‹ Le déplacement polaire, preuves des variations de l'axe terrestre: preuvesChapitre 37 sur 53 · COLONIES ÉPARSES. 21S · texte numérisé non relu

COLONIES ÉPARSES. 21S

mollusques qui vivaient en Europe durant la période miocène, vivent actuellement dans la Méditerranée et sur les côtes du golfe de Guinée ; — ceux de Téocène se retrouvent dans la mer Rouge et l'océan Indien; — ceux de la période crétacée : au fond de l'Atlantique ; — ceux de la période wealdéenne : à Tarchipel des Galapagos; — ceux de la période jurassique : sur les côtes de l'Australie; — ceux du trias': à la Nouvelle- Zélande; — ceux des temps paléozôïques vivraient aux îles de l'océan Antarctique.

Il n'est pas rare qu'une espèce, propre à une certaine aire géographique, se retrouve dans des aires éloignées. Les colonies arctiques, isolées sur les sommets des Alpes, en sont un bon exemple. Au Faulhorn on a distingué 132 phanérogames, dont 40 vivent en Laponie et 8 au Spitzberg. Au Jardin, 87 phanérogames, dont 50 communs au Faulhorn, 24 à la Laponie et 5 au Spitzberg.

Alors que pour les Alpes finissait la dernière période glaciaire, alçrs que se réchauffaient les plaines et que les hauteurs demeuraient froides , un bon nombre des individus - appartenant aux espèces arctiques continuaient à vivre à certaines altitudes ; et , à mesure du réchauffement de la contrée, gravissaient les pentes afin de conserver la température favorable. C4es retardataires dessinent comme des îles arcliques au milieu d'une

région tempérée. Ils ont été profondément modifiés en un temps relativement court, car Us ont éprouvé des différences notables dans les conditions de leur existence : — pression barométrique moindre, électricité atmosphérique plus grande, moins d'acide carbonique et plus d'ammoniaque dans l'air, vents plus violents, rayons solaires plus lumineux, — et, par-dessusi tout , des nuits et des jours se succédant à intervalles presque .égaux de douze heures. Aussi les botanistes ont-ils été induits à créer quantité de nouveaux noms d'espèces.

Par ce même moyen, des espèces des climats tempérés , et encore des climats froids , ont pu passer d'un hémisphère dans l'autre. A l'approche de l'équateur, elles gagnaient en altitude, — et redescendaient dans les plaines, l'équateur étant éloigné. On estime que la Terre de Feu possède de quarante à cinquante espèces de phanérogames propres également à l'Europe. Toutes ces espèces se retrouvent dans l'Amérique du Nord, laquelle a dû servir de lieu de passage. Beaucoup de plantes sont communes à l'Australie et à l'Europe, qui n'existent pas dans les régions chaudes intermédiaires. Le même rapport existe entre des espèces d'Europe et des espèces qui prospèrent à de certaines altitudes sur l'Himalaya, dans l'Inde, à Ceylan, à Java, au Brésil.

De même que durant les voyages des aires géographiques et des climats, les montagnes servent d*asile contre la chaleur, — de même encore, mais dans une mesure bien moindre, des lieux bas et abrités peuvent protéger contre le froid. Quelques côtes du midi de T Europe ont une flore semblable à celle du nord de T Afrique. Si le pôle venait à s'éloigner de nos régions, celles-ci ne tarderaient pas à être peuplées par le développement de la flore sauvegardée.

Ainsi , les colonies d'espèces étrangères indiquent les migrations des aires, — et ces dernières, impliquent les migrations des climats.

Conséquences géologiques. — Si le déplacement polaire s'est exercé durant les époques géologiques anciennes, — alors, comme aujourd'hui, les espèces devaient être groupées en aires géographiques, et les migrations des climats devaient, produire les migrations des aires et les variations des espèces des îles océaniques. Il ne faut pas s'altendre à ce qu à une époque quelconque les mêmes espèces aient vécu simultanément sur toute la surface du globe, — lequel n'aurait ainsi formé qu'une seule aire géographique. La classification des fossiles en époques successives , faite pour les terrains d'Europe d'après leur ordre de superposition, — doit cesser d'être vraie hors

Îi6 FAUNES ET FLOt^ES.

d'Europe, car les mêmes espèces n'ont pas pu, aux mômes époques, se succéder partout dans le même ordre. i .'

