COMPLICATIONS
^ Si les choses sont ainsi , le déplacement de fel Uxe de rotation rend compte de la déformation fi'l de la sphère.
Le pôle, se mouvant à la surface du globe, doit Jflisser derrière lui un large chemin creux , soit parce qu'il érode les matériaux solides, soit parce qu'il' les déforme. L'équateur doit renfler les lieux jà il passe, soit parce qu'il permet les dépôts au «d des mers , soit parce qu'il dilate la masse ^terrestre.
Quand l'océan couvre le sillon polaire ou les saillies laissées par l'équateur, son niveau accuse encore ces différences dans une certaine mesure, — car la verticale est déviée par les masses pesantes, et le niveau marin suit les déviations de la verticale.
Si nous connaissions exactement la forme du globe, nous pourrions peut-être définir la trajectoire polaire.
Les antipodes. — Avec tout le soin dont je suis capable, j'ai dressé une carte des antipodes où j'ai inscrit jusqu'aux moindres écueils isolés signalés par les cartes les meilleures. J'en ai fait faire une réduction, forcément bien restreinte, pour l'annexer à l'impression du présent travail. Que le lecteur veuille bien regarder cette carte réduite.
Le cercle extérieur est Téquateur. Le centre du cercle est tout à la fois ïe pôle nord et le pôle sud. Un point quelconque de la carte est placé au même lieu que son antipode.
Les terres de Thémisphère nord comprennent les parties teintées en jaune , plus les parties teintées en carmin.
Les terres de Thémisphère sud comprennent les parties teintées en bleu, plus les parties teintées en carmin.
Les parties teintées en carmin représentent les terres qui ont pour antipodes des terres.
Imnginons que j*aie tracé les deux hémisphères séparément, chacun sur un papier transparent et avec la même échelle, — q\\e je tourne le dessin de rhémisphère sud dg. manière à le voir par le verso et que je l'applique sur le dessin de l'hémisphère nord — en sorte que le 180* degré de Téquateur du dessin sud coïncide avec le zéro de Téquateur du dessin nord, et réciproquement, que les deux pôles soient superposés, ainsi que les cercles des parallèles ; — j'obtiendrai par ce moyen exactement la figure représentée par la carte. Je crois superflu d'expliquer que chaque point du globe coïncidera avec son antipode. Voilà pourquoi sur la carte, les terres de l'hémisphère nord sont vues directement, comme les verrait un observateur placé-hors du globe : — pourquoi les terres
do l'hémisphère sud sont vues renversées, comme à travers le transparent tourné au verso ; — et pourquoi les perlions sud de l'Afrique rt de l'Amérique sont reportées à 180 degrés des portions nord dos mêmes contînenis.
S'il est vrai que les pôles et l'équateur se déplacent sur le globe, il doit en résuMer une disposition particulière des terres émergées.
Un sillon polaire est l'anlipode d'un autre sillon polaire ; les saillies laissées par l'équaleur sont antipodales , deux à deux. Il semble donc que les creux doivent avoir pour antipodes des creux, et que les saillies doivent avoir pour antipodes des saillies. En d'autres termes , il semblerait que les antipodes des terres de l'hémisphère sud doivent s'inscrire sur les terres de l'hémisphère nord. Un simple regard jeté sur la carte montre qu'il n'en est rien ; — la surface carminée est petite.
J'ai estimé que la surface tolnle du carmin égalait quatorze fois la surface de la péninsule ibérique. Pour arriver à ce chiffre, j'ai évalué à trois fois la surface de la péninsule ibérique les terres qui, au voisinage du pôle, auraient pour antipodes des terres si les contrées polaires étaient connues.
Si la hasard pur et simple avait présidé â la distribution des terres et des mers, la surface totale du carmin eût été sensihlemeTi\, AomViVc ,
î« ANTIPODES.
c'est-à-dire égale à vingt-huit fois la péninsule ibérique (1).
Et si le déplacement polaire avait eu pour effet de placer les terres de rhémisphôre sud aux antipodes des terres de Thémisphère nord, la surface carminée eût été considérablement plus grande, que celle donnée par la répartition des terres au hasard.
La surface carminée est petite , parce que le centre de gravité du globe ne coïncide pas avec son centre de figure, — et parce que le déplacemont polaire porte dans certains cas les saillies aux antipodes des creux, et réciproquement. Examinons successivement ces deux points.
Défaut de coïncidence des centres. — Les déviations do la verticale, que Ton a observées môme en pays de plaine, — par exemple en France, en Angleterre, en Russie, — prouvent que la composition intérieure du globe présente des densités irrégulières. Parfois, au voisinage de montagnes qui devraient l'ai tirer, la verticale est repoussée. C'est ainsi qu'un astronome des plus connus (2) a pu sérieusement demander à des géologues s'ils ne croyaient pas que les Pyrénées fussent vides. L'irrégularité de composition
(1) Co calcul est exposé dans la note C, page 250.
