I.R DKRNIER PHINCE-ÈvAQUEi
plus pt'nli(jno : nj)rrs Mvoii' (jurinandr l'appui dos c.'ui- iM-oJctdn
cession ;iu
tons, « SCS alliés », par do iionvolles lettres circulaires, <;mirjn dfî
' ' ' l:( rrif (les
il se rencontra h Moro:entlial avec les députés bernois, i< iTitoin-s de Watteville et Manuel, et renonça éventuellement à * '>llJ|."'|![Jîi',';,|''' ses droits de souveraineté sur la partie helvétique de ses ^"^'^^ États, moyennant une indemnité proportionnée aux revenus qu'il en tirait. Malheureusement, la cour de Vienne, qui n'avait pas su défendre la partie impériale, prit ombrage d'un abandon de droits qui lui étaient étrangers, et le baron de Degelmann signifia à Tavoyer bernois Sleiguer qu'il espérait bien qu'aucune suite ne serait donnée à la conférence : « Il s'agit d'un prince d'Empire, — prétendait Degelmann, — soumis à des lois par lesquelles il lui est expressément défendu de soustraire la moindre chose sans le su et le consentement de l'empereur. »
Ainsi emprisonné dans des droits qu'on n'invoquait séjour suplus que pour entraver sa liberté, Xavier de Neveu vou^ >'euveviiie. lut du moins retourner une première... et dernière fois parmi « ses sujets ». En juin 1796, il alla à Neuveville, seule cité fidèle où il entra comme un humble proscrit. Il s'opposa lui-même à ce que le Magistrat lui présentât ses hommages, « désirant éviter toute démonstration publique et vivre dans la retraite ». Il consentit seulement à ce que le conseil payiU les frais de son séjour, car il était si pauvre qu'il avait dû vendre au poids quatre caisses d'argenterie pour faire face aux dépenses de son voyage.
270 CHAPITRE XVllI
A celte époque, Tinlluencc iVanç^'aise devenait prépondérante en Erguel. L'ambitieux Liomin, maire de Gourtelary, était allé à Paris réclamer l'annexion (1) et le Directoire Exécutif avait cherché à convertir les séparatistes : il avait autorisé, en particulier, le citoyen Poterat « à leur promettre, si le vœu général était vraiment pour la réunion, l'exemption de l'emprunt forcé, et le remplacement des levées militaires par la garde de la frontière » (2).
Le piinre se La présence de l'Evoque pouvant évidemment réveiller
retire à Saint- Urbain et perd de vieux sentiments de fidélité, les autorités du Mon t-
ses droits de
someraineté . Terrible poussèrent les hauts cris dès son arrivée à Neuveville : elles exigèrent de Barthélémy le renvoi « d'un personnage aussi dangereux » qui risquait de révolutionner l'esprit public du département... Docile, l'ambassadeur s'en plaignit aux cantons, et annonça bientôt au ministère Delacroix que le Sénat de Berne, sur la menace de l'occupation immédiate des territoires neutralisés, avait envoyé à Neuveville un de ses secrétaires. Gruber, — ce secrétaire, — conseilla au prince de s'éloigner, et Xavier de Neveu obéit : il baisa même la main qui le chassait en louant « la conduite prudente et conciliante de Barthélémy », licencia sa domesticité et partit le 22 juillet 1796 pour l'abbaye de Saint-Urbain. Il y fut rejoint par le chanoine de Maler, le conseiller intime de
(1) Mai 1796, Rapports de Bischof, p. 62 à 97, 106 à 109, 121.
(2) Arrêté manuscrit du Directoire, Pap. de Barih., 456, 26 mars
i,K nrnNîER rniNr.R-Kvî-ouF '271
Billieiix, les sccivLaircs Schumacher, UIThol/. cl Schoppolin.
I.n (h'chcance éla'd df^-sormais consomm/;e. r>arlhé- Icmy ordonna à Nouveville el à l'Erguel de rompre « toute relation de dépendance » envers leur ex-souverain ; le bailliage iransrhénan de Schliengen, resté libre, fut occupé par les troupes françaises au commencement d'août 17% : les propriétés particulières du prince furent vendues quatre mille louis d'or au receveur Ileilmann et au maire de Bienne Wildermett pour entretenir la pauvre cour de Saint-Urbain. Quant aux chanoines, encore qu'ils partageassent les malheurs de leur prince (n'ayant même plus le droit de dire la messe sur le territoire du canton de BAle) (1), ils ne lui marquaient aucun dévouement : un rhume, la crainte d'une dépense leur servaient de prétexte pour éluder ses convocations et il devait les menacer de leur ôter les revenus de leurs canonicats s'ils refusaient encore de se déranger (2). Aussi égoïste, l'ancienne noblesse ne cherchait qu'à échapper aux inconvénients de rémigration en faisant valoir ses combourgeoisies cantonales.