Prenons un exemple. Le pliocène inférieur de l'Europe occidentale est caractérisé par certaines espèces de mammifères, de coquilles, de plantes, dont on a dressé la liste. Un géologue trouve dans une couche de France quelques-unes dés espèces inscrites sur la liste ; il peut dire : « Cette couche appartient au pliocène inférieur; » il peut dire encore : « Plus bas , je trouverai les espèces du miocène supérieur; plus haut, je trouverai les espèces du pliocène supérieur; » — et ses recherches viennent lui donner raison. Le même géologue explore im terrain de l'Amérique du Sud : Il y trouve des espèces de la liste du pliocène inférieur; — peut-il s'attendre, en continuant à fouiller la couche, à mettre à jour les mêmes espèces qu'il eût trouvées en Europe ? — Non, si le déplacement polaire est une vérité. Il découvrira des fossiles qu'on regarde comme spéciaux aux étages plus anciens, d'autres qu'on estime d'espèces récentes. Il ne saura pas s'il doit classer la couche dans le pliocène ou ailleurs. Si le plus grand nombre des fossiles concorde avec ceux du pliocène inférieur d'Europe, il dira : « Cette couche est du pliocène inférieur. » Il ne

pourra pas ajouter : « Elle s'est déposée en même temps que se déposaient les couches similaires de France; — car il ne trouvera pas au-dessous, au moins en nombre suffisant, les espèces qui caractérisent le miocène supérieur de France ; ni , au-dessus, les espèces du pliocène supérieur. Il trouvera des assemblages de fossiles qu'on ne voit jamais réunis dans les terrains d'Europe; et il estimera très-difficile d'appliquer aux terrains d'Amérique les noms des terrains européens*

Les couches fossilifères étudiées hors d'Eurppe sont réellement aussi différentes des nôtres que je viens de le dire.

M. Jules Marcou, le savant auteur de la Carte géologique de la terre, après avoir exposé la classification qu'il a choisie afin de réunir par larges groupes les terrains du globe , s'exprime comme suit (1) : « La classification des roches stratifiées n'est d'ailleurs que provisoire, elle n'est propre véritablement qu'à la zone tempérée septentrionale, et même, dans cette zone, elle est limitée aux bassins de l'océan Atlantique et de la Méditerranée. Aussitôt que l'on sort de ces limites et que l'on arrive soit dans l'Inde, soit sur le Missouri et en Californie, de prime abord on vient se buter

(4) Bulletin de la Société de Géographie^ année 1873, 1^'' voLj page 638.

contre des difficultés qui, d'abord regardées et surtout traitées assez légèrement par la plupart des observateurs, se dressent de plus en plus comme des obstacles qui ne peuvent être ni passés sous silence, ni encore moins tournés. A plus forte raison, lorsque Ton sort de la zone tempérée septentrionale, on ne trouve plus que des anomalies, des difficultés qui, "loin d'aller en s'éclaircissant avec le temps, prouvent au contraire de plus en plus Tinsuffisance des classifications et le peu de valeur des lois dites paléontologiques. :» Et il donne des exemples. Une même couche du Pundjab, épaisse d'un pied et demi, réunit des formes fossiles qui, dans l'Europe centrale, se répartissent entre des terrains très-distincts : — les terrains carbonifères, triasique et jurassique. En Californie, les fossiles tertiaires et crétacés sont mélangés ; etc.

Presque toutes les couches à fossiles sont d'origine marine. Lyell et M. Darwin ont montré qu'elles n'avaient chance de résister aux érosions des vagues que si elles se déposaient durant une période d'immersion des rivages. Chacun des ter- * rains que nous étudions en Europe, ne peut donc nous donner vue que sur une portion, limitée d'une époque de durée peut-être très-longue. Il n*y a pas à s'étonner que des groupes d*espèces

semblent apparaître ou disparaître subitement; — surtout si on limite ses recherches à un pays de peu d'étendue. Quelque loin qu'on pousse l'étude des terrains de France, on observera toujours une certaine différence dans les assemblages des fossiles propres à deux couches d'époques successives. Les assemblages à caractère intermédiaire, on le sait, sont fréquents dans les pays voisins. Les grandes lacunes ont chance d'être comblées par les recherches en pays lointains. Il se peut, en effet, que, durant de longues périodes géologiques , nos pays n'aient pas été traversés par les aires en voie d'émigration ; qu'ils se soient trouvés dans une situation analogue à celle qu'offre aujourd'hui l'Australie. Si cette dernière région venait à être reliée au continent, elle serait subitement peuplée par des espèces trèsdifférentes de celles qui l'habitent ; les géologues futurs trouveraient une lacune; mais ils pourraient la combler à l'aide de recherches opérées sur les autres points du globe.

Les moyens termes entre les genres distincts d'animaux ou de végétaux peuvent être trouvés de la même manière. Déjà de belles découvertes récentes, parmi lesquelles il faut citer celles de M. Gaudry, permettent de l'affirmer.

En somme, l'étude des terrains à fossiles confirme les migrations des aires, — et montre que le déplacement polaire s'effectue depuis les temps les plus éloignés que nous signale la paléontologie.

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