ARGUMENTS CONTRAIRES
ne puisse plus y placer la source des volcans ; — mais il ne la supprime pas. La perte de force et Timperfection de la rigidité de la croûte, invoquées par ' M. Liais, ne compensent peut-être môme pas ce qui serait produit par la viscosité de la pyrosphère.
Dans les calculs ci-dessus, on n*a pu faire entrer que des résistances nettement définies, telles que celles du fer et de Tacier, ou telles que la rigidité absolue et la mobilité absolue ; — on n'a pas pu introduire les résistances qu'offrirait un état pâteux ou visqueux parce qu'elles sont inconnues. Il est cependant nécessaire d'en tenir compte.
Je vois un bon argument contre l'existence du feu central dans le' phénomène du refroidissement du globe — supposé primitivement liquide.
D'après les partisans de la pyrosphère, alors que la planète en fusion perdait de sa chaleur, les premières masses solidifiées flottèrent à sa surface comme flottent les glaçons sur une eau qui refroidit ; ce furent les premiers rudiments de la croiXte terrestre ; ils prirent naissance aux pôles, grandirent, s'agglomérèrent, et finirent par recouvrir toute la surface de la sphère d'un radeau ininterrompu. On ne peut pas concevoir, en effet, que la croûte terrestre ait été formée autrement que par des roches qui flottaient comme des glaçons sur la masse liquide du globe. Ces roches donc devaient être plus légères que le liquide, puis- . qu'elles flottaient.
La glace surnage parce qu'elle est moins dense que
iM NOTES.
l'eau. Us. morceau de fer jeté dans un bain de fer en f-if: : n siLmi^, parce qu'il est moins dense que le li.ri:..le. II en e^t >ie mèoie du bismuth. Mais ce sont •iei e.\:.v5::lo::s. Ea rcgîe générale, un corps à Télat so'ile offre ur.e densité plus çrrande qu'à l'état de fusion. Toutes les roches appelées ignées sont notalleiuent plus légères à l'état liquide qu'à l'état solide; — 0:1 t-val'-ir» la différence à un dixième ; — cette différence e^t considérable.
Les glaçons ne pouvaient pas se former à la su^ fac^ de la sphère liquide. Cette masse, se refroidissant, devait commencer à être solide par le centre, et la surface a du être consolidée postérieurement à toutes les autres couches. On peut admettre que des lacs de liquides lourds sont restés épai*3 çà et là dans la masse : — on ne peut pas admettre la pyrosphère, ni la croiïte surnageante.
Si la planète avait été primitivement liquide, elle se serait solidillée comme je viens de le dire, — mais je suis loin d'aflirmer qu'elle ait été primitivement liquide. M. Liais {[) fournit une bonne raison contre la liquidité originelle du globe. « Comment, dit-il, dans riiypotlii'se en question, verrions-nous à la surface terrestre des matières aussi denses que le fer, et surtout Tor et le platine? N'auraient-elles pas dû se trouver toutes primitivement dans le voisinage du
(1) L Espace céleste, page /|45.
. AUTRE lïYPOTHÈSE. 847
centre, et comment auraient-elles pu atteindre postérieurement la superficie ? »
En somme, les deux propositions relatives : Tune à la fusion originelle du globe, Tautre à Texistence de la pyrosphère, — ^^ne sont pas démontrées; même, étudiées de près, elles paraissent, surtout la seconde, improbables dans une large mesure. ^
Antre conception. — Je vais dire mon opinion sur l'état de l'intérieur du globe.
Les pressions que subissent les couches profondes de la terre sont énormes. Dès la profondeur d'un kilomètre, la pression peut être évaluée à 200 atmosphères. Dès la profondeur de quelques kilomètres, les pressions dépassent tout ce que nous pouvons expérimenter dans nos laboratoires.
On sait qu'à l'aide de fortes pressions on fait couler les métaux et beaucoup d'autres corps ; ils coulent comme une pâte. Ici, et dans bien d'autres cas, la pression équivaut à de la chaleur.
11 est vraisemblable qu'un bon nombre des corps renfermés dans le globe sont à Tétat plastique, peuvent couler et se déplacer à la manière des substances visqueuses. Certaines roches bien connues : les granités, les porphyres, les basaltes, etc., et aussi les couches plissées des dépôts sédimentaires anciens, paraissent avoir subi l'état plastique et confirment cette vue.
On peut également croire que les cailloux, les frag-
ments de roches diverses, qui présentent les déformations nommées empreintes géologiques, ont été réduits par les pressions à Tétat plastique. Je n'ignore pas que M. Daubrée, arrosant d'eau acidulée des sphères calcaires amassées, a pu produire des empreintes de même nature; je sais que quelques géologues, parmi lesquels M. Contejean (1), voudraient trouver dans cette expéiûence la raison de toutes les empreintes géologiques de toutes les espèces de roches ; — mais je ne puis pas me figurer qu'on veuille sérieusement expliquer ainsi les impressions des cailloux qui ne feont pas attaquables par les acides. Les empreintes géologiques m'induisent à penser que presque toutes les roches, sinon toutes, peuvent être amenées à rétat pâteux.
M. Liais estime que les puissantes pressions de rmtérieur du globe réduisent les corps au volume minimum, et que, dans cet état, ils sont absolument rigides. Je ne nie pas que ceci puisse se produire pour un certain nombre de matières, mais je n'en vois aucune preuve.
Ainsi, les couches extérieures du globe seraient les plus solides, les plus rigides. A une profondeur de quelques kilomètres, des roches pâteuses se glisseraient déjà parmi les roches plus résistantes à la pression. Plus bas, les l'oches demeurées solides seraient rares et englobées dans une gangue plastique.
Les pâtes les plus lourdes seraient naturellement
(1) Éléments de Géologie, Paris, 1874, page 430.