Dans son irrémédiable détresse, Xavier de Neveu Députations
en Suisse et conservait d'ailleurs une tenace espérance, et les mois en Allemagne.
qui précédèrent l'invasion de 1798 furent plus fertiles
encore en négociations que les précédents. Il renouvela
(1) Barthélémy prétendit que cela assurerait la tranquillité du Mont-Terrible.
(2) En 1797, ils tinrent leur chapitre à Fribourg.
ses démarches auprès des cantons qui ne lui olîrirent que « des vœux et des espérances », alors que B;\le et Soleure lui réclamaient le remboursement de se[)t milles louis d'or ; il envoya des députés à la Cour de Vienne, auprès de plusieurs princes de TKmpire, à la Diète de liatisbonne et au Congrès de Hastadt (l) ; il rédigea de volumineux mémoires pour établir ses droits (2), et en septembre 1797 il expédia à Paris un « homme de confiance » chargé d'observer l'horizon... Cet homme lui annonça les opérations de Gouvion-Saint-Gyr, ce qui amena le prince à ordonner à ses représentants à Rastadt (( d'en adresser un précis à la députation impériale avec la demande d'engager les ministres de S. M. I. à obtenir la cessation des hostilités, et la remise in statu qiio de ses Etats helvétiques ». 11 comptait, d'ailleurs, sur les promesses du canton de Berne qui avait spécialement chargé le conseiller Louis de Tcharner de défendre à Rastadt les droits de la principauté. Or nous avons vu que Mengaud, au début de 1798, fit saisir en Suisse même les propriétés épiscopales : l'antique Domhof de Baie fut dévalisée ; Ertel, commissaire du Mont-Terrible,
(1) A Ratisbonne, le baron d'Eberstein et l'avocat Scheppelin ; à tîastadt, le grand archidiacre de Gléresse, les conseillers de Billieux et Schumacher.
(2) Celui de Scheppelin avait trente pages et avait pour titre : u Les Suisses ne sont- ils pas intéressés au rélablissement de l'évêché de Bàle ? Ne peuvent-ils pas beaucoup contribuer à son rétablissement ? » Celui d'Eberstein traitait (c de la marche à tenir pour récupérer la principauté... ou pour obtenir au moins une in
demnité proportionnelle >».
i.i: i)i:n.Mi:n imu.nck-lvèque 273
en inventoria les papiers, titres et meubles, et emmena
l'argenterie à l^orrenlruy (1). L'Ktal de Soleure, de son
ccMé, tut sommé de ne distraire sur son territoire aucun
bien appartenant au prince.
Toute la Suisse étant menacée du sort de l'évéché, L.i Cour <io,
Constance .
Xavier de Neveu avait quitté Saint-Urbain pour Constance, le 7 décembre 1797. <( Les ecclésiastiques de mes l^]tats y arrivent en foule, — écrivit-il le 30 de cette dernière ville ; — ils s'établissent dans les villes et villages voisins ; tout porte avec soi le caractère affreux d'une débâcle générale (2). » Au moins avait-il encore la consolation d'être entouré des débris de son clergé, consolation suprême qui lui fut enlevée un an après. 11 dut emballer ce qui subsistait de ses richesses et fuir de ville en ville : en mars 1799, nous le retrouvons à Ulm, d'où il part le 9 pour Passau ; puis il continue à remontrer le Danube et se fixe à Krems, en Basse-Autriche. En juin, il erre à Munich, Passau, Ratisbonne...
Tout à coup, il apprend qu'à la suite de Tattentat de La Commis-
' ^ ' *■ sion de reprise
Rastadt et des victoires de l'archiduc Charles sur le ^^ /Ç^on^^^^^"
Rhin, la situation du Mont-Terrible est compromise ; le 30 juin il reçoit une lettre du chanoine d'Eberstein lui annonçant qu'il pourra « retourner bientôt dans ses do-
(1) L'inventaire donne les chilîres suivants pour les propriétés du prince : meubles, 22.505 francs ; immeubles, Bischofhof, 40.000 fr., Domhof, ou maison du chapitre, 36.400 ; deux autres, 34.000; greniers à grain, 8.000 ; magasin, 2.400. — Passif : créances, 118.533 francs [Bureau des émigrés, Supplénienl, I).
(2) Lettre du prince à ses envoyés à Rastadt.
