LE DERNIER PRINCE-ÉVÊQUE
^eveu.
(1794-182<Sj.
Commencé par l'exposé des premiers ébranlements du trône vermoulu des princes-évêques, cet ouvrage se terminera par la recherche, sur les chemins de l'exil, des derniers vestiges de leur pouvoir.
Déjà, en 1794, leur iiéritasre ne consistait plus qu'en KiocUon de droits historiques : comme l'écrivait Bâcher au ministre Deforgues, le successeur de Joseph de Roggenbach serait réduit au rôle d' « évêque in parlibus infîdelium, dont la principauté ne serait hypothéquée que sur les brouillards du Rhin » (1). Aussi fut-il difficile de trouver la nouvelle Altesse : plusieurs princes refusèrent, et le Chapitre dut élire le chanoine baron de Neveu, usufruitier de la riche cure d'Offenburg, personnage féru de ses titres, âpre dans leur revendication, mais d'esprit, semble-til, assez borné. Avec lui, s'écriait ironiquement notre secrétaire d'ambassade, les citoyens du Mont-Terrible « ne seraient plus arrêtés sur la route révolutionnaire par la crainte des revenants » (2).
(1) Pap. de Barih., 444, f» 89,12 mars 1794.
(2) Bâcher, de Bàle, à Buchot, commissaire des relations extér. Pap. de Barlh., 446, f" 357, 16 juin 1794.
266 CHAPITRE XVlll
François Xavier de Neveu passa pourtant sa vie errante à protester contre l'œuvre de la Révolution. 11 encombra les chancelleries et les cours de ses vaines missives et de ses remuants envoyés ; il persévéra dans d'interminables négociations auxquelles on n'attacha d'intérêt qu'autant qu'elles servaient certains calculs. Nous allons en esquisser la marche. Lr piinro- Lors de SOU avènement, le prince assura la Diète de Frau-
cIu'itIio enfeld de « son amitié amicale et confédérée )),ctlui olîrit
rapimi (les
Cantons. « tous les offices de bon voisinage, ainsi que les services confédéraux qui pouvaient dépendre de lui... » (1). Cette auguste magnanimité ayant été dédaignée, il adressa tout éploré au Corps helvétique et à chaque canton catholique une demande d'intervention contre ses sujets révoltés d'Erguel : si on ne l'appuyait point au plus tôt, « il allait perdre tout ce qui lui restait de revenus » (2).
Les Erguelistes cherchaient en effet à rompre leurs derniers liens de dépendance à l'égard du prince. Un Mémoire rédigé alors au nom des importantes communes de Saint-Imier, Sonviliers, Villeret et (^ourtelary proclamait que la souveraineté tombant des mains de Tévêque devait revenir au peuple, qu'on érigerait par conséquent « une administration provisoire uniquement composée d'Erguelistes.» Mais la rupture intéressait moins les cantons que le prince dépossédé, car le Mémoire ajoutait qu'il fallait « sauvegarder les précieuses relations helvétiques,
(1) Ibul., 450, f° 48, 28 juin.
(2) Ibid,, fo 185, 18 sept.
LE DEHNlLll l'UINCEÉVÊyUE 267
les anciennes inslilulions et les immunités du |);iys, elle proléger contre tout accaj)nrement(l) ». Mnlj^ré les belles paroles du baron de Degelmann, ministre im[)érial en Suisse, disant que « la cause de l'un des plus malbeureux princes de TEmpire, allié ancien de plusieurs louables cantons, paraissait être celle de tous (2) », les magnifiques seigneurs se bornèrent donc à expédier aux liabitants du Val-de-St-lmier, par l'intermédiaire de l'Etat de Zùricb, un vague « débortatoire » où ils leur précbaient la soumission.
Quant à l'attitude de la France, on en aura une idée Aiiiiiidc n-so-
^ ' liio do.
suffisante par la lettre que le prudent Bartbélemy adres- ï^''"'iii<^lf'my. sait le 12 novembre 1794 au Comité de Salut Public : « Le ci-devant évoque de Bâle ...a conservé dans l'Erguel quelques droits en vertu desquels il a cru devoir adresser au Directoire lielvétique de volumineuses écritures relatives à des dissensions qui s'y sont manifestées. La lettre de ce prétendu prince ne pouvant pas être traduite aujourd'hui, je vous envoie en attendant copie de celle qu'on m'écrit de Zurich et qui explique le sujet des jérémiades de ce cafard, qui, à l'ombre de la protection autrichienne, vient encore se donner quelques airs de souverain, en même temps qu'il essaye de semer de la défiance parmi les cantons (3) ».
(1) Mérn. de la Soc. Jur. (VEmuL, 1899.
(2) Vap. de liarth., 449, f- 430, 27 oct.
(3) Ihid., 4:J0, fo 121. — La lettre de Zurich dout parle Barthélémy était du bourgmestre Kilchsperger ; celui-ci dévoilait que l'évê-
Nt^gociatiun Eli 1795, le traité de BAle sif>né entre le roi de Prusse
avec le roi île
Prusse et q[ \q République française donna au malheureux prince 1 Empereur. i i ^ i
l'idée de « se jeter entre les bras de Frédéric-Guillaume ». Ce traité obligeait en etYet la République « à accueillir les bons offices de Sa Majesté en faveur des princes et Etats de l'Empire germanique qui désireraient entrer directement en négociations avec elle » (1), et le chanoine de Rosé annonçait de Bâle qu'il pourrait parler lui-même au plénipotentiaire prussien, le baron de Hardenberg: « Il me témoigne les plus grands égards, ajoutait Rosé le 25 avril ; je le vois chaque jour ou chez lui, avec Madame, ou chez le comte de San-Fermo. » L'occasion semblait excellente Mais Xaxier de Neveu voulut obtenir tout d'abord l'autorisation de l'empereur, recommanda au chanoine (( de se borner à de simples démonstrations de bienséance et de politique )),et dépêcha à \'ienne son conseiller de Billieux; or, si le prince vice-chancelier de Golleredo et François II lui-même (2) réitérèrent à l'évêque leurs assurances de protection, ils lui laissèrent clairement entendre qu'un accord de sa part avec le roi de Prusse leur serait très désagréable.
Découragé, le prince-évêque imagina une combinaison
que invitait les cantons « h prendre toutes les mesures efficaces pour ranger son peuple revêche », et se plaignait de l'influence française. Le complaisant zurichois ajoutait : « L'évêque fonde ses raisonnements sur des hypothèses dont on lui prouverait bien vite le néant )> [Ibld., f" 122).
(1) Traité du 5 avril 1795.
(2) Lettre du 5 mai.