‹ Le député d'Arcis (volume 3)Chapitre 6 sur 44 · Voir Pierrette · texte numérisé non relu

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— 11 suffit d'opposer un candidat du même genre à Simon Giguet, dit Olivier Vinet.

Le sous-préfet laissa percer sur sa figure un mouvement de satisfaction qui ne pouvait échapper à aucun de ses trois compagnons, avec lesquels il s'entendait d'ailleurs trèsbien. Garçons tous les quatre, tous assez riches, ils avaient formé, sans aucune préméditation, une alliance pour échapper aux ennuis de la province. Les trois fonctionnaires avaient d'ailleurs remarqué déjà l'espèce de jalousie que Giguet inspirait à Goulard, et qu'une notice sur leurs antécédents fera comprendre.

Fils d'un ancien piqueur de la maison de Simeuse, enrichi par un achat de biens nationaux, Antonin Goulard était, comme Simon Giguet, un enfant d'Arcis. Le vieux Goulard son père quitta l'abbaye du Valpreux (corruption du Val-d es-Preux), pour habiter Arcis après la mon de sa femme, et il envoya son fils Antonin au lycée impérial, où le colonel Giguet avait déjà mis son fils Simon. Les deux compatriotes, après s'être trouvés camarades de collège, firent à Paris leur droit ensemble, et leur arnilié s'v coniinua dans les amusements de la jeunesse. Ils se promirent de s*aider l'un l'autre à parvenir en se trouvant tous deux dans des carrières différentes. Mais le sort voulut qu'ils devinssent rivaux.

Malgré ses avantages assez positifs, malgré la croix de la Légion d'honneur que le comte de Gondreville, à défaut d'avancement, avait fait obtenir à Goulard et qui fleurissait à sa boutonnière, l'offre de son cœur et de sa position avait été honnêtement rejetée, quand six mpis avant le jour où cette histoire commence, Antonin s'était présenté lui-même secrètement à madame Beauvisage.

Aucune démarche de ce genre n'est secrète en province. Le procureur du roi, Frédéric Marest, dont 'a fortune, la boutonnière, la position étaient égales à celles d Antonin Goulard, avait essuyé, trois ans auparavant, un refus motivé sur la différence des âges.

Aussi le sous -préfet et le procureur du roi se renfermaient-ils dans les bornes d'une exacte politesse avec

les BeauVisage, et se moquaient d'eux en petit comité. Tous deux en se promenant, ils venaient de deviner et de se communiquer le secret de la candidature de Simon Gignet, car ils avaient compris, la veille, les espérances de madame Marion. Possédés l'un et l'autre du sentiment qui anime le chien du jardinier, ils élaient pleins d'une secrète bonne volonté pour empêcher l'avocat d'épouser la riche héritière dont la main leur avait été refusée.

— Dieu veuille que je sois le maître des élections, reprit le sous-préfet, et que le comte de Gondreville me fasse nommer préfet, car je n'ai pas plus envie que vous de rester ici, quoique je sois d'Arcis.

— Vous avez une belle occasion de vous faire nommer député, mon chef, dit Olivier Vinet à Marest... Venez voir mon père, qui sans doute arrivera dans quelques heures à Provins, et nous lui demanderons de vous faire prendre pour candidat ministériel...

— Restez ici, reprit Anlonin, le ministère a des vues sur la candidature d'Arcis...

— Ah bah I Mais il y a deux ministères : celui qui croit faire les élections, et celui qui croit en profiter, dit Vinet.

— Ne compliquons pas les embarras d'Antonin, répondit Frédéric Marest en faisant un clignement d'yeux à son substitut.

Les quatre magistrats, alors arrivés bien au delà de l'avenue des Soupirs, sur la place, s'avancèrent jusque devant l'auberge du Mulet, en voyant venir Poupart qui sortait de chez madame Marion J

En ce moment, la porte cochère de la maison vomissait les soixante-sept conspirateurs.

— Vous êtes donc allé dans cette maison ? lui dit Antonin Goulard en lui montrant les murs du jardin Marion qui bordent la route de Brienne en face des écuries du Mulet,

— Je n'y retournerai plus, monsieur le sous-préfet, répondit l'aubergiste; le fils de monsieur KelUr est mort, je n'ai plus rien à faire. Dieu s'est chargéde faire la place nette...

— Eh bieni Pigoult?... fit Olivier Vinet en voyant venir toute l'opposition de l'assemblée Marion.

— Eh bien I répondit le notaire sur le front de qui la

sueur non sëchée témoignait de ses efforts, Sinof est venu nous apprendre une nouvelle qui les a mis tous d'accord I A. l'exception de cinq dissidents : Poupart, mon grand-père, Mollot, Sinot et moi, tous ont juré, comme au Jeu de Paume, d'employer leurs moyens au triomphe de Simon Giguet, de qui je me suis fait un ennemi mortel. Oh 1 nous nous étions bien échauffés! J'ai toujours amené les Giguet à fulminer contre les Gondrevillel Ainsi, le vieux comte sera de mon côté. Pas plus tard que demain, il saura tout ce que les soidisant patriotes d'Arcis ont dit de lui, de sa corruption, de ses infamies, pour se soustraire à sa protection, ou, selon eux, à son joug.

— Ils sont unanimes, dit en souriant Olivier Vinet.

— Aujourd'hui, répondit monsieur Martener.

— Oh 1 s'écria Pigoult, le sentiment général des électeurs est de nommer un homme du pays. Qui voulez-vous opposer à Simon Giguet? un homme qui vient de passer deux heures à expliquer lemot^ro^r<?5/..,

— Nous trouverons le vieux Grévin, s'écria le sous-ptéfel.

— Il est sans ambition, répondit Pigoult; mais il faut avant tout consulter le comte de Gondreville. Tenez, voyez, ajouta-t-il, avec quels soins Simon reconduit cette ganache dorjée de Beauvisage.

Et il montrait l'avocat qui tenait le maire par le bras et lui parlait à Toreille.

Beauvisage saluait à droite et à gauche tous les habitants qui le regardaient avec la déférence que les gens de la province témoignent à l'homme le plus riche de leur ville.

— Il le soigne comme père et maire I répliqua Vinet.

— Oh ! il aura beau le papelarder, répondit Pigoult qui saisit la pensée cachée dans le calembour du substitut, la main de Cécile ne dépend ni du père ni de la mère.

— Et de qui donc?...

— De mon ancien patron. Simon serait nommé député d'Arcis, il n'aurait pas ville gagnée.

Quoi que le sous-préfet et Frédéric Marest pussent dire à Pigoult, il refusa d'expliquer cette exclamation qui leur avait justement paru grosse d'événements, et qui révélait

une certaine connaissance des projets de la iamille Beauvi« sage.

Tout Ârcis était en mouvement, non-seulement à cause de la fatale nouvelle qui venait d'atteindre la famille GondrctIUc; mais encore à cause de la grande résolution prise chez les Giguet où, dans ce moment, les trois domestiques et madame Marion travaillaient à tout remettre en état pour être en mesure de recevoir pendant la soirée leurs habitués, que la curiosité devait attirer au grand complet.

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