(2) M. L'vcirier, au congris de la Sorbonn^, en 1876,
inlérieure dli globe amène facilement le défaut de coïncidence des deux centres.
On sait aussi que par un cèriaiii grand cercle de la splière , on divise lo globe en deux hémisphères, dont l'un contient presque toutes les terres émergées. Le diamètre de la sphère , perpendiculaire auplsn de co grand cercle, aboutit : d'une part, proche du cap Lizard, au sud-ouest de l'Angleterre, sur le 50° degré do latitude et le 7* de longitude ouest; — d'autre part, au sud do la Nouvelle-Zélande, sur le 50" degré de latitude et le 173* de longitude est. Les mers ainsi attirées enr une face du globe montrent bien que le centre de gravité ne coïncide pas avec le ceatre de figure (1).
Suivant mes estimations , l'hcmisphère lerrestre contient trois de terre et quatre d'eau; rhéniisphore aqueux contient onze fois autant d'eau que de terre. On peut calculer ce que lo* hasard donnerait do surface carminée en lenant compte de ces nouvelles conditions (2). Le total est égal à neuf fois la surface de la péninsule ibérique; il est sensiblement inféi'ieur au total réel.
Si toutes les terres de l'hémisphère aqueux se dessinaient en carmin sur l'hémisphère continen-
(I) La nùle D, page 25i , expliqiiu la siluaLion des deus MU(rus.
v2) Ce calcul dH expo'â dans la nolo E, -paSO '^-^-
lai, la surface carminée serait égale S trente-sept fois la péninsule ibérique.
Effets du déplacement polaire. — A mesure que se déplace Taxe de rotation, la masse solide du globe se déforme afin de posséder constamment la figure d'un ellipsoïde aplati aux pôles. La portion de Taxe de rotation comprise dans rintérieur de la planète tend à être divisée en deux longueurs égales par la position du centre do gravité. Il en est de même de tous les autres diamètres du sphéroïde, mais tous ne tendent pas avec la même puissance à avoir le centre de gravité à leur point milieu ; — la plus grande puissance, si je puis m'exprimer ainsi, appartient au diamètre polaire et aux diamètres qui aboutissent au voisinage des pôles.
Considérant que la force qui aplatit le globe aux régions polaires est égale et contraire à celle qui le dilate vers Téquateur ; — considérant la différence de grandeur des surfaces terrestres où s'opèrent la réduction de volume et l'augmentation de volume ; — on arrive à cette conclusion que la force qui sollicite la déformation du globe au pôle est sensiblement double de la force qui sollicite la déformation en un point de Téquateur. Dans les zones moyennes, la force est moindre qu'à réqualeur.
Lorsque le diamètre qui passe par les pôles est divisé en deux longueurs égales par le centre de gravité, les pôles dépriment également la masse terrestre. Lorsqu'au contraire lo diamètre polaire est divisé en longueurs inégales, ce diamètre se déplaçant, cause une dépression plus profonde à l'une de ses extrémités, et renfle le globe à l'extrémité opposée ; — de celte manière, une saillie a un creux à son antipode.
Ce que j'ai dit du grand cercle qui divise le globe en hémisphère aqueux et hémisphère terrestre fait comprendre que les diamètres du globe situés dans le plan de ce grand cercle, ou dans des plans voisins, sont divisés en longueurs sensiblement égales par le centre de gravité; — qu'au contraire, les diamètres qui s'écartent beaucoup de ce plan sont divisés en longueurs sonsî- ^ement inégales. D'où ces deux règles :
!• A.U voisinage du grand cercle, les saillies Ont souvent pour antipodes des saillies, et les "creux, des creux ;
2" En dehors de la zone du grand cercle, les Bsillies ont souvent pour antipodes dos creux, et réciproquement.
Il y aura des exceptions à ces règles :
Parce que le globe présente dans sa composition des densités inégales, — lesquelles empêchent que les diamètres terrestres puissent être
tf
divisés exaclement à leur milieu par le centre de gravité, — lesquelles aussi, causent des dévialions du niveau marin , par conséquent des immersions et des émergences qui changent Taspect de la carte ;
Parce que les mers affluent à Téqualeur et fuient les pôles; — que les mers profondes de Téqualeur noient des terres qui, sans le voisinage de Téqualeur, montreraient des saillies antipodales ; — que les mers peu profondes des régions polaires découvrent de vastes étendues de terrains et fournissent des antipodes terrestres (surfaces carminées) qui n'existeraient pas sans le voisinage du pôle ;
Parce que les volcans produisent accidentellement des coulées qui donnent naissance â des terres émergées ;
Parce que les coraux constructeurs édifient des îles.
