hi<M*ar('iiic administrative, — fut étal)li. \o. 3 juiilel, un (lomilc de Salut Public départemental (|ui l'erail jiourle pays ce (pie le puissant Comité présidé par Dan Ion l'ai sa il pour la P'rance : « il réunirait comme dans un seul faisceau les lumières, les opinions et les volontés de toutes les parties de l'administration ;... il en résulterait une harmonie, un ensemble qui déjoueraient les projets liberticides », Ce Comité inspirerait au Directoire et discuterait au sein du conseil général « tous les moyens qu'il jugerait nécessaires pour affirmer le règne de la liberté, de l'égalité et de la prospérité publique » (1). Il agirait par la violence, — mais aussi parla persuasion, car la nouvelle société populaire serait chargée d'ouvrir toutes grandes les écluses de l'instruction civique.
L'histoire du club jacobin de Porrentruy intéresse Le Club
f rrrko jacobin (le
celle du département entier, car il tut, en u\)S, 1 organe i>orrentruy. le plus actif du parti dominant, l'instrument de sa propagande dans le peuple. Son organisation était soigneusement et sévèrement réglée : à coté du président, du vice-président, des deux secrétaires, du trésorier, de l'archiviste et des deux introducteurs, quatre Comités, — rapports, surveillance, correspondance et administra-
(l) Il comprenait deux membres des Directoires el conseils généraux de département et de district ; deux de la municipalité et du conseil général de la commune ; deux du tribunal de district et de la société populaire ; le président et le procureur général syndic du département ; le commandant de la force armée ; le juge de paix de Porrentruy (Arrêtés dudép., I, 3 juillet).
18 CHAPITRE PUKMIKU
tion, — préparaient le travail de l'assemblée et assuraient l'exécution de ses mesures. Au début de cliaque séance, on lisait le précédent procès-verbal, les annonces et des extraits de la correspondance ; puis on passait à la proclamation solennelle des candidats, aux rapports, à l'ordre du jour enfin, '( sans que sous aucun prétexte on puisse l'intervertir ou le retarder » . On s'occupait de « tout ce qui pouvait intéresser la liberté, Tégalité, l'instruction et la surveillance », encore que nul arrêté ne dût être pris, en théorie, « que pour les intérêts de la société ». « Toutes les opinions, disait le règlement, seront pleinement respectées ; on ne pourra interrompre un orateur ; les témoignages d'approbation, murmures et improbation seront rigoureusement proscrits. Si un orateur divague ou fatigue, les auditeurs pourront se lever ; s'ils sont au nombre de douze, le président consultera la société ; si la majorité veut que l'orateur se taise, il sera tenu de descendre de la tribune. » La salle était d'ailleurs protégée contre l'invasion des perturbateurs par l'obligation, pourtout membre, de présenter sa carte de sociétaire à l'introducteur et de l'accrocher en permanence à sa boutonnière ; cette carte n'était délivrée qu'après une épreuve de trois séances et sur le paiement de la cotisation (l).
Tant de précautions semblaient avoir pour but de protéger la liberté ; mais, en réalité, elles n'étaient desti-
(1) Règlement pour la Société républicaine des amis de la liberté et de l'égalité, séante à la maison commune de Porrenlruy, 1793 (De notre collection) .
[/(MICANISAIION 1)1 l)l':i'Al;'I KMf-N 1 19
nées qu'à l'élouller en Iransforiiiant le club eu un cercle fermé, (le « Coniilédc surveillance » qui «ramenait, j)ar des conseils fraternels, ceux qui se laissaient emj)orter par (.les mouvemenls indiscrets on [)éniljles pour la société », indique l)iendans quel esprit était dirigée la discussion. Aussi les rauraciens, sans goCit pour la tutelle des opinions, se gardèrent-ils de venir demander leur admission au sanctuaire officiel de l'IIôlel de Vaille (1). Son président Boutrue (un étranger^ ; son secrétaire, M oser (en même temps secrélaire général du département), et leurs zélés collaborateurs durent se contenter de répandre dans le Mont-Terrible de « vertueuses » brochures, et d'organiser des démonstrations de civisme républicain dont les échos retentirent jusqu'au sein de la Convention sans devenir vraiment populaires (2).
L'une des nombreuses brochures qui parurent alors s'appelait « Dialogue de Grégoire et de Baptiste », et contenait ces aperçus intéressants sur le rôle de la société : « Ah ! l'excellente chose qu'une société républicaine ! C'est Tunique moyen de garantir l'Etat contre les malversations des fonctionnaires publics, et elle sert en même temps d'école des lois et de patriotisme... J'ai in-
(1) Voir plus loin ce qu'en dit le procureur général syndic du Doubs venu en mission à Porrentruy.
(2) Dans toute la région, les clubs de celte époque tendaient du reste à revêtir le môme caractère : ainsi, à Belfort « où l'on complail 1.000 à 1.200 pères de famille, une société populaire composée (7c 30 à 40 membres au plus maintenait et commandait Vamouv de la liberté » (Lettre de Tagent Ilaupt, Minist. des afT. élr., t. 332, P"* septembre 1793).
vite nos femmes à (iler une heure par soirée de plus qu'à Tordinaire, et pour les y engager je leur lis quelque papier intéressant, ou nous chantons la Carmagnole. Par ce moyen nous aurons de la toile pouv nos braves sansculotte. » On verra dans la suite qu'on ne pouvait plus généreusement se payer de mots.
