RETARD DES TERRAIN
polaire ne se transporte pas parallèlement à luimême. Ses intersections avec Téquateur se meuvent en sens contraires. Un point est immobile sur le demi-grand cercle polaire CP^C, c'est celui qui peut être considéré comme le centre de courbure de la dernière portion de la courbe décrite par le pôle. Le centre de courbure divise le demigrand cercle . polaire en deux portions d'inégale longueur qui se dirigent en sens inverses; — il est, pour ainsi dire, un pivot.
Le centre de courbure serait un point fixe si la courbe décrite par le pôle était un cercle. Il se rapproche et s éloigne du pôle suivant que la courbure de la trajectoire polaire augmente ou diminue.
Si, dans le cas présent, le pôle étant au point P^, le centre de courbure est le point 0, — on trouvera, dans la moitié de calotte qui s'immerge, des points en voie d'émergence en avant de la courte portion G du grand cercle polaire, — et, dans la moitié de calotte qui émerge, on trouvera des points en voie d'immersion en avant de OC, la longue portion du demi-grand cercle polaire.
Telle est, en ce qui concerne le grand cercle polaire, la disposition des points exceptionnels.
Le pôle étant au point P^, Téquateur se meut comme si les points G et G' lui servaient de pivots. Lorsque le pôle était au point P^ les pivots
de l'équateur se trouvaient sur le cercle cP^c\ aux intersections de ce cercle et de Téquaieur relatif au pôle P*. L'équateur relatif au pôle P* et Téquateur relatif au pôle P^ sont situés dans deux plans différents, et leur intersection se trouve dans le plan du cercle tt'. L'ancien équateur était placé, dans rhémisphére qui nous occupe, au-dessus des points T' et C.
L'équateur a donc passé récemment sur une zone située au voisinage de G', dans la portion T G' de l'équateur actuel. Il s'en est éloigné, et tend à l'envahir une seconde fois. Celte zone fait partie de la portion de calotte qui s'immerge. Le mou^ vement rétrograde de l'équateur est nul au point G' qui sert de pivot, faible jusqu'à une certaine distance. Là, il y aura émergence, parce que le niveau des mers tend à peine à remonter, tandis que les terrains continuent à s'élever. Vers le point T l'émergence ne se montrera probablement pas, parce que le niveau liquide s'élève avec plus de rapidité , et parce que les terrains ont depuis plus longtemps obéi au mouvement d'élévation.
En résumé, les mouvements de sens exceptionnel (1) dus au retard des terrains seront situés :
(1) Voyez la note F. page 259.
Dans les quarts de sphère en voie d'émergence, — au-devant de la grande portion du demi-grand cercle polaire ;
Dans les quarts de sphère en voie d'immersion» — au-devant de la courte portion du demi-grand cercle polaire, et au-devant de la partie de Téquateur voisine de la longue portion du demigrand cercle polaire,
Yériflcation. — La carte des antipodes nous servira utilement à contrôler si réellement les dénivellations séculaires sont dues au déplace* ment de Taxe terrestre. Nous avons vu que, dans cette hypothèse, deux points quelconques situés aux antipodes l'un de l'autre, éprouvent des dénivellations de même sens, — et j'ajouterais d'égale amplitude s'il ne convenait faire des réserves au sujet de la nature variable des terrains et du défaut de coïncidence du centre de figure du globe avec son centre de gravité. Si la trajectoire du pôle nord était marquée sur la carte, ce tracé serait également la trajectoire du pôle sud, puisque les pôles ont toujours été aux antipodes l'un de l'autre. Les longues et les courtes portions des demi-grands cercles polaires sont antipodales, ainsi que les centres de courbure.
Les observations des dénivellations séculaires ne sont ni assez nombreuses , ni assez précises
pour que je me hasarde à tracer sur la carte la courbe décrite par le pôle.
Je place, approximativement, le grand cercle polaire sur le méridien qui coupe l'équateur au 38* degré ouest et au 142* degré est, longitude de Paris. Le grand cercle polaire traverse Tanlipode de l'Australie, le Groenland, la Sibérie, la mer d'Okhostk, et divise Tantipode du Brésil proche du cap Saint-Roque.
Le grand cercle langent à la courbe polaire, au point du pôle actuel, est le méridien perpendiculaire au grand cercle polaire ; ce méridien coupe Téquateur au 52* degré est et au 128* degré ouest.
J'estime que le centre actuel de courbure se trouve à l'interseclion du grand cercle polaire et du 70* degré de latitude.
Le grand cercle polaire partage la carte en deux moitiés. Le côté où se trouve l'Europe est la moitié en voie d'émergence. Le côté où se trouve l'Amérique du Nord est la moitié en voie d'immersion.