Il est sans doute encore d'autres causes d'exceptions; je n'ai pas la prétention de les avoin trouvées toutQS. Si, malgré l'importance qu'il faut attribuer aux exceptions, mes règles se trouvent vérifiées, on conviendra qu'un argument d'un grand poids aura été gagné à ma théorie.
Vérification. — Le grand cercle qui divise le globe en hémisphère aqueux et hémisphère ter-
reslre, osl figuré sur la carte des anlipodes pai' un arc de cercle, lequel rencontre l'équaleur au 97" degré do longitude ouest et au 83' degré de longitude es(, La moitié du grand cercle située dans rhémisphère nord est antipodale de la moitié située dans l'hémisphère sud; — sur la car le, les deux moitiés se recouvrent.
L'hémisphère terrestre comprend : toutes les terres do rhémisphère nord situées dans Li portion inférieure de la carte, du côté de la concavité de l'arc de cercle, — plus les terres (Je l'hémisphèrc sud situées dans la portion supérieure de Ift carte.
L'hémisphère aqueux comprend les terres do Vhémisplicre sud situées au-dessous de l'arc de cercle — plus les terres de i'Iiémisphére nord situées au-dessus.
La plus grande portion de la surface carminée s'inscrit dans l'Amérique du Sud. Or, rAniérique du Sud est précisément coupée par le grand cercle de séparation des hémisphères aqueux et terres- Ire. Le grand cercle la prend en écharpe, — d'un point peu distant do la ville d'Arica , située au sad du Pérou , — au nord de la lagune doF P&los, située au sud du Brésil ; il passe à (dcu près à égale distance des extrémités nord et sud de cette partie du monde. On remarque une trèsforle proportion d'anlipodfs terrestres dans la
portion de rÂmérique du Sud siluée au sud du grand cercle, une proportion beaucoup moindre dans l'autre portion; mais, dans cette dernière portion passe Téquateur, lequel, nous l'avons vu, diminue l'importance des antipodes terrestres. Les mers qui baignent Bornéo, Sumatra, Java, Célèbes, sont peu profondes; si Téquateur se relirait à quelque distance , leur niveau baisserait ; ainsi s'accroîtrait la surface carminée dans la portion nord de l'Amérique du Sud.
Les antipodes terrestres abondent sur la ligne de la Gordillière des Andes ; les saillies corres^ pondent aux saillies. Cependant, à mesure qu'on s'éloigne de la ligne du grand cercle , la loi qui veut que les saillies aient pour antipodes des dépressions, commence à se manifester. Au nord de l'Amérique du Sud, les antipodes de Java, de Madura, de Bali, de Lombock, de Sumbawa, se placent au plus profond des bassins de l'Orénoque et de l'Apure. La Sierra Paracaima, qui limite au nord le bassin de l'Amazone, n'est recouverte par aucun antipode. L'antipode de Bornéo s'étend sur le Gassiquiare et sur la large plaine où coulent le Rio-Ncgro, le Yapura et l'Amazone réunis par des igarapés. L'antipode de Gélèbes occupe la dépression où coulent côte à côte les affluents de l'Essequebo et du Rio-Branco; Gélèbes semble écarter ses digitations pour laisser plaae aux sier*
^^^^■r VERIFICATION. ■ W
ras de Tumucucuraque et d'Acarai ; sa digilalion la plus méridionale occupe le bassin de TAmazone. Les iles plus petites qui pullulent de Java à Cerara et Gilolo semblent également éviter les lignes de faite. A l'extrémilé sud du continent les saillies paraissent encore rechercher les dépressions; ainsi l'antipode de la Terre de Feu tombe dans le bassin du lacBailial, et l'antipode des Malouines dans le bassin de l'Amour.
A mesure qu'on s'écarle de l'équateur, il semble que la tendance des antipodes à chercher les dépressions ne se manifeste qu'à une plus grande distance de la ligne du grand cercle; c'est parce que le niveau marin baissant rend les terres plus vastes et marque moins bien la place des saillies.
En dehors de la région que nous venons d'examiner , le grand cercle ne rencontre plus aucun coatinent ni aucune terre importante; les bassins de l'Atlantique et de la mer des Indes forment antipodes au bassin du Pacifique.
Al une distance d'environ 15 degrés du grand cercle, les antipodes des iles Hawaii s'inscrivent dans le sud de l'Afrique. Ils semblent déjà rechercher les dépressions : ils coïncident avec le bassin du lac N'gami et la vallée de l'Omoramba.
La Géorgie du Sud a son antipode en partie sur la pointe nord de l'ile de Saghalien et en partie dans la mer d'Okhotsk. L'archipel nomi
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