Quant aux démonstrations civiques dont nous venons de parler, elles méritent de nous arrêter davantage. Dès le 21 avril, la Convention recevait l'adresse suivante du club de Porrentruy : « Pères de la patrie, il n'est plus possible de vous taire les dangers imminents de notre département ! Ne sommes-nous Français que pour être en proie aux perfidies et aux trames de vos agents (1) ? Nous voulons nous ensevelir sous les ruines de notre patrie plutôt que de voir renaître le régime infâme sous lequel nous étions asservis ! Nous sommes sans défense, sans troupes et sans armes au milieu des traîtres et près des Suisses dont la neutralité ne doit être regardée que comme une chimère... Deprez-Crassier (2), qui a déjà été dénoncé par la Société de Strasbourg, vient de se signaler par de nouveaux traits de perfidie : il a voulu faire partir nuitamment tous les corps de troupes sans les remplacer; . .. il est nuit et jour à Bâle et veut faciliter dans notre pays l'invasion des Suisses qui ont promis de remettre notre ci-devant prince dans ses droits ;. . . avant que notre réunion à la République française fut prononcée,
(1) Nous parlerons plus loin tle ces agents.
(2) Commandant alors les troupes du Haut-Rhin.
r/onr.ANisATiON du ni':p,\nTEMENT 21
il s'est mis publiquement i\ la tôte de tous les aristocrates de la ville, et il s'est permis d'attenter i\ la s(3uveraineté du peu[)le... Nous avons demandé le renvoi de tous les cidevani nobles : ils ont juré la |)erte de la Hépublique (1) >^.. Et les clubistes accunudaient les exclamations les j)lus redondantes, les accusations les plus invraisemblables et les serments les plus solennels pour mieux affirmer leur volonté de sauver la patrie, cependant que tout démontre que la sincérité elle-même leur faisait défaut ; c'était leur parti, le parti rengguerien devenu le parti jacobin, qu'ils voulaient sauver, et leurs anciens adversaires qu'ils voulaient écraser par leur victoire.
Le péril de la République était d'ailleurs un excellent terrain d'action et la société l'exploita largement: le jour même où. elle envoyait l'adresse précédente, son viceprésident, Floranie (aussi étranger au pays que le président Boutrue), écrivait à la société d'Huningue : « Hier, (20 avril), les officiers (du 5® bataillon du Doubs) (2) ont assisté à notre séance ; ils nous ont dénoncé Deprez^Crassier, et d'après ce qu'ils nous ont dit nous ne pouvons douter que ce traître ne soit en connivence avec les Suisses (3). » En conséquence, les clubistes s'arrogèrent des pouvoirs discrétionnaires, réclamèrent du département
(J) Min. des afî. étr., Papiers de Barth., ^tU, f« 266.
(2) Ce balaillon venait d'Huning-ue et avait remplacé à PorrenLruy le 33*^ rég, d'infanterie.
(3) Floranie ajoutait : a Qu'on nous donne des souliers, disaient ces bons républicains, et nous marcherons, s'il le faut, aux antipodes, pour sauver la patrie » {Ihid.).
2*2 CIIAI'ITRE PREMIER
des listes de suspects pour rétablir la sécurité du territoire, et prétendirent à leur tour instruire le gouvernement révolutionnaire de la seule ligne de conduite à suivre vis-à-vis des cantons ; le 9 juillet, ils dépêchèrent à la Convention des députés qui lurent à la séance du IT) juillet une nouvelle adresse renfermant ces paroles : « Le peuple du Mont-Terrible, semblable à des rochers, a vu passer ces orages sans s'émouvoir; il a jugé les prêtres dans son cœur et les déteste ; il a jugé les ennemis de la République et les abhorre ; il vous a jugés, législateurs, et vous bénit !... Le département du Mont-Terrible est le dernier en date et le plus petit: mais laissez-le croître; rendez-lui la Prévoté de Moutiers-Grand-Val qui lui a été injustement enlevée :... c'est de là et de Bellelay que le fanatisme envoie ses émissaires (1). » Plus sensible aux éloges que circonspecte envers des plaintes passionnées qui tendaient à troubler de nouveau nos rapports avec le Corps helvétique, l'assemblée chargea aussitôt la section diplomatique du Comité de Salut Public de lui faire un rapport sur la question.
Telle était l'organisation révolutionnaire du Mont- Terrible, et tels étaient les moyens employés pour ame-
{[) Républ. Baur., Il, 9 iuiUei 1793. Procès-verbal de la Conv., 15 juillet, p. 165.
Signalons l'existence à la même époque d'un club jacobin à Saint- Ursanne, avec Oudin, comme président, Fleury, comme secrétaire, et Coste comme commissaire. Au commencement de mai 1793, ce club demandait au département l'emprisonnement des juges de l'agitateur Voyat.
l'organisation i>i: i)i':i»AirrEiMKNT 'l'A
ner Tadlirsion d'un peuple rebelle au lYîgirne cpTon lui avait imposé : on va voir niaiulenanl |)ai" l'élude de la conscription niililair(i et (i(;s chaires puhlicpics ncM'.s de l'annexion, que la doniinalion française n'avait pas plus converti la Hauracie que naguère la l'action desTriuinvirs.
CIIAPJTIU: II