274 cHAiMiKE xvm
inaines », qu'il doit dépêcher à rarcliiduc une personne de confiance susceptible « de servir de commissaire, à rentrée de l'armée dans le pays, pour le rétablissement du régime antérieur », qu'il est temps enfin de demander une garnison autrichienne qui le « soutiendrait désormais dans ses possessions contre toutes les machinations de la France ». Oubliant aussitôt le passé et le présent, Xavier de Neveu écrit à l'archiduc Charles et « réorganise » l'évêché : il nomme une « Commission dereprisede possession » composée des anciens baillis de Kempf, de Rinck et Imer, lesquels reprendront leurs charges comme si rien ne s'était passé depuis 1792 ;du baron de Maler, qui commmandera de nouveau la garde princière (1), et de l'avocat Arnoux, secrétaire du Conseil. Les chanoines étaient oubliés^ et ils s'en plaignirent amèrement à leur souverain ; mais il leur répondit avec majesté que la Commission dont nous parlons « était au dessous de la dignité d'un chanoine de sa cathédrale » (2).
Elle s'assembla à Fottnau, dans la Forêt Noire,le 7 septembre. Il fut décidé que le prince irait à Vienne s'entendre avec l'Empereur ; en son absence, le Conseil Intime, — qui ne cessa point d'ailleurs ses séances de 1792 à 1800 (3), — serait présidé par le chanoine de Maler.
(1) Alors à Munich, de Maler écrivit au prince pour lui demander un uiiirorme spécial el des décorations.
(2) Lettre au chanoine de Rosé, alors à Ratisbonne, 30 aoiat 1799, Corresp., YII.
(3) Le t( Con/erenz Prolocoll d forme un gros registre in-folio par année.
M-: i)i:i{Nii;i; imun(:i:-î:vI^oi k 275
l*nrti à Vienne le M seplninhre 171)9, le prince-f'îvc^qiie Voy;if;«'s du y reshi jiis(jiraii 7 octobre. François 11 lui accorda deux Vicrinc :
iiri<';intiss<'.-
audienccs, l'assura de la résolulion des i)uissances alliées ""'"t ••'! s^^s
'■ ('SIX T.irKM'S.
de rétablir dans révéché le slulu (/iio anle helliim, et lui promit d'y envoyer le comte de Lehrbacb. S'iniaj^inant avoir ainsi reconquis son rang de souverain, il repondit favorablement ù la demande de la Uussie qui sommait les Etats de l'Empire, après la défaite de Zurich, d'unir leurs forces à celles du czar contre l'ennemi commun ; et il autorisa son résident de ^'ienne, de Zillerberg, à joindre son vote à celui de l'Autriche pour le remplacement de l'archiduc Charles à la tète des armées ...
La rechute dans le néant ne l'ut que plus douloureuse. En avril 1800, le baron de Kempf, président de la fameuse commission, bailli éventuel de Saint-Ursanne et des Franches-Montagnes, écrivait au prince-évêque qu'il souhaitait la mort afin d'échapper « au désespoir de voir périr de misère et de faim son infortunée famille ». Et il ajoutait : « Oue dois-je faire ? Mourir ou mendier ? » Xavier de Neveu lui envoya douze louis d'or « pris sur sa subsistance » (1), tandis que lui-même fuyait en Allemagne devant les troupes de Moreau ; tandis que le grand archidiacre de Gléresse, saisi à Fribourg par nos soldats victorieux, était enfermé à la forteresse deChillon, et que toute illusion s'évanouissait. De retour à Vienne (2), le prince rendit encore visite à
(1) Leltro du 17 août,
(2) Il logea chez M. de Klumcnfeld.
CIIAPITHE XVUI
Leurs Majestés, qui « l'accueillirent de la manière la plus gracieuse » et lui renouvelèrent « l'assurance consolante de leur très puissant appui » (1) ; aux archiducs, aux souverains de Toscane et à la reine des Oeux-Siciles : mais il comptait si peu sur leurs amitiés qu'il vendit au baron de Hotberg ses domaines de Schliengen, et plaça chez un financier le reliquat de la fortune des princes-
évêques de BAle : 2.400 louis d'or
Négociations Les négociations que Talleyrand noua en 1801, au nom
ntre Talley- o i j ?
iSubikue ^^* Premier Consul, avec la République helvétique, sem- *^^(Î8ol^"^ blèrent rendre quelques chances de neutralité aux territoires occupés à la fin de 1797. Dans son rapport du 5 mars, Talleyrand avisait Bonaparte que la Suisse céderait volontiers le Valais pour récupérer le Fricktal et les annexes de Porrentruy, annexes [qu'elle considérait comme très importantes (2). Le 15 juin, le ministre helvétique Stapfer les réclamait instamment, et cela à titre de simple restitution : « Elles n'ont jamais été réunies légalement à la République française, observait Stapfer. . . L'extension abusive du sens attaché au terme « évêché de Bâie » a servi à colorer l'usurpation gratuite d'une partie essentielle du territoire helvétique... La restitua tion de ces petits territoires convaincra les puissances étrangères de la sincérité du gouvernement français
(1) Letlre du prince au grand doyen de Rosé (alors à Ratisbonne), 18 juillet 1800.