Pour que ma théorie soit vérifiée, il faut :
1** Que nous rencontrions le plus grand nombre des points en voie d'émergence — dans la première moitié ; — le plus grand nombre des points en voie d'immersion, dans la seconde ;
2° Que les exceptions relatives à la première moitié soient en partie groupées à Toùest du 142* degré de longitude;
3** Que les exceptions relatives à la seconde moitié soient, pour une certaine part, groupées à l'ouest du 38* degré de longitude ; pour une autre part, le long de Téquateur, à Test du 142* degré;
A"" Enfin, que les exceptions placées en dehors des régions ci-dessus indiquées ne soient point très-nombreuses.
Ces .dernières exceptions, si elles restent en petit nombre, pourront être attribuées avec vraisemblance aux plissements du sol, au tassement des terrains d'alluvions, aux actions volcaniques, aux érosions des mers et des eaux courantes, enfin, à des erreurs des observateurs, car, sans aucun doute, plusieurs des observations des mouvements séculaires , tenues aujourd'hui pour vraies, seront plus tard reconnues mal fondées. Si leur nombre était considérable, si surlout il s'agissait nettement de mouvements séculaires proprement dits, tels que ceux qui s'affirment dans les espaces peuplés d'attoUs, — on serait en droit de conclure que les dénivellations lentes se produisent indifféremment sur tous les points du globe. Examinons.
m CAUSE DES MOUVEMENTS SECULAIRES.
Dans la moitié de la carte propre aux lieux d'émergence, émergent :
L'Ecosse,
La péninsule Scandinave, presque en totalité,
Le Spitzberg,
La Nouvelle-Zemble,
La côte de l'océan Glacial arctique, depuis là péninsule Scandinave, jusqu'aux environs de l'archipel de la Nouvelle-Sibérie, »
La Tasmanie,
La partie de l'Australie voisine du détroit de Bass,
Certains points de la Nouvelle-Zélande,
Divers points des côtes de la péninsule ibérique et de la France baignées par l'Atlantique, et quelques-uns de la côte de la Manche,
Des points Iros-nombreux des côtes de la Méditerranée et de la mer Noire,
Les régions qui séparent la mer Noire de la mer Caspienne, la mer Caspienne de la mer d'Aral, et le pays qui s'étend entre ces mêmes régions et la mer Glaciale,
Peut-être l'île de Saghalien, l'archipel de Liou- Kieou, l'île de Formose,
Divers points de la côte du Chili et du Pérou,
La côte nord-csl de l'Australie,
L'archipel de la Louisiade,
Les îles du Cap-Vert,
Toute la partie de l'Afrique située au nord de réquateur,
La côte d'Arabie,
Toute la région de la Polynésie qui s'étend, sur 75 degrés de longitude, entre la Nouvelle- Calédonie, les dernières îles des Touamotou et l'équateur,
Les Laquedives et les Maldives,
La côte sud-ouest de l'Inde, Geylan, le fond du golfe du Bengale,
Les attoUs de la mer de la Chine, les îles Péliou et quelques îles voisines.
Dans celte même moitié de la carte, les exceptions groupées à l'ouest du 142* degré de longitude sont :
La région de l'embouchure de TAmazone,
Les environs de Bahia,
La baie de Rio de Janeiro,
Peut-être certains points des rivages du Japon.
Les exceptions éparses sont les suivantes :
Les nombreux points en voie d'immersion signalés sur les rivages qui bordent au sud la Baltique, la mer du Nord et la mer de la Manche,
Les deltas du Pô et du Nil,
Trois points de la portion nord-est de l'Adriatique,
Deux points de la côte de Syrie,
La pointe orientale de l'Ile de Crète,
Enfin, les environs du Callao, sur la côle du Pérou.
Dans la moitié de la carte propre aux lieux en voie d'immersion, s'immergent :
La côte sud-ouest du Groenland,
La côle orientale çlës États-Unis,
Peut-être les rivages du Labrador et du Canada,
La région des îles Bahama et des grandes Antilles,
Les Bermudes,
La Guadeloupe,
Le fond du golfe du Mexique, les côtes du Yucatan, la côte des Mosquitos, ainsi que la portion de la mer des Antilles comprise entre le Guatemala et les grandes Antilles,
L'isthme de Panama,
Le rivage de Rio-Hacha, sur la côte de la Nouvelle-Grenade,
Peut-être les rivages occidentaux de TAmériquo du Nord,
La région de la mer des Indes qui s'étend de Téquateur — à Madagascar, à Tîle Maurice et au grand banc de Chagos,
L'archipel Hawaii.
Les exceptions régulières sont les suivantes :
1« A l'ouest du 38* degré de longitude :
La région à coraux émergés qui s'élend entre Téquateur et le nord de l'Australie,
Peut-être quelques-unes des petites Antilles;
2** Le long de Téquateur, à Test du 142'' degré :
La côte de Pernambouc,
L'archipel des Carolines, Tarchipel de Marshall et la portion nord de l'archipel de Gilbert.
Les exceptions irréguliêres sont celles-ci :
La pointe de la Floride et ses Keys,
Le rivage d'Indianola,
Le petit attoU isolé de Keeling.