(2) Voir tous ces documents dans les Quellen zur Schweizer geschichle, XIX.
M-: DKHNirin pruNCE-KvftouR '277
dans 1(* projet annoncé de rétablir la neutralité suisse »>. Insensible à de semblables raisons, et mal disposé dnilleurs j)ar leur ton comminatoire, Talleyrand se contenta d'affirmer au l^remier Consul (jue les pays contestés nous étaient nécessaires (surtout si nous voulions nous emparer du Xeucliàtel) (l), et de signifier au (^orps bclv(!tiquc que c( le traité de fructidor an VI était devenu pour nous un titre de possession qui dispenserait de produire tous les autres (2). »
Battus sur le terrain du droit, les diplomates suisses se placèrent sur celui du sentiment, et réclamèrent de la « générosité » du Premier C^onsul les contrées transjuranes nécessaires à la sécurité de leurs frontières. Talleyrand admit alors des prétentions qu'on n'invoquait plus, et conseilla à Bonaparte l'abandon partiel de la Prévôté qui « n'avait jamais été législativement incorporée à la France », pas plus que l'Erguel ni Bienne. Bonaparte y consentit, à condition que les territoires restitués « formeraient des cantons particuliers ayant à la Diète une représentation proportionnelle», et c'est sur cette base qu'en 1802 Baymond Verninac, notre nouveau ministre en Helvétie, conféra avec les plénipotentiaires suisses Bengger et Angustini. — Mais le Médiateur de la Confédération eut bientôt d'autres soucis que celui de se dépouiller de ses conquêtes.
(1) Il ajoutait qu'il fallait en tous cas conserver Bienne ou la Prévôté (Lettre à Bonaparte du 5 mars).
(2) Ce traité avait en effet réuni définitivement à la France tout le Mont-Tcrrihle.
278 ClIAiMTHK XVIII
Lctti. s (lu Seule, la voix chélive du princc-évéque s'éleva encore
l»riiu-t' à
Napuh'on I" pour détendre ses droits méconnus. Le 28 décembre 180rj,
(lSU;.-KSUy). ^
invoquant le traité de Lunéville qui avait promis des compensations aux princes dépossédés des bords du Rhin, Xavier de Neveu supplia Napoléon P'" de lui accorder les indemnités qu'on lui devait. 11 invoquait aussi le « Recès de 1803 » par lequel le Grand Prieur de l'Ordre de Malte s'était engagé à lui verser 24.000 florins en retour des terres de Brisgau dont on lui avait assuré la possession (1) : ces terres n'ayant pas été remises au Grand Prieur, le prince-évêque priait l'empereur d'acquitter la dette u vu les sentiments de justice et de magnanimité qui caractérisaient l'immortel héros du siècle et le bon père des peuples » (2).
Le « bon père » ayant négligé de répondre à ces instances, Xavier de Neveu les renouvela en 1809 : il rappelait que le traité de Presbourg avait cédé Constance et le Brisgau au grand-duc de Bade « sous la réserve des droits acquis aux créanciers» (3), mais que le grand-duc avait refusé de payer les 24.000 florins; il demandait en conséquence à (( l'immortel héros » de les lui donner. D'autres requêtes suivirent, adressées à Talleyrand et jetées avec la même indiflerence dans les oubliettes des archives (4).
(1) Cette convention, passée le 19 février 1803, aurait été ratifiée le 24 février par « les ministres des deux puissances médiatrices ».
(2) Ministère des affaires étrangères, fonds Basle, III.
(3) Il invoquait en outre un acte de la Confédération du Rhin du 12 juillet 1806.
(4) Lettres des 22 juillet et 15 novembre 1809, du 26 novembre
IJ-: DKFiNiKn phince-kvAque 279
Ainsi sr ((M'inina le, rolo nolitiiiiic du dernici' priiiro,- Xiivicr de
Neveu meiir évOquc do b;\lc. Il no (inilln plus Oiïcnhur^^, et lorsque ''n exil (I828i
le traité de Vienne eOt attribué ses I^ltats au canton de Berne, il ne revint même pas à Porrenlruy comme évoque : un grand-vicaire administra son diocèse en son nom, et il mourut en exil treize ans après, l'année où la convention passée entre le Saint-Sioae et les cantons de Borne, Soleure et Zug, lui aurait permis, on organisant le nouvel évêché do Bâle (l),do porter enfin autre chose que de vains titres...
Porrentruy était d'ailleurs déchu, au profit de Soleure, de son rang* de ville épiscospale : du règne millénaire de ses princes, elle ne conserva que d'imposantes ruines, privées aujourd'hui des archives qui racontaient leur histoire, et transformées en hospice do vieillards et d'orphelins.
Il est vrai qu'un siècle de domination étrangère, parfois violente, n'a pu effacer les caractères de la race : si bien que malgré les épreuves de la Révolution et de l'Empire et malgré leur loyalisme cantonal, les cinquante mille « rauraciens )),de langue, de mœurs, de religion et d'esprit français, semblent avoir encore avec nous plus d'affinité qu'avec les quatre cent mille < bernois » de mentalité germanique qui ont essayé de se les assimiler.
Cette survivance plus que séculaire des traditions du Conoiusions.
(1) Convention do 1828. Par des accessions postérieures, le diocèse de Bàle comprend en outre les cantons d'Argovie, Thurgovie, Bâle- Campagne, liàle-Ville et SchafTbouse.
280 CIIAPITHE XVllI
passé confirme pleinement les conclusions qui ressortenl d'elles-mème de l'histoire delà liévoluLionfrançaisedans Tancien évêché de BAle : la Révolution y a favorisé l'éclosion des principes démocratiques qui étaient en germe dans les libertés coutumières, mais elle n'y a point soumis les esprits au conquérant. Avant les Belges, les Hollandais et les Suisses, les Rauraciens commencèrentcette lutte acharnée pour l'indépendance qui devait faire du XIX® siècle le siècle des nationalités.
La fortune de nos soldats et de nos fonctionnaires dans la principauté est analogue en effet à celle qu'ils eurent dans les diverses contrées auxquelles nous prétendîmes imposer le (* bienfait » de notre domination. La Belgique prit alors conscience de ses destinées etfomenta sa Vendée: « Ce peuple, dira un préfet de l'Empire, n'est ni anglais, ni autrichien, mais il est belge. Il se serait résigné à sa qualité de français, si cette qualité n'entraînait d'immenses sacrifices en famille, en fortune, en opinions religieuses (1). »
Les Hollandais repoussèrent à une énorme majorité la Constitution de 1796, encore qu'elle eût été agréée par une Convention siégeant à la Haye : « C'est que cette constitution avait à leurs yeux un grave défaut: elle portait malgré tout la marque de la conquête. »
Quant aux Suisses, « leur patriotisme reçut de la Uévolution comme un baptême nouveau et un nouvel essor».
(1) Pour celte citation et les suivantes, cf. Em. Bougeois, Manuel de politique élrangère^ t. II, cli. xiu.
i,i: i)i:nNii<:i\ imunck-kviX>ue 281
Dès soptrnihr(^ 171)S, les paysans d'Uri cl d'Unlcrw.ild se soulevèrent « ou nom du Christ et de (luillauinc Tell ». tHouiïée dans le sang, l'insurrection se ranima à l'arrivée des Autrichiens, ralliant des prôtrcs, des patriotes de toute opinion, des républicains, d'anciens amis de la HévoKition comme I^ouis de Ilaller cl Jean do Mulier,si bien que celui-ci osa déclareren 1806 à l'empereur triomphant: (( Les vrais suisses ne veulent pas l'annexion. Un changement de ce genre n'aboutirait qu'à l'aire de l'iielvétie une Vendée. »
Qu'avons-nous vu d'autre dans l'évéché ? L'enthousiasme des Hauraciens à l'aurore de la Liberté et l'énergie clairvoyante avec laquelle ils combattirent les ambitieux qui entendaient confisquer cette Liberté à leur profit ; leur refus d'accepter la réunion, de se plier aux ordres de nos agents, et de prendre les armes pour une patrie qui n'était point la leur ; leur fuite en masse à l'étranger et leur abstentionisme découragé dans les vaines opérations électorales : tout cela ne prouve-t-il pas, autant que les grands mouvements populaires qui devaient enfanter les nations nouvelles, quelle funeste erreur commit la Révolution française en transformant l'émancipation en conquête, la liberté en servitude administrative, au mépris des généreux principes qu'elle avait tout d'abord proclamés ?
l'AliT.EAU DES OOMMIINKS
dressé en exécution
de la Circulaire du Ministre de l'intérieur du 7 frimaire an VI
(27 novembre 1797) fij.