Cette simple énumération suffit, je pense, à démontrer la bonté de ma théorie. Certaines particularités présentées par les mouyements séculaires de quelques lieux du globe vont la* confirmer encore.
Autres vérifications. — La côte orientale de l'Australie s'est immergée pendant longtemps; elle émerge depuis peu de temps. Les preuves sont : le grand récif-barrière de l'Australie, trèséloigné du rivage; le petit soulèvement récent observé par M. Darwin dans la Tasmanie; les récifs de coraux qui, au nord de l'Australie, commencent à faire saillie au-dessus de la mer.
La portion méridionale de l'Amérique du Sud a émergé pendant longtemps ; ses terrasses régu-
Hères le prouvent. Aujourd'hui, plus de mouvements réguliers, et déjà plusieurs points sont en voie d'immersion.
L'Australie et T Amérique du Sud sont situées environ sur les mêmes méridiens ; le pôle est entre les deux régions. Immédiatement avant l'époque actuelle, le pôle devait s'écarter de l'Australie et se rapprocher de l'Amérique du Sud. Il doit actuellement se diriger dans un sens à peu près perpendiculaire aux méridiens qui traversent les deux pays. Cette trajectoire s'accorde avec le chemin polaire indiqué par l'ensemble des mouvements séculaires modernes.
Les récifs de la Nouvelle-Calédonie et des îles Loyalty marquent une émergence qui date de plus longtemps que celle de la côte orientale d'Australie. Le grand cercle polaire a donc passé sur la Nouvelle-Calédonie avant d'arriver sur TAustraUe.
Les bords des terrasses de la Patagonie ont paru à M. Darwin être sensiblement parallèles au niveau marin. Si la mer seule obéissait au déplacement polaire, les terrasses seraient plus élevées au nord qu'au sud de la Patagonie. Mais les terrains ont dû, comme la mer, s'affaisser plus au nord qu'au sud ; il y a eu ainsi tendance au rétablissement du parallélisme.
VEHIFIGATIONS. 129
Les terrasses de la Norvège paraissent plus élevées au sud qu'au nord. Les affaissements simultanés des terres et du niveau de la mer ont leur ^ plus grande amplitude au sud de la Norvège. Le retard des terrains cause le défaut du parallélisme.
Si les terrasses de la Patagonie sont parallèles au niveau de la mer, et si celles de Norvège ne le sont pas, on doit en voir la raison dans ce que la Norvège émerge depuis peu de temps, et n*est pas même parvenue à la rapidité maximum d'émergence, — tandis que la Patagonie n'émerge probablement plus ; qu'ainsi le retard des terrains à son influence en Norvège et s'est comblé en Patagonie.
La longue côte à lambeaux de terrasses, qui s'étend de la Terre de Feu jusqu'au Pérou, est plus distante que la Patagonie de la limite du demi-cercle d'émergence; les terres doivent s'y affaisser avec environ la même rapidité que la mer ; d'où l'immobilité apparente. Le retard des terrains n'est pas encore comblé. Les lieux où le retard est le plus grand sont ceux où l'émergence a eu sa plus grande amplitude. Ainsi s'explique que les terrasses à coquilles récentes soient plus élevées à Valparaiso qu'au Pérou.
Les ruines des maisons indiennes qu'on re-
im CAUSE DES MOUVEMENTS SÉCULAIRES.
trouve groupées dans les hautes vallées des Andes, en des lieux stériles, et proche de la limite des neiges persistantes, impliquent, nous l'avons vu, un changement de climat Un simple mouvement • séculaire d'élévation, sans déplacement du pôle, n'expliquerait pas que le climat eût changé rapidement, au point de rendre déserts des lieux jadis populeux. L'élévation du sol qui a pu se produire depuis Tépoque où les maisons furent bâties, est nécessairement petite. Une chaîne de montagnes du nord de la République Argentine porte le nom de Sierra Despoblada, c'est-à-dire dépeuplée. La tradition remonte peut-être jusqu'au temps où le climat permettait de vivre dans les vallées élevées. Mais si l'approche du pôle coïncide avec l'élévation du sol, on comprend que la température et le climat aient varié sur les hauteurs dans une mesure plus large et avec une rapidité plus grande.
La même remarque est applicable aux plateaux de l'Auvergne qui, selon plusieurs auteurs, jouissaient d'une température meilleure à une époque récente.
D'après M. Keilhau (1), les forêts de la Nor-r vège sont bordées, à leur limite supérieure, de larges lisières d'arbres morts et restés debout.
(I) Cité par Éliséo Reclus, Lu Terre, 1833, l*-»* vol., p. 759.
VERIFICATIONS. 131
L'élévation du sol de la Norvège qui a pu se produire pendant le temps que met un arbre mort à tomber en poussière, est assurément peu importante. Encore ici il faut faire intervenir le déplacement polaire (1).
(1) Voyez la noie G